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Auteur : David Mitchell
Traducteur : Manuel Berri
Date de saisie : 02/03/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 9782879297613
GENCOD : 9782879297613
Sorti le : 05/01/2012
Un grand bonheur de lecture en perspective !
D'abord, un petit résumé historique avant de vous parler de ce roman. Nous sommes en 1799 au Japon, sur l'île de Dejima, dans la presqu'île de Nagasaki. Le pays s'est totalement fermé aux étrangers, de peur d'une invasion.
Seule Dejima constituait le point de contact entre le Japon et le reste du monde : des marchands néerlandais, sous l'égide de la fameuse Compagnie Néerlandaise des Indes orientales ont été autorisés à s'y installer pour y faire commerce. Mais il leur était strictement interdit de quitter l'île pour pénétrer dans le pays. Les armes et les livres religieux y étaient aussi totalement proscrits.
Le héros de cette histoire, Jacob de Zoet, est un jeune clerc chargé par le nouveau chef de la colonie néerlandaise de traquer la corruption au sein de la compagnie. Le jeune homme va tomber éperdument amoureux d'une jeune japonaise, sage-femme de son état, Orito Aibagawa. Malheureusement, cette dernière va être enlevée par le Seigneur-Abbé Enamoto, à la tête d'une étrange secte...
Le roman de David Mitchell est loin d'être un simple roman d'aventures car il s'éloigne quelque peu des codes de ce dernier : l'histoire entre Jacob et Orito n'est pas du tout une histoire d'amour classique puisqu'elle n'est pas réciproque, et ce roman foisonne de personnages et d'histoires annexes. Mais il y a aussi beaucoup de scènes drôles, grotesques, parfois assez sanguinolentes (comme le récit de l'accouchement qui débute le livre)... Et les amateurs de récits historiques sur le Japon en seront pour leurs frais, car David Mitchell retranscrit parfaitement cette époque, charnière pour ce pays, qui va bientôt rentrer dans la "modernité". En bref, vous allez lire 700 pages que vous ne pourrez pas lâcher !
1) Qui êtes-vous ? !
Un peu obsessionnel et entêté, je suis traducteur littéraire depuis maintenant... 8 ans. Mais pas seulement : au cours des quatre dernières années, j'ai été une entreprise de BTP à moi tout seul.
C'est sans doute pour cela que j'aime les grands chantiers que m'offrent les romans de David Mitchell avec leurs structures ambitieuses, ces époques et lieux - fictifs ou réels - qu'ils dépeignent, leurs personnages aux voix si particulières, les choses que Mitchell nous montre sur l'exploitation des hommes sans jamais être moralisateur, ni réécrire le mythe du bon sauvage.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Ce roman s'articule autour de deux thématiques, il me semble : la prédation de l'homme par l'homme au travers du commerce et du pouvoir politique, le mystère du désir de probité et de vérité qui guide certaines personnes et où cela les conduit.
Mais oubliez ce que je viens d'écrire ! Formulé ainsi, on pourrait croire que, du haut de ses sept-cent pages, il s'agit là d'un roman très sérieux et austère. C'est tout le contraire, il est foisonnant de personnages qui, tour à tour, viennent tous livrer leur témoignage qui, indirectement participe de la grande histoire ; Mitchell a beaucoup d'humour et il ne résiste pas à glisser ici ou là des plaisanteries pour le moins scabreuses : on sourit beaucoup. Et puis l'auteur a cette capacité à rendre presque attendrissants des personnages qui, de prime abord, sont tout à fait répugnants !
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Ah, il me semble difficile d'extraire une phrase seule. Il y a tant de séquences délicieuses et de petites délicatesses dans l'écriture de Mitchell. Il y a par exemple ce court passage lorsque Jacob de Zoet, qui, dans le palanquin des officiers de Néerlandais de Dejima se rendant à la Magistrature, découvre Nagasaki pour la première fois :
"Des enfants juchés sur un mur en terre crue miment à l'aide de leurs index et pouces des yeux de hibou tout en scandant : «Oranda-me, Oranda-me, Oranda-me.» Jacob comprend alors qu'ils imitent les yeux «ronds» des Européens, et se souvient d'une ribambelle de garnements poursuivant un Chinois dans les rues de Londres. Ils tiraient sur le bord de leurs paupières en scandant : «Chi-nois, Sia-mois, Ja-po-nais, s'il vous plaît.
»"
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
J'imagine une gigue jouée au shamisen et au shakuhachi.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
J'aimerais que les lecteurs vivent ce bonheur de lecture qu'offre ce roman que j'ai moi-même eu tant de plaisir à lire : Mitchell est un conteur fabuleux. Lorsque je butai sur un problème de traduction - et croyez-moi, ils étaient nombreux ! -, je me redonnais du courage en pensant à leur future jubilation.
Envoyé au Japon en 1799 par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, Jacob de Zoet doit affronter la corruption, la violence, mais aussi la perversité du Seigneur-Abbé Enomoto, qui semble tout droit sorti d'un roman de Sade. Avec l'aide de l'interprète Uzaemon, Jacob tente d'arracher à Enomoto, qui la retient captive, une jeune femme dont il est tombé éperdument amoureux. Il lui faudra faire preuve de tout son courage pour surmonter les nombreux obstacles qui s'opposent à sa mission.
De livre en livre, David Mitchell s'affirme comme l'un des jeunes écrivains anglais les plus brillants de sa génération - qui ne se souvient de Cartographie des nuages, qui lui valut de figurer pour la deuxième fois dans la sélection finale du Booker Prize ? Avec Les Mille automnes de Jacob de Zoet, il revisite le roman d'aventures comme, avant lui, Michel Faber avait renouvelé le roman victorien dans La Rose pourpre et le Lys : tout en jouant avec les règles du genre, il porte un regard moderne sur un monde disparu, celui du Japon à l'aube du XIXe siècle.
David Mitchell est né en 1969 à Southport, dans le Lancashire. Il a vécu plusieurs années au Japon et a enseigné l'anglais à Hiroshima. Pour le New Yorker, qui le compare à Vladimir Nabokov et à José Saramago, David Mitchell est «l'un des rares écrivains dont le don pour l'artifice est proprement surnaturel».
Erudit et malicieux, David Mitchell explore la confrontation entre Orient et Occident dans le Japon du XVIIIe siècle...
Richesse des décors, minutie de la reconstitution, débauche de personnages, tout concourt à faire de ce sacré pavé un roman d'aventures épique et envoûtant, dans la droite ligne du Nom de la rosed'Umberto Eco. Si on peine au début à trouver ses marques dans cet univers inconnu, le récit prend résolument son envol dans une deuxième partie à l'ambiance gothique. A la baguette, David Mitchell orchestre alors le télescopage entre deux peuples, unis par leur mutuelle incompréhension et leurs sentiments contradictoires - entre fascination, méfiance et pur mercantilisme. Moins dans l'épate qu'à ses débuts, l'écrivain britannique signe un roman d'une facture plus classique, mais tout aussi virtuose. Un récital littéraire sur fond de mondialisation naissante qui consacre, une bonne fois pour toutes, la magie du verbe.
A la fin du 18è siècle, sur une île japonaise, Jacob De Zoet, le nouveau héros de David Mitchell, observe les moeurs orientales et raconte...
Résultat : un subtil cocktail de cruauté nipponne et de suspense à la Umberto Eco.
Son nouveau roman, Les mille automnes de Jacob de Zoet, fait sur 700 pages le pari du récit historique. L'action démarre en 1799 à Dejima, une île artificielle qui a été concédée comme comptoir à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales...
Le roman se construit en triptyque : d'abord l'ouverture comme description de l'univers japonais de la fin du XVIIIe siècle, puis le récit de la réclusion d'Orito dans un monastère de montagne dirigé par un diabolique juge nommé Enomoto, enfin les efforts d'Uzaemon pour libérer Orito et le destin inattendu de Jacob de Zoet. Le livre est structuré par des oppositions sous-jacentes, entre l'Est et l'Ouest, l'impérialisme et la démocratie, les sciences et la superstition. À le lire, on croirait voir Umberto Eco manipuler un Rubik's Cube. L'écriture, elle, est très moderne.
Comme tous les Belges, j'ai des comptes à régler avec les Hollandais, qui furent nos très impopulaires colonisateurs. Le portrait vachard des Bataves par les Nippons fait donc mes délices. Par ailleurs, on sait les liens paradoxaux que j'ai eus avec le pays du Soleil-Levant : la fascination exaspérée des Néerlandais pour les Japonais trouve un écho en moi. Ce roman a deux manières de me parler beaucoup. Il devrait parler aussi à tous ceux que passionne l'éternelle confrontation entre l'Orient et l'Occident, redoutable pont-aux-ânes de la littérature, que l'auteur réussit sans tomber dans les pièges du genre. L'un des charmes de ce livre est les croquis dont il regorge : le jeune Jacob, tant pour communiquer avec les Japonais que pour sa propre édification, dessine avec une précision émouvante. On voyage avec lui et quand, vingt ans plus tard, il retrouve les Pays-Bas, on ne sait plus qui est l'étranger.
Maison de la concubine Kawasemi, en surplomb de Nagasaki
Neuvième nuit du cinquième mois
«Mademoiselle Kawasemi ?» Orito s'agenouille sur un futon collant à l'odeur aigre. «M'entendez-vous ?»
Dans la rizière derrière le jardin détone une cacophonie de grenouilles. Orito éponge le visage ruisselant de sueur de la concubine à l'aide d'un linge humide.
«Elle n'a pas pipé mot depuis des heures, dit la bonne qui tient la lampe.
- Mademoiselle Kawasemi, je m'appelle Aibagawa. Je suis sage-femme. Je suis venue vous aider.»
Les paupières de Kawasemi frémissent et s'ouvrent. Elle parvient à émettre un faible soupir. Ses yeux se referment.
Elle est trop épuisée pour craindre de mourir ce soir, se dit Orito.
Le docteur Maeno chuchote à travers le voile de mousseline. «Je voulais examiner moi-même la façon dont l'enfant se présente, mais...» - le vieil érudit choisit ses mots avec précaution - «... il semblerait que cela soit défendu.
- Les ordres que j'ai reçus sont très clairs, annonce le chambellan. Nul homme ne peut la toucher.»
Orito soulève les draps ensanglantés et découvre ce dont on l'avait avertie : le bras inerte du foetus jaillissant jusqu'à son épaule du vagin de Kawasemi.
«Avez-vous déjà vu pareille présentation ? demande le docteur Maeno.
- Oui, dans une gravure de l'ouvrage néerlandais que Père traduisait.
- C'est ce que j'espérais entendre ! Il s'agit des Observations de William Smellie ?
- Oui, c'est ce que le docteur Smellie nomme» - Orito a recours au néerlandais - «"prolapsus du bras".»
Orito serre le poignet couvert de mucus du foetus, recherchant un pouls.
Maeno demande alors en néerlandais : «Qu'en pensez-vous ?»
Il n'y a pas de pouls. «Le bébé est mort, répond Orito dans la même langue, et la mère mourra bientôt elle aussi, si l'enfant n'est pas expulsé.» Elle pose le bout des doigts sur le ventre distendu de Kawasemi et palpe le renflement autour de son nombril retourné. «C'était un garçon.» Elle s'agenouille entre les jambes écartées de Kawasemi, remarque l'étroitesse de son bassin et renifle les lèvres gonflées : elle reconnaît l'odeur tourbée du sang grumeleux mêlé aux excréments, mais pas la puanteur d'un foetus en décomposition. «Il est mort il y a une ou deux heures.»
Orito demande à la bonne : «Quand a-t-elle perdu les eaux ?»
La bonne est encore tout abasourdie d'avoir entendu parler une langue étrangère.
«Hier matin, à l'heure du Dragon, répond froidement la gouvernante. Le travail de Madame a ensuite rapidement commencé.
- Et à quand remontent les derniers coups de pied du bébé ?
- Aujourd'hui, aux alentours de midi, je crois.
- Docteur Maeno, êtes-vous d'accord avec moi pour dire que l'enfant se présente» - elle utilise le terme néerlandais - «en "siège transverse" ?
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