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Auteur : Dominique Kalifa | Philippe Régnier | Marie-Eve Thérenty | Alain Vaillant
Date de saisie : 02/02/2012
Genre : Presse Audiovisuel
Editeur : Nouveau Monde éditions, Paris, France
Collection : Opus magnum
Prix : 39.00 € / 255.82 F
ISBN : 9782847365436
GENCOD : 9782847365436
Sorti le : 05/01/2012
Voici, observée pour la première fois du double point de vue historique et littéraire, une histoire à la fois panoramique et détaillée du siècle d'or de la presse écrite française.
De 1800 à 1914, par son mode de production de plus en plus industriel, par sa diffusion de plus en plus massive, par les rythmes nouveaux qu'il impose à la vie sociale et par ses multiples interférences avec la littérature, les sciences et les arts visuels, le journal modifie en profondeur l'ensemble des activités et des représentations, projetant les institutions, les classés, les individus, la raison et l'imagination dans une culture de la «périodicité» et du flux permanent de l'information. Ce passage rapide et global à un tout nouvel espace-temps de l'écriture et de la lecture constitue une mutation anthropologique majeure, l'entrée dans l'ère «médiatique».
Mesurer les effets du journal sur ta marche de la société et sur la configuration des esprits, c'est reconnaître rétrospectivement l'existence et la marque d'une «civilisation du journal», au sens même où Lucien Febvre avait mis en lumière la «civilisation du livre» née de l'invention de l'imprimerie. L'originalité et l'abondance des études que l'on découvrira ici, aussi bien sur la genèse de l'écriture journalistique que sur les évolutions de l'industrie de la presse ou de la culture de masse, font de cet ouvrage une référence unique.
Au moment où le XXIe siècle bascule dans le numérique, les féconds croisements de disciplines et de problématiques que propose La Civilisation du journal refondent et relancent ta réflexion sur la communication moderne.
Cette entreprise collective sans précédent associe trois équipes de recherche et plus de soixante auteurs venus de la littérature comme de l'histoire politique, culturelle et sociale.
Classiquement, on considère le XIXe siècle comme l'âge du triomphe du livre et Cette civilisation de la périodicité, ce livre monumental la décrit et la raconte selon deux points de vue, historique et littéraire. Il n'est pas si fréquent qu'historiens et spécialistes de littérature (ici 4 directeurs d'ouvrage et 60 auteurs) travaillent ensemble, encore moins dans de telles connivence et complémentarité des approches. Il est même parfois difficile de dénouer les fils entre ces disciplines, ce qui témoigne de la fusion entre littérature et presse au XIXe siècle mais également entre fait littéraire et fait social. Tout circule,..
Le journal est en effet tout à la fois le garant, le ciment et la mise à l'épreuve de la démocratie en France. En définitive, c'est en lisant le journal que les Français sont devenus eux-mêmes, des républicains plutôt cultivés, nourris de faits divers, aimant rire devant une caricature, pleurer face à un feuilleton mélodramatique, et surtout prêts à se disputer sur le sens de leur démocratie.
PREMIÈRE PARTIE
L'EXERCICE DE LA PRESSE AU XIXe SIÈCLE
Lecteurs et lectures : les usages de la presse au XIXe siècle
Judith Lyon-Caen
8 ventôse an X (26 février 1802) : le jour de naissance de Victor Hugo peut être emprunté comme une porte d'entrée, parmi d'autres, dans l'imposant monument de la presse du XIXe siècle. Le Journal des débats, créé trois années auparavant, se situe à la tête des journaux de l'époque, avec 10000 abonnés. Les trois grands autres journaux, la Gazette de France, Le Publiciste et Le Moniteur ne dépassent pas les 3800 exemplaires chacun. De quoi s'agit-il, matériellement ? D'un journal de quatre pages - soit une feuille pliée en deux - de format 23x35 cm, présenté sur deux colonnes. Le quart inférieur de la page est séparé du reste du journal par une ligne noire : c'est le feuilleton du «rez-de-chaussée», consacré à l'actualité culturelle et savante, - innovation récente, introduite en 1799 par les frères Bertin quand ils rachètent les Débats. Le lecteur, qui, étant donné le format, peut aussi bien se tenir debout ou assis et disposer ou non d'une table, y lit d'abord des nouvelles étrangères, qui arrivent d'Italie, de Suède, d'Allemagne et d'Angleterre. En page 3, sous la rubrique «République Française», s'égrène une série de nouvelles diverses, jamais longuement développées, qui portent aussi bien sur les réformes administratives que sur des événements plus quotidiens (un incendie, l'arrestation de deux émigrés impliqués dans une affaire de faux billets). Sous notre regard contemporain, épris d'informations exactes publiant leurs sources et justifiant leur importance par elles-mêmes, tout est étrange : il n'y a ici aucune mise en perspective permettant au lecteur ignorant de renouer avec le fil de l'information française ou étrangère. Lecture d'initiés, le journal de la fin du Consulat est aussi un journal étroitement surveillé et contrôlé : le Journal des débats, quoique mal vu par Bonaparte, est l'un des rares journaux politiques à avoir survécu aux épurations successives enclenchées par l'arrêté du 27 nivôse an VIII, qui avait supprimé les trois quarts des journaux politiques existants. Quelques années plus tard, Le Journal des débats, rebaptisé Journal de l'Empire et toujours très surveillé, est devenu, comme les autres journaux politiques, l'un des instruments de la «tyrannie bavarde» établie par Napoléon, selon le mot de Mme de Staël.
L'autre grande étrangeté, pour nos yeux d'aujourd'hui, réside dans le rapport au temps de l'information : les nouvelles de l'étranger portent en effet des dates plus ou moins éloignées de la date du jour, qui soulignent combien une «nouvelle» prend du temps à arriver. Bien que quotidien, le journal charrie avec lui un halo de «nouvelles» qui s'étalent dans un passé plus ou moins proche : la profondeur temporelle du journal n'est pas celle des vingt-quatre heures écoulées depuis la publication du précédent numéro, mais les longues journées qu'il faut pour parcourir la France et l'Europe à cheval, en hiver de surcroît. Les nouvelles de Suède ont plus de vingt jours, celles d'Allemagne ou du Danemark entre dix jours et deux semaines, celles d'Angleterre une semaine. Publié à Paris le 8 ventôse, cet exemplaire ne parviendra de toute façon à ses abonnés provinciaux que plusieurs jours plus tard : la malle-poste, qui transporte les liasses de numéros, atteint encore Calais en trente-huit heures en 1814.
22 mai 1885 : la date de la mort du grand poète nous conduit, sinon à sortir du siècle, du moins à passer au journal triomphant de la Belle Époque, - terminus de notre exploration. Le plus populaire des journaux du temps, Le Petit Journal, vendu un sou, soit 5 centimes, tire autour de 600000 exemplaires. Comme son concurrent Le Petit Parisien, qui tire à plus de 300000, il est principalement vendu au numéro, et arrive en province dans la journée grâce au chemin de fer. En cette fin de siècle, les tirages cumulés des principaux quotidiens parisiens dépassent le million et demi d'exemplaires. Quelques années plus tard, à la veille de la Première Guerre mondiale, ils frôlent les 5 millions d'exemplaires, dépassant les tirages britanniques. Si l'on y ajoute le tirage des journaux provinciaux, qui atteint 4 millions d'exemplaires en 1914, on arrive à 9 ou 9,5 millions d'exemplaires, soit un journal pour moins de 5 habitants. Le quotidien arrive au premier rang des produits de grande consommation.
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