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Auteur : Dominique Fabre
Date de saisie : 04/05/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782879299808
GENCOD : 9782879299808
Sorti le : 05/01/2012
Trois histoires où Dominique Fabre nous entraine dans ses souvenirs, situés dans les années 80, là ou sa mémoire un peu déglinguée l'emmène. Tout d'abord, celle de son amitié avec Jérôme étudiant brillant mais suicidaire. Puis, il raconte le départ son père de la maison et la difficulté de renouer un lien et la dernière histoire décrit la difficulté d'Anna, sa grand-mère de devoir quitter son appartement. L'auteur décrit ses moments de vies ordinaires avec délicatesse et modestie. On est touché au coeur.
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis un petit bonhomme, born and raised à Paris-banlieue (petite ceinture, Ouest). Il faudrait s'arracher le coeur (Editions de l'Olivier) est le 13ème livre que je publie. J'ai 51 ans.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le thème central du livre, je ne suis pas sûr de le connaître. Un hommage aux gens qu'on a seulement croisés, mal aimés, et pour qui on n'a pas été là quand il aurait fallu être là. Une façon de leur rester fidèles. Et aussi : ce qu'elles étaient (parfois) chouettes les années quatre-vingt !
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Les gens disparaitront, mais pas les mots. Les mots ne disparaitront jamais tout à fait".
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Beaucoup de chansons, des heures et des heures ! en commençant par India song.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Partager leur mémoire à travers leur lecture de mon livre.
«Il portait une chemise blanche, un Jean bleu nuit, il était très élégant. Quand je suis arrivé, son père lisait le journal dans la grande pièce, le double living. Je pense à ma mère en disant cela : un double living, ça lui plaisait. Au bout d'un certain nombre d'années, tous les mots vous font penser à des gens, et les gens disparaîtront, mais pas les mots. Les mots ne disparaîtront jamais tout à fait.»
Ces disparus, ces paroles enfouies persistent à éclairer notre route, à nous montrer le chemin : il faut continuer d'aimer, malgré les abandons et les chagrins. Que lisiez-vous en 1983, Duras ou Albertine Sarrazin ? Étiez-vous fan des Pink Floyd ou de Keith Jarrett ? Fréquentiez-vous le pub Renault ? Et ces autres miracles de nos vies ordinaires.
Il faudrait s'arracher le coeur nous murmure que notre jeunesse est éternelle : tout un monde qu'on croyait enseveli réapparaît. En fait, il n'avait jamais cessé d'exister.
Dominique Fabre a notamment publié Moi aussi, un jour j'irai loin (Maurice Nadeau, 1995 ; Points, 2012), Ma vie d'Edgar (Le Serpent à Plumes, 1998) et plus récemment J'aimerais revoir Callaghan (Fayard, 2010).
Les personnages de Dominique Fabre viennent d'Asnières, de Clichy ou du boulevard Pereire. Des silhouettes entraperçues, des gens de la rue, des hommes de tous les jours...
Dominique Fabre restitue ces visages, et leur demande pardon d'avoir fui quand ils avaient besoin de lui. Son écriture refuse les effets de manches, préférant la description minutieuse et les accords mineurs pour retenir le temps de ces vies ordinaires, superbement incarnées, du côté de Clichy-Levallois, en 1983.
Depuis Moi aussi un jour, j'irai loin (Maurice Nadeau 1995, repris en Points), on aime à retrouver son univers. Son ton mélancolique et son écriture en demi-teintes. Dominique Fabre a toujours parlé comme personne de l'errance et de la solitude. Des faux espoirs et des moments où pourrait se produire l'étincelle. Il faudrait s'arracher le coeur, son nouveau livre, noue entre elles trois longues nouvelles...
Il règne un charme unique dans les pages d'Il faudrait s'arracher le coeur, où l'on ne peut s'empêcher de penser à Patrick Modiano, autre chasseur de fantômes et d'émotions.
«Il faudrait s'arracher le coeur», ou avoir 20 ans au début des années 80. Trois nouvelles à la recherche du temps qu'on perd. Les trois nouvelles d'Il faudrait s'arracher le coeur ont une phrase comme titre. Une phrase prononcée par quelqu'un, et qui va revenir dans le texte comme une ritournelle un peu triste, un peu usée...
C'est ce qu'on aime chez Dominique Fabre. L'indécision, mais précise, toujours. Les yeux secs, tendance floue. Et, naturellement, le narrateur. Ce «je» solitaire et mélancolique de détective privé à l'ancienne, requis par des enquêtes dérisoires, voué, en apparence, à n'aboutir à rien de probant. Enquête, c'est vite dit, puisque la vie est une énigme qu'on ne lui demande pas de résoudre, et puis on n'est pas de la police. Mais ce «je» permet de circuler dans la vie des autres sans déranger, d'explorer un passé supposé, de s'installer successivement dans des rôles convaincants, garçon abandonné par son père, énervé par sa soeur, amoureux furtif d'un fils de famille suicidaire. La mémoire n'est pas autre chose qu'une ambiance. Les souvenirs sont authentifiés par ce «je» si flottant qu'on ne demande qu'à le croire.
C'était il y a longtemps. Vingt ans peut-être, ou plus. Au coin d'une porte, d'une rue, d'un vieil immeuble voué à la démolition. D'un monde disparu, comme ces figures, bouleversantes, qui hantent le narrateur du nouveau livre de Dominique Fabre...
Il faudrait s'arracher le coeur " pour oublier les errements amoureux, les négligences, les abandons et tous ces chagrins d'enfance qui saisissent un jour au détour d'une phrase banale à pleurer...
"Au bout d'un certain nombre d'années, tous les mots vous font penser à des gens, et les gens disparaîtront, mais pas les mots. Les mots ne disparaîtront jamais tout à fait", écrit Dominique Fabre qui, à mots simples, ombrés de sourires, de douleurs et de pudeur, évoque avec tendresse Anna : cette grand-mère aux lunettes papillon et au phrasé désuet ("Qu'est-ce que je voulais vous dire pas la messe..."). Une femme arrachée à son appartement de Ménilmuch' et à sa mémoire. Celle d'une vie faite de riens, de bonheurs fugitifs que ravive magnifiquement ce petit-fils de Bove et d'Henri Calet.
Dominique Fabre rend grâce à des êtres qu'il aima ou simplement frôla dans sa jeunesse...
Il n'y a peut-être que Dominique Fabre pour formuler ce vertige de la souvenance. Pour chanter, à l'instar de ce Callaghan qu'il aimerait tant revoir, ces amis que vent emporte, les valises de vieux effets, les piliers de comptoir avec qui l'on refait le monde. Pour égrener cette topographie onirique des villes et des vies qui changent trop vite. De livre en livre, de même que dans ses « Choses vues », dans Le Matricule des anges, il esquisse une cartographie de nos vies périphériques. De transferts sémantiques en adjonctions thématiques inattendues, il entonne sa métonymie des êtres aimés en une sublime antiphrase du chagrin. Sa syntaxe béante qui détrousse la mémoire, son argot métaphorique à nul autre pareil, créent un décalage ironique qui distille une nostalgie à vous arracher le palpitant. À l'en croire, « il ne faudrait pas trop s'attacher aux gens que l'on ne fera que croiser dans la vie ». Trop tard.
Vingt ans ce n'est décidément pas le bel âge et, même s'il le fallait, on ne s'arrache pas le coeur. Les trois courts romans rassemblés dans cet ouvrage, tous placés sous le signe de ces phrases simples « Je vais devoir vous laisser », « Qu'est-ce que je voulais dire pas la messe... », nous ramènent trente ans en arrière, à l'âge où rien n'est encore solidifié, et nous font côtoyer un peuple de gens prêts à prendre des coups pour continuer à aimer. Malgré les méprises, les erreurs et les abandons, les départs au loin.
Un jour, quelqu'un sort d'entre les ombres, et sans savoir qui c'est, on se met à guetter cette personne, on se met à la suivre des yeux. Alors, on est rentrés dans un nouvel âge de la vie. Il peut durer des heures, des mois, des années. D'une certaine façon, ceux à qui c'est arrivé ont tous le même regard dorénavant. Il faudrait s'arracher le coeur. Il me l'avait dit, il y a une vingtaine d'années. Je n'ai jamais oublié son expression.
Sa peau était très blanche, on aurait pu imaginer des veines juste en dessous. Une peau de fille, j'ai entendu dire ça à son sujet. En tout cas, il n'avait rien d'une fille, à part la peau. Il marchait longtemps dans les rues, sans savoir quoi faire. Il ne parlait presque pas à ses parents, il raccrochait le téléphone en leur disant, à eux, à d'autres, qu'il était super occupé, oui tout baigne, il rappellerait plus tard. Il ne rappelait jamais. Je me souviens même la fois où il a dit : je suis occupé, et où j'avais déjà deviné son geste de reposer le combiné, ce qu'il a fait dès la fin de sa phrase. Ce que j'ai ressenti, et que j'ai écouté. Sans le vouloir, je lui ai peut-être sauvé la vie. Pourtant, de cette histoire, aucun de nous n'est sans doute le vrai héros. Il n'y a pas eu de héros. Je me souviens du trajet que j'ai fait. Je me sentais pressé et froid, comme un employé du SAMU ou un ambulancier. Il habitait un grand studio près de la station Pereire, moi je venais de Clichy-Levallois. Ou La Garenne. La gare s'appelle Clichy-La Garenne mais, dans la géographie des lieux, on pense plutôt à Clichy-Levallois. Ce sont deux communes qui ne se touchent pas que des yeux. A peine le temps de sentir que là, tout était différent, là où il habitait. Il n'a pas répondu lorsque j'ai sonné. Je n'ai sans doute pas tambouriné. J'ai appelé son prénom de plus en plus fort, mais bon, rien. La porte d'en face, une double porte, en faux teck éclairci. Ses parents avaient fait de lui un type moyennement riche déjà à la naissance. J'ai poussé la porte de chez lui. Il a essayé de se lever quand il m'a vu. Je me souviens de m'être dit que ça ne se faisait pas de rentrer comme ça chez les autres. Son tableau de petit maître, un Di Rosa je crois, dont il disait qu'un jour il lui suffirait de le vendre pour faire le tour du monde. La façon dont il a essayé de se lever. Ses pieds nus. Je suis surpris aussi de mon sang-froid, comme si j'étais né pour m'occuper des gens dans son état, ou peut-être des mourants. Pourtant, je suis douillet, et bien sûr, j'ai peur du sang. J'ai peur des coups, et pardessus tout de la maladie. Cette histoire date de l'époque de la découverte du virus du sida. En fait j'ai certainement moins peur de la mort que des chemins qui y conduisent. Nous sommes des millions comme ça.
- Tu es là ?
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