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.. Le rêve de l'homme lucide

Couverture du livre Le rêve de l'homme lucide

Auteur : Philippe Ségur

Date de saisie : 10/04/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Buchet Chastel, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-283-02488-1

GENCOD : 9782283024881

Sorti le : 05/01/2012

Après le succès, le doute. Les écrivains n'échappent pas à cette malédiction, la gloire littéraire peut s'avérer paralysante. L'écriture est rarement un don des muses, mais un travail de longue haleine fait de multiples tâtonnements et remises en questions. Simon Perse, le narrateur, est lui-même victime de ce manque de confiance qui l'empêche d'écrire son prochain roman. Une aventure douloureuse où l'attend au bout du chemin le risque du dédoublement de la personnalité. L'usage de stupéfiants sur ordonnance médicale et la fréquentation assidue d'un psy manipulateur sont autant de vaines tentatives pour combler les brèches de son vide existentiel. Et puisque son insomnie le tyrannise tant, il décide désormais d'en faire son art de vivre, prélude à sa lente descente aux enfers.

Ce roman est le fruit d'une longue gestation, où l'on retrouve le style fluide, le ton de cynique jovial et l'éternelle sincérité de Philippe Ségur. Le vécu du narrateur va rencontrer un troublant écho auprès du lecteur. C'est probablement dans cet aspect que réside le coeur du talent d'un auteur qui n'a pas fini de nous séduire. Ajoutons que sa plume est également une redoutable arme de guerre contre un système passé maître dans l'art de reproduire des clones humains.

Le rêve de l'homme lucide est pour moi le grand roman de cette seconde rentrée littéraire. Vous avez devant vous un écrivain qui a vraiment un message à faire passer, ne triche pas et met littéralement ses tripes sur la table. On a envie de tout cocher, tout surligner, apprendre par coeur certaines phrases choc. Bref, c'est sur ce dernier que je compte jouer ma réputation de libraire en 2012, sous peine de manger mon badge Chapitre !


Simon Perse est écrivain, séparé de sa femme et de ses enfants, reclus dans un petit appartement et surtout insomniaque. Pour en finir avec l'insomnie, il décide de ne plus dormir, de cesser définitivement de dormir, cette perte de temps, de ne plus laisser son esprit en sommeil... Il se tient donc éveillé à grands renforts de substances chimiques légales. Après une phase euphorique il devient alors sujet aux hallucinations (en est-ce vraiment ?) dans lesquelles il s'aperçoit qu'il est un autre. Ces phases le laissent pantelant et totalement amnésique sur les heures écoulées. Tout le talent de Philippe Ségur (à moins que ce ne soit Simon Perse) réside dans son imagination sans limites, son oeil acerbe, pertinent, critique sur la société et toujours plus que jamais sa quête d'identité. Ses dialogues ou plutôt faux monologues avec son psy, ses errances, son périple dans un centre commercial, ses conférences et entretiens littéraires, sont des pages à lire et à relire tant elles sont libres, hilarantes et brillantes. "Le rêve de l'homme lucide" vous rendra insomniaques (le temps d'un nuit de lecture) mas certainement pas amnésiques... Un gros, très gros coup de coeur !


  • Le courrier des auteurs : 28/01/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Vaste programme ! Si seulement je le savais ! Je me suis habitué à répondre au nom de Philippe Ségur.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
La quête d'identité. Le personnage cherche à user de sa lucidité pour savoir qui il est dans un monde désenchanté où la politique ne nous promet plus de changer de société, où les religions ne savent plus nous faire croire au paradis, où les grands rêves ont disparu. Son insomnie est la traduction physiologique de cette lucidité. Mais tout être humain, même le plus insomniaque, même le plus lucide, a besoin de rêver pour compenser la dureté du contact avec la réalité. Or, le rêve - le phantasme ou l'illusion -, parce qu'il jaillit de l'inconscient, nous renseigne formidablement sur ce que nous sommes, au-delà du déterminisme social dont nous sommes les produits.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
J'étais l'anxiolytique social fabriqué par la société pour ne pas la décevoir.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Break on through (to the other side) des Doors

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'expérience décrite dans ce livre, une expérience ordinaire de rupture de vie, familiale, géographique, sociale, mais vécue avec une grande intensité, une quête profonde du sens et débouchant sur un apaisement.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Je croyais jusque-là avoir des rituels : écriture matinale, horaires stricts, sanctification de mon bureau, musique. Mais les conditions dans lesquelles j'ai écrit ce livre m'ont démontré que ces rituels n'avaient aucune importance. J'ai écrit à toutes les heures du jour et de la nuit, dans une chambre d'hôtel, une cuisine, un bungalow, sur mes genoux, en France, à l'étranger, et dans des états émotionnels et physiques que mon ancienne conception monacale de l'écriture ne m'aurait pas permis de concevoir !

7) Comment vous vient l'inspiration ?
D'un dialogue assez fluide avec l'inconscient. Pour mes précédents livres, je n'avais pas réellement de problèmes d'inspiration. L'écriture a toujours coulé de sa propre source. Lorsqu'une difficulté, le plus souvent technique, surgissait, je laissais passer une nuit et j'avais la réponse au réveil. Pour «Le rêve de l'homme lucide», cela a été plus compliqué, car je suis allé chercher beaucoup plus loin en moi et j'avais perdu l'environnement affectif et matériel qui créait les conditions sécurisantes de mon travail. Ce livre est né d'un rêve fait il y a dix ans et noté le lendemain comme projet de roman. Mais lorsque j'ai décidé de l'entreprendre, ma vie était devenue un tel chaos qu'il m'a fallu trois ans pour en venir à bout.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Oui, c'est d'une affligeante banalité. J'ai commencé à raconter des histoires en les dessinant dès l'école primaire. J'ai écrit ma première nouvelle à l'âge de onze ans. Elle a d'ailleurs été publiée dans un célèbre magazine de la presse enfantine. Je rêvais de voir mon nom sur la couverture des livres, d'être un super-héros de l'écriture et que toutes les filles tombent dans mes bras. Réussir à publier m'a pris un certain temps et je me suis aperçu, aux abords de la quarantaine, que pour faire des conquêtes, il était plus efficace de devenir star du rock, mais c'était un peu tard pour une reconversion.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Je me souviens très bien du premier : c'était lors de ma première année de collège. J'ai ouvert La machine à explorer le temps de H. G. Wells. La scène décrivant un monde vide où les êtres humains ont disparu me hante encore. Au nombre des chocs, je dois aussi mentionner Le pavillon d'or de Yukio Mishima, je devais avoir seize ans, et deux ou trois ans plus tard, Le loup des steppes de Hermann Hesse, un auteur qui ne m'a plus quitté depuis.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Dans un monde qu'accable la loi de l'utilité, il me semble que l'écrivain s'honore de ne servir à rien.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Partout où je vais, elles sont ma chambre d'ami.


  • Les présentations des éditeurs : 01/02/2012

Une panoplie de plus venait s'ajouter à ma collection. Un statut d'écrivain, des invitations chez les libraires, dans les salons, à la radio-télévision. Parce que j'étais rassurant, moi qui n'étais qu'instabilité et colère. Parce que j'étais amusant, moi qui n'étais pas drôle. Et je les leur servais, ces platitudes, parce que je les connaissais toutes, parce que j'étais l'anxiolytique social fabriqué par la société pour ne pas la décevoir.

Ainsi allais-je partout, presque partout, pour ne pas décevoir. Mais ce n'était pas moi qui m'y rendais. C'était toujours l'autre, le bon garçon, le caméléon, celui de qui j'avais l'air. Alors, si pendant toutes ces années j'avais été un autre, qui étais-je vraiment ? Le Dr Zennegger avait vu juste. Je n'étais personne. Un possédé ne peut être personne.»

Simon Perse est écrivain, insomniaque, révolté et lucide. Sa particularité ? Il ne dort plus du tout. Mais, tandis que s'ouvre pour lui un jour sans fin, libéré de la contrainte du sommeil, des hallucinations commencent à s'emparer de lui... qui vont le mener à la plus décisive des confrontations : la rencontre avec soi-même. Dans ce roman autobiographique, Philippe Ségur décrit avec un regard corrosif et humour une société d'imposteurs qui pourrait bien être la nôtre. Il y dépeint aussi la quête d'identité et le besoin spirituel qui ressurgissent dans un monde privé de rêves.

Philippe Ségur, Professeur de droit constitutionnel et de philosophie politique à l'université de Perpignan, écrit depuis son plus jeune âge. Ses livres sont tous parus chez Buchet/Chastel. Prix Renaudot des Lycéens, Bourse Thyde Monier (2002).



  • La revue de presse Claire Julliard - Le Nouvel Observateur du 29 mars 2012

C'est un roman halluciné, l'histoire d'une tempête sous un crâne. Après un divorce et une dépression, le narrateur, Simon Perse, un écrivain insomniaque, choisit d'en finir avec les psychotropes et les anxiolytiques qui obturaient sa lucidité. Puisque le sommeil ne vient pas, il décide de cesser de dormir pendant un mois. Une manière de déserter la forteresse qu'était sa vie antérieure...
Le héros de ce «rêve lucide» ose affronter son destin avant de s'apercevoir qu'il va dans le mur. Satire sociale et récit initiatique, ce roman est d'une rage salutaire.


  • La revue de presse Alexandre Fillon - Lire,mars 2012

Totalement survolté, le nouveau livre plonge peu à peu le lecteur dans un univers schizophrénique. La tension ne cesse de monter...
L'auteur d'Autoportrait à l'ouvre-boîte (Buchet-Chastel 2003, repris en Points) n'avait pas publié de roman depuis cinq ans, depuis Vacance au pays perdu (Buchet-Chastel 2008, repris en Livre de poche). On peut donc imaginer qu'il y a une part autobiographique dans cet intrigant et lancinant Rêve de l'homme lucide dont le héros s'interroge sur son rapport au monde et à la création. A trouver sous sa plume alerte tant d'invention et de truculence, on imagine que Ségur est aujourd'hui largement guéri !


  • La revue de presse Alexandre Fillon - Lire,mars 2012

Le narrateur du nouveau roman de Philippe Ségur ne veut plus dormir. Mais sans le sommeil, parviendra-t-il encore à rêver et à créer ?...
Totalement survolté, le nouveau livre plonge peu à peu le lecteur dans un univers schizophrénique. La tension ne cesse de monter. A Toulouse, où il se rend pour une manifestation littéraire, la situation s'aggrave encore. Largué, Perse ne comprend plus ses enfants, réagit mal à une absorption massive de vin bio en compagnie de collègues plumitifs, bascule dans des mondes parallèles. Voyage dans d'étranges contrées, se croit mordu par un serpent dans sa chambre d'hôtel...
A trouver sous sa plume alerte tant d'invention et de truculence, on imagine que Ségur est aujourd'hui largement guéri !


  • La revue de presse Josyane Savigneau - Le Monde du 19 janvier 2012

Dans Le Rêve de l'homme lucide, est-ce la lucidité qui est l'oeuvre, ou plutôt le rêve, ou un savant alliage des deux ? On change d'avis à plusieurs reprises au cours de la lecture, et à chacun de trouver sa solution. Simon Perse - mais s'appelle-t-il vraiment Simon Perse ? - est un écrivain confirmé, qui a déjà eu un certain succès, et tente d'écrire un nouveau livre, qu'il voudrait appeler Le Rêve de l'homme lucide...
Quand on est soi-même condamné, que faire dans ce monde où "personne ne veut être libre. Personne ne veut réfléchir" ? Ecrire un roman, bien sûr. Et perdre le lecteur de rêve en réalité, d'hallucinations en rencontres, lui montrer, avec jubilation, dans quels pièges il tombe en cherchant à s'adapter à la société. On rit beaucoup avec Philippe Ségur. Peut-être pour croire que, comme lui, on n'est dupe de rien. Mais est-ce vraiment certain ?


  • Les courts extraits de livres : 01/02/2012

J'avais décidé de cesser de dormir. D'en finir avec les médicaments, les psychotropes, tout ce qui pouvait faire obstacle à ma lucidité. Je perdis conscience une fraction de seconde et lâchai le pilulier en porcelaine qui explosa sur le carrelage du salon.
Je me raccrochai au meuble range-disques. La partie supérieure se détacha et bascula avec moi, déversant son contenu dans le vide. Un instant, je regrettai ma tendance au bricolage approximatif. Le sachet de vis et de fixations fournies avec le meuble était resté intact et bien rangé dans l'armoire. Trop tard. Trente CD furent projetés hors de leur casier et se répandirent sur le sol.
Ma main gauche glissa sur l'un des boîtiers en polyéthylène haute densité (incassable) qui venait d'éclater sous le choc et mon front heurta l'angle de la table basse à côté du canapé. Je me rendis en titubant à la salle d'eau pour constater les dégâts. Un hématome était en train d'apparaître au-dessus d'un sourcil. Mes yeux étaient rouges, cerclés de cernes noirs et profonds. J'avais le teint livide, la peau fripée comme au sortir d'un lave-linge après un essorage à sec.
Je n'avais pas dormi depuis soixante-douze heures.


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