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Auteur : Pablo de Santis
Traducteur : François Gaudry
Date de saisie : 10/05/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque hispanique
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782864248545
GENCOD : 9782864248545
Sorti le : 23/02/2012
L'histoire se passe à Bueno Aires dans les années cinquante. Le jeune Santagio vient d'arriver dans la capitale pour devenir l'apprenti de son oncle, spécialiste dans la réparation des machines à écrire. Un de ses clients les plus importants est le journal Últimas Noticias, chez qui Santagio va être embauché pour réparer quotidiennement les machines des journalistes... Le jour où le responsable de la rubrique ésotérique du journal meurt, le rédacteur en chef le fait remplacer par Santiago, qui va aussi devenir informateur du ministère de l'occulte, chargé de surveiller toutes sortes d'événements étranges.
C'est ainsi que Santiago va faire la connaissance des antiquaires, autrement dit des vampires. Son enquête sur les antiquaires va le mener jusqu'à la librairie La Forteresse, gérée par Carlos Calisser, surnommé le Français...
Encore une énième histoire de vampires, me direz-vous. C'est aussi la réflexion que je me suis faite avant de commencer ce roman, mais si Pablo de Santis s'empare à son tour du mythe du vampire, il ne s'attache pas trop folklore habituel hormis la soif de sang à laquelle les antiquaires essaient d'échapper en buvant un élixir. Car ces antiquaires n'ont aucune envie de régner sur les humains, ils veulent juste qu'on les laisse tranquilles...
Une atmosphère de plus en plus étrange règne à mesure que l'on avance dans le roman, où les (vieux) livres sont omniprésents.
Au final, on passe un agréable moment de lecture avec cet auteur argentin, et on se dit que le mythe du vampire a décidément de beaux jours devant lui.
Buenos Aires. Années 50. Un réparateur de machines à écrire, une rubrique de journal ésotérique, un Ministère de l'Occulte, des antiquaires aux bien étranges collections...
Ce conte aux détails cinématographiques est tout simplement séduisant !
Étant à lui-seul une fantastique bibliothèque, le roman flirte habilement avec mythes et références littéraires, pour mieux les revisiter, à coup de mystérieuses librairies, de livres aux propriétés alchimiques, et de libraires qui n'ont pas seulement soif de connaissances... Envoûtant !
Dans la Buenos Aires des années 50, à l'ombre de la dictature, Santiago, un jeune provincial, réparateur de machines à écrire, se retrouve responsable de la rubrique ésotérique du journal où il travaille et informateur du ministère de l'Occulte, organisme officiel chargé de la recherche sur ces thèmes et les vérités qu'ils recouvrent.
Malgré son scepticisme à l'égard du surnaturel, Santiago assiste à une rencontre de spécialistes des superstitions, y est témoin d'un meurtre et mis en contact avec "les antiquaires", des êtres extraordinaires qui vivent dans la pénombre entourés d'objets anciens, vendent de vieux livres et sont la proie de la soif primordiale, la soif du sang.
Le hasard ou le destin, mais surtout un étrange amour, puissant et troublant, amènera Santiago à ne plus résister à cette soif et il devra alors chercher à survivre, peut-être pour l'éternité, dans un monde hostile.
«Pablo De Santis réinvente le mythe des vampires.»
Pagina 12
«Pablo De Santis est un véritable alchimiste.»
El Pais
«Il y a déjà longtemps que je suis un adepte des romans de Pablo De Santis, il a reçu les dons inestimables de l'intelligence et de l'imagination.»
Juan Manuel de Prada, ABC
Pablo de Santis est né à Buenos Aires en 1963. Il est éditeur, écrit pour la jeunesse, est scénariste de télévision et de BD. Il est l'auteur, entre autres, de La Traduction, du Théâtre de la mémoire, du Calligraphe de Voltaire et du Cercle des douze.
Connaissez-vous mythe plus exsangue que celui du vampire ? Depuis qu'il a quitté les pages du roman de Bram Stoker, le non-mort a connu à peu près toutes les résurrections en livres, films, bandes dessinées, dessins animés, comédies musicales. Ultime outrage, la modernité, toujours prompte à confondre dépoussiérer et aseptiser, l'a dernièrement changé en icône du glamour pour masses adolescentes. C'est donc un objet dénaturé, lissé par l'industrie du divertissement, que Pablo De Santis entreprend de restaurer dans Los Anticuarios («Les Antiquaires»). En transfusant au mythe non pas le «sang neuf» de rigueur, mais un sang vieux, celui de la mélancolie, de l'occultisme de naguère, associé aux vitamines du sous-texte littéraire originel. Tout ce que contenait le vampire avant d'être saigné par les marchands lui est ainsi réinjecté, mais filtré par l'imaginaire argentin et - désolé pour le cliché ! - borgésien de De Santis...
Une mission de salut public : restaurer le mythe du non-mort pour le ramener à son statut d'antiquité mystérieuse et poussiéreuse, c'est rendre aux lecteurs la possibilité d'y croire.
Depuis Le Vampire (1819), de John William Polidori, puis, surtout, le Dracula (1897), de Bram Stoker, la littérature - toujours suivie comme son ombre par le cinéma - a fait de cette figure un mythe gothique et même un genre en soi : donjon surgissant du brouillard, cercueils, canines acérées, gousses d'ail et crucifix, le romancier délègue au décorateur et à l'accessoiriste la plus grosse partie de son travail. Le premier mérite de l'écrivain argentin Pablo de Santis est donc de renouveler le genre en y injectant un peu de sang neuf. Il commence par décrocher des cintres les brumes mitées de Transylvanie pour situer l'intrigue de La Soif primordiale dans la Buenos Aires des années 1950, et son livre s'ouvre comme un classique roman d'initiation...
L'intelligence et l'humour de Pablo de Santis trouvent la distance et la proximité exactes pour mêler les thèmes du roman populaire. «L'amour fait de nous des inspecteurs de police, de méthodiques fonctionnaires. Nous analysons les preuves et nous établissons des liens entre des faits isolés. [...] Je m'étais rapproché de Luisa sans rien comprendre, et maintenant, ainsi que l'exige la folie amoureuse, je comprenais tout, je comprenais trop.»...
N'importe qui, au hasard d'une transfusion, peut se retrouver avec un sang «infecté d'immortalité». L'utilité des choses est sujette à diverses interprétations et celle des rêves est une science dangereuse. «Dans les rêves, les livres ne servent jamais à lire.» Et il ne faut jamais perdre de vue que les victimes de «la soif primordiale» s'estiment «les seuls à avoir le droit de parler d'amour impossible». «Les romans policiers font semblant d'être rationalistes, mais ils sont tout ce qui nous reste de la mystique», lit-on une quinzaine de pages avant que l'aphorisme ne soit précisé : «Bandes dessinées, tangos, romans policiers : tôt ou tard, nous découvrons qu'ils disent la vérité.» On comprend que les enquêteurs, chez Pablo de Santis, sont mille fois plus dépourvus d'a priori que les détectives traditionnels. Cela leur sert d'autant plus qu'ils sont confrontés à des mystères auxquels ont échappé Sherlock Holmes et Hercule Poirot : «Et maintenant passons aux choses sérieuses : laissez-moi vous expliquer comme on gère une librairie.»
Chez moi, il n'y avait pas de livres. J'ai vu un livre pour la première fois le jour où j'ai brisé une vitre de l'école avec un lance-pierre formé d'une branche en Y, de deux lanières de chambre à air et d'un morceau de cuir. Nous étions en train de jouer dans la cour en terre, pendant une chaude récréation qui commençait à s'éterniser, et je venais de découvrir en moi, urgent et fatidique, le désir d'impressionner une nouvelle élève. C'était la fille du médecin, elle avait des cheveux blonds qui lui arrivaient à mi-dos, des lunettes rondes qui grossissaient démesurément ses yeux bleus et une boîte de trente-six crayons de couleur fabriqués en Suisse. J'aurais pu lui demander quelque chose, ou lui emprunter un crayon, mais j'eus alors l'impression que le monde des mots était pauvre et insuffisant et que je n'arriverais à rien avec des formules de politesse, des plaisanteries ou des insultes. À cet instant, je vis la grive dans la cour, étourdie de soif ou de chaleur. Je cherchai dans mes poches un caillou rond et visai l'oiseau qui venait de s'envoler maladroitement vers le toit de l'école. Au lieu de s'intéresser à l'oiseau réel, le caillou chercha son reflet tremblant dans le carreau de la fenêtre. Le fracas de la vitre éteignit tous les sons autour de moi, sauf le murmure métallique des peupliers, que je trouve maintenant lugubre et prémonitoire. La nouvelle élève se baissa pour ramasser un débris de verre et le regarda comme si dans sa vie elle n'avait jamais rien vu de semblable. Indifférent à la surprise des autres, j'observai sa main qui tenait le bout de verre et découvris la minuscule coupure et la goutte de sang. Personne n'y prêtait attention, car tout le monde avait les yeux braqués sur moi, attendant de voir comment j'allais m'y prendre pour cacher le lance-pierre, me fondre dans le groupe et simuler l'innocence. Mais je ne fis rien de tel, je continuais de regarder cette goutte de sang sur la main de la fillette, qui semblait l'offrir comme quelque chose rapporté de très loin avec d'énormes précautions. Le silence dura jusqu'à ce que mon nom soit prononcé : "Élève Lebrón !", puis, comme pour lever le moindre doute sur mon identité : "Élève Santiago Lebrón !", et ces mots rendirent ses bruits au monde. On entendit de nouveau les chansons des fillettes qui sautaient à la corde, des onomatopées de pirates à l'abordage et des détonations de coïts. Mais je ne pus revenir aussi vite à la routine ; on me confisqua le lance-pierre qui se retrouva dans ce musée invisible où maîtresses et directrices d'école entreposent depuis des lustres ce genre d'objets, et pour me punir on m'envoya à la bibliothèque municipale.
C'était une maison aux murs chaulés, solitaire et humide, qui remplissait la double fonction de bibliothèque et de cellule d'isolement. La punition se prolongea une semaine et, par ennui, je me mis à fouiner sur les étagères, parmi les tomes de vieilles encyclopédies et quelques romans d'aventures. C'est ainsi que j'ai commencé à lire. Mon attention fut au début attirée par de nombreux livres qui n'étaient pas massicotés. Il ne me vint pas à l'idée que l'on devait soi-même couper les pages, je me disais que ces livres étaient ainsi et qu'il était impératif de les lire avec difficulté, comme un espion. Des livres destinés à garder un secret.
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