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Auteur : Michaël Cunningham
Traducteur : Anne Damour
Date de saisie : 05/03/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 9782714448354
GENCOD : 9782714448354
Sorti le : 02/02/2012
Au coeur d'un New York insomniaque, un roman éblouissant sur l'art, le désir, le couple, la mort. Le grand retour de Michael Cunningham pour une oeuvre d'une douloureuse beauté.
Peter et Rebecca Harris ou le couple new-yorkais par excellence : lui est galeriste, elle est éditrice, ils ont la quarantaine fringante, un superbe loft à Soho, une fille en route pour l'université, des amis brillants. En un mot, la quintessence de la réussite et du bonheur.
Jusqu'à l'arrivée de Mizzy, le frère de Rebecca, jeune beauté androgyne de vingt-trois ans au charme ambigu.
Fasciné, envieux de la liberté de Mizzy, troublé par ce prince gracieux et décadent qui lui rappelle tant son défunt père, Peter va tout remettre en question, ses artistes, sa carrière, son mariage, le monde qu'il avait mis tant de soin à se construire...
Né en 1952 à Cincinnati (Ohio), Michael Cunningham vit à New York. Son premier roman et ses textes publiés dans le New Yorker lui ont attiré la faveur de la critique américaine, mais c'est La Maison du bout du monde (Belfond, 1999 ; 10/18, 2003), qui lui apporte la consécration littéraire. Après De chair et de sang (Belfond, 2000), Les Heures (Belfond, 1999 ; 10/18, 2004), couronnées par le prix Pulitzer et le PEN/Faulkner Award et brillamment adaptées au cinéma par David Hare et réalisées par Stephen Daldry, en 2003, avec Nicole Kidman, Julianne Moore et Meryl Streep, et Le Livre des jours (Belfond, 2006 ; Pocket, 2008), Crépuscule est son cinquième roman.
«Dans son roman le plus abouti, hymne doux-amer à la créativité humaine, tout particulièrement dans la très florissante Manhattan, le virtuose et lauréat du Pulitzer Michael Cunningham puise l'inspiration chez Henry James et Thomas Mann aussi bien que chez la peintre Agnes Martin ou l'artiste Damien Hirst, allie érotisme et esthétisme et nous offre la chronique d'une crise morale. Exquis, profond, déchirant, Crépuscule est un superbe roman sur les mystères de la beauté et du désir, l'art et le désenchantement, la vieillesse et l'amour.»
Booklist
«On pense à Henry James, on pense à James Joyce, mais le tout est indéniablement de Michael Cunningham. Une magnifique performance.»
The Washington Post
«Des phrases d'une précision tellement impressionnante et d'une si douloureuse beauté qu'elles ont l'air de flotter au-dessus des pages.»
Entertainment Weekly
«Un livre pour l'éternité littéraire - c'est en tout cas ce qu'il mérite. Dans le coeur de Michael Cunningham, il n'y a rien de mineur, et encore moins dans son talent. Crépuscule rend infiniment justice à tous les superlatifs.»
San Francisco Chronicle
Un couple chic, un appartement luxueux, une vie apparemment tranquille. Mais sous les dehors dorés, la réalité est plus brutale...
L'auteur de De chair et de sang (Belfond, 1995, repris en 10/18) se montre plus brillant, plus intense et plus élégiaque que jamais dans son évocation des émotions humaines. Sa description d'un couple qui fait encore parfois l'amour et se retrouve pour boire un Martini frappe par sa justesse. Le romancier accompli s'interroge sur notre rapport à la beauté et à la jeunesse qui s'enfuit immanquablement, sur le désir et la mort. En creux, il brosse un portrait implacable de New York, "la ville la plus singulière du monde". New York avec ses Starbucks, ses chauffeurs de taxi étrangers. New York où les prétendants à la gloire bataillent dur et finissent trop souvent par quitter la scène.
Si Virginia Woolf était le socle littéraire des Heures et le poète Walt Whitman, la figure prophétique du Livre des jours, c'est au tour de Thomas Mann et de La Mort à Venise d'inspirer Michael Cunningham pour cette histoire de désir et de déliquescence, dans une ville qui se sent tellement fragile depuis le 11 septembre 2001.
C'est qu'on a un livre sur l'art, l'amour, le vieillissement. Hé, Aschenbach, sors de ce corps ! Le ridicule se glisse petit à petit dans cette version Manhattan de Théorème. On se dit que l'auteur ne va pas oser. Si, il ose. On recommande le baiser sur la plage, digne d'une publicité de parfum pour homme. Le style est au diapason. «Un noir frisson parcourt son sang.» Dans sa tombe, Virginia Woolf effectue un tour complet...
Les épisodes pourraient avoir pour titre Un cocktail à Soho, Les Caprices d'une milliardaire, Les toxicomanes sont des manipulateurs. Les occasions de rire ne sont pas si nombreuses. Le progrès existe. Le roman «gay» vient de faire son entrée dans la collection «Harlequin». Il était temps.
Une réception
THE MISTAKE VIENT PASSER QUELQUES JOURS à la maison.
«Tu es fâché à cause de Mizzy ? demande Rebecca.
- Non, bien sûr que non», répond Peter.
Une de ces impassibles vieilles rosses qui tirent les calèches pour touristes a été renversée par une voiture quelque part en haut de Broadway, un accident qui bloque la circulation jusqu'à la hauteur de Port Authority, et qui met Peter et Rebecca en retard.
«Il est peut-être temps de l'appeler Ethan, dit Rebecca. Je parie que plus personne ne l'appelle Mizzy à part nous.»
Mizzy est le diminutif de The Mistake.
À l'extérieur du taxi, des pigeons s'envolent bruyamment dans le bleu clignotant d'une enseigne Sony. Un vieux barbu enveloppé d'une méchante doudoune qui lui bat les talons, majestueux à sa manière (un imposant et rebondi Buck Mulligan), poussant un chariot rempli d'objets divers dans divers sacs-poubelle, dépasse les voitures les unes après les autres.
Dans le taxi flotte une odeur entêtante de désodorisant, un effluve vaguement floral mais qui n'évoque rien d'autre qu'un mélange chimique sans doute qualifié de «suave».
«T'a-t-il dit combien de temps il compte rester ? demande Peter.
- Je ne sais pas exactement.»
Le regard de Rebecca s'adoucit. S'inquiéter pour Mizzy (Ethan) est une habitude dont elle ne peut se défaire.
Peter n'insiste pas. Pas envie d'aller à une soirée en se disputant.
Il a mal au coeur, et une chanson tourne dans sa tête. I'm sailing away, set an open course for the virgin sea... D'où vient-elle ? Il n'a pas écouté Styx depuis qu'il a quitté l'université.
«Nous devrions fixer une limite», dit-il.
Elle soupire, pose doucement une main sur son genou, regarde à travers la vitre la Huitième Avenue, dans laquelle ils n'avancent plus du tout. Rebecca est une femme aux traits accusés - souvent qualifiée de belle mais jamais de jolie. Peut-être fait-elle machinalement ces petits gestes par lesquels elle console Peter de sa mesquinerie.
A gathering of angels appeared above my head.
Peter se tourne pour regarder par la fenêtre de son côté.
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