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Auteur : Dermot Bolger
Traducteur : Marie-Hélène Dumas
Date de saisie : 24/05/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Joëlle Losfeld, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 20.71 € / 135.85 F
ISBN : 9782072449857
GENCOD : 9782072449857
Sorti le : 01/01/2012
Sean Blake est victime d'un accident de voiture. Pendant quelques instants, il est déclaré cliniquement mort et pourtant en réchappe. Ces quelques secondes bouleversent sa vie. En effet, au cours de ce coma, il voit des personnages qui l'intriguent et l'incitent à partir à la recherche de sa mère biologique («J'essayais de remonter plus loin dans le passé mais je m'arrêtais, car, même inconscient, il y avait des parties de mon histoire où je refusais d'aller. Elles appartenaient à quelqu'un d'autre, quelqu'un dont je ne voulais pas endurer la souffrance.»). En effet, âgé de onze ans, il avait appris son adoption, y avait réagi violemment pour finalement préférer ne plus y penser. Sans oublier ni renier ses parents adoptifs, il part sur les traces de sa mère biologique avec comme toile de fond l'Irlande des années 50 où la religion et la respectabilité («L'Irlande dans laquelle elle vivait était infectée par un terrible virus appelé respectabilité.») primaient sur tout et notamment sur la liberté de chacun. Dans ces années (jusque dans les années 60), les filles mères étaient isolées et retenues dans des couvents. Leurs enfants leur étaient retirés et étaient adoptés par d'autres familles. Avec une émotion vibrante et une grande sensibilité, Dermot Bolger revient sur un volet sombre de l'histoire irlandaise où la violence de la religion et des préjugés opprimaient puissamment les destins individuels et collectifs du peuple irlandais.
L'adoption est le thème central de ce roman. Après avoir été reconnu cliniquement mort lors d'un accident de voiture, Sean Blake n'est plus le même. C'est lors de ses onze ans que ses parents lui révèlent la vérité sur ses origines ; et jusqu'à cet accident il s'était plutôt enfermé dans le non-dit. Sa femme ne sait pas qu'il a été adopté. Sean veut maintenant tout savoir sur ses parents biologiques et notamment sur sa mère. Il part donc en quête de ses racines dont il ne sait pour ainsi dire rien.
C'est avec beaucoup d'habilité et de sensibilité que Dermot Bolger évoque la vie de ces jeunes filles condamnées à abandonner leur bébé dans cette Irlande du XXème siècle, violente, sombre et terrifiante. Petit à petit Sean rassemble les pièces du puzzle, dénoue les fils et comprend doucement le pourquoi de cette douleur intérieure qui le ronge.
Sean a failli mourir dans un accident de voiture. Depuis il n'est plus le même, perturbé, absent. Désormais il ne pense qu'à une chose, retrouver sa mère biologique qu'il n'a jamais connue, séparé d'elle à l'âge de six semaines. Des visions / rêves étranges vont l'aider dans sa démarche, et le perturber beaucoup aussi. Cette seconde vie qui s'offre à lui va faire de lui un homme différent. Il voit les choses et le monde qui l'entoure différemment, et se pose des questions nouvelles.
Une histoire riche et poignante qui met en lumière la complexité des liens familiaux. Une écriture sensible et beaucoup d'émotion pour un beau roman.
Suite à un accident de voiture Sean Blake, 35 ans, a été, pendant quelques secondes, déclaré cliniquement mort. Pendant ce court laps de temps il a entraperçu dans «la lumière» des visages familiers et accueillants.
Il a finalement survécu, mais n'est pas sorti indemne de cette expérience. Son quotidien est bouleversé il n'a plus le goût de vivre, d'aimer sa femme, de s'occuper de ses enfants et de se concentrer sur son travail de photographe qui le passionnait tant auparavant. Ayant été abandonné puis adopté à l'âge de six semaines Sean va devoir lever les voiles du passé, tenter de retrouver sa mère naturelle et comprendre ce qui l'a poussé à sacrifier son enfant dans l'Irlande puritaine des années 50.
Dermot Bolger a su capter au plus juste la sensibilité de ce personnage en quête d'identité. Il parvient à faire ressentir aux lecteurs les interrogations, les doutes et les certitudes de cet homme concernant l'amour parental et les liens du sang.
Comme dans son précédent ouvrage «Toute la famille sur la jetée du paradis» Bolger mêle l'intimité d'une famille aux tourments du siècle. Ce nouveau roman n'est pas sans rappeler le film «The Magdalenes sisters» dans lequel était évoqué la terrible condition des jeunes filles considérées comme perdues par leur famille et placées dans des couvents pour expier leurs péchés.
Sean Blake réchappe de justesse à un accident de voiture à la suite duquel il a été, pendant quelques secondes, déclaré cliniquement mort. A son réveil, bouleversé, Sean perçoit le monde tout à fait différemment, comme s'il débutait une nouvelle existence. Mais ce n'est pas la première fois que Sean voit sa vie modifiée. A six semaines, il a été retiré à sa mère, une jeune fille forcée par la société et l'Église de le laisser à l'adoption. Avec le sentiment d'être devenu étranger à sa femme et à ses deux enfants, et très certainement en premier lieu à lui-même, Sean décide de partir à la recherche de cette mère dont il ne sait rien. Avec beaucoup d'émotion et de sensibilité, Dermot Bolger nous entraîne dans une histoire particulière (déjà évoquée au cinéma dans le très émouvant Magdalene Sisters), celle de ces adolescentes irlandaises rompues et humiliées, dont le malheur se répercuta sur les générations futures.
Dermot Bolger, né en 1959, est issu de la classe ouvrière du faubourg dublinois de Finglas. Il se consacre à l'écriture depuis 1980, et est considéré comme l'un des pairs de toute une génération d'écrivains irlandais. Un grand nombre de ses ouvrages a été traduit en français, dont Toute la famille sur la jetée du Paradis, paru aux Editions Joëlle Losfeld en 2008.
C'est avec Toute la famille sur la jetée du paradis (Joëlle Losfeld, 2008), somptueuse fresque familiale et historique révélant le passé méconnu des pionniers du communisme irlandais - une gageure dans un pays dominé par l'Eglise - que l'on avait quitté Dermot Bolger. Si, aujourd'hui, le romancier, poète et dramaturge poursuit son travail d'exploration sans concession de l'histoire irlandaise, il le fait cette fois dans une veine plus intimiste avec Une seconde vie, qui l'est en effet à plus d'un titre...
D'une béance à l'autre, au fil de ce chassé-croisé introspectif douloureux et émouvant, baigné de brumes et de mystères dont tous ne seront pas percés, Dermot Bolger exorcise le sombre passé irlandais : celui d'une société qui, soumise au "culte de la respectabilité", laissa l'Eglise organiser la disparition de milliers de bébés arrachés des bras de "pécheresses" à qui, disait-on, on offrait ainsi une seconde vie...
Splendide mélodrame comme on n'en fait plus, Une seconde vie, nouvelle version, est un kaléidoscope délibérément tamisé, jamais clinquant, toujours discret, où s'entrechoquent les mémoires tronquées de deux êtres endoloris : Lizzy, fille-mère condamnée à abandonner son fils aux religieuses dans l'Irlande puritaine des années 1950, et Sean, le fils qu'elle n'a pu voir grandir, devenu photographe et père de deux enfants...
rand funambule de l'abandon, Dermot Bolger marche sur les fils invisibles qui les rattachent, disséminant avec pudeur et simplicité les coïncidences secrètes qui unissent la mère et son enfant à travers le temps...
Une seconde vie est l'histoire, quasi psychanalytique, de la recherche d'un double passé enfoui : passé d'un homme et passé d'un pays. L'accident à la suite duquel il a connu un instant la mort est pour le héros comme un électrochoc : les souvenirs de l'amour de ses parents adoptifs ne lui suffisent plus, ni la tendresse impuissante de sa femme, à qui il n'a jamais dit qu'il était un enfant adopté, et à laquelle il sait qu'il ne parviendra pas à le dire tant que lui-même n'aura pas appris la vérité sur sa naissance... Une seconde vie, on le suppose, a été pour Dermot Bolger un moyen d'exorciser ses fantômes, qui sont sans doute ceux de tous les Irlandais fouillant les secrets de leur pays, et espérant qu'il ait réellement changé.
28 décembre 1991
Celui qui avait repeint l'ambulance avait oublié la bordure supérieure des portières. Vus d'en haut, les sillons écaillés de la carrosserie ressemblaient au lit d'une rivière asséchée. Le dessus du chapeau de l'ambulancier était tacheté de poussières et de pellicules et, quand il releva la tête de ma poitrine, je vis mon visage tourné vers le ciel, strié de sang. Les deux arbres séculaires qui surplombaient le portail du Jardin botanique avaient perdu leurs feuilles. Pourtant, au milieu de leurs profondeurs, un merle appelait.
Depuis combien de temps ne m'étais-je pas senti aussi serein ? Les insignifiantes tracasseries du début de matinée, le service photo du magazine qui avait téléphoné pour me rappeler les échéances à respecter, mon fils de trois ans, Benedict, qui refusait de manger et se désintéressait petit à petit de ses cadeaux de Noël, me paraissaient lointaines. Seules quelques minutes s'étaient écoulées entre-temps, mais c'était comme si je n'avais plus eu le moindre rapport avec mon ancienne vie. Et, à mon grand étonnement, je n'éprouvais ni douleur physique, ni tristesse, ni impression de perte. Mais j'observais au-dessous de moi la scène de l'accident avec une insouciante désinvolture.
De la mousse obstruait les gouttières de l'immeuble au coin de la rue. Il y avait sur le toit des ardoises cassées qui provoqueraient des dégâts pendant l'hiver. Une jeune étudiante jeta un coup d'oeil à travers les rideaux en dentelle d'une lucarne. Tandis qu'elle se penchait pour observer les voitures bloquées dans les deux sens, je vis les ballons de fête dont elle avait scotché les ficelles sur la vitre et le haut de sa tête encore mouillée de la douche. Les automobilistes qui nous regardaient derrière leur pare-brise semblaient terriblement stressés. Où allaient-ils tous, en ces limbes d'entre Noël et le jour de l'An, quand les bureaux et les usines étaient fermés ? J'étais désolé pour eux, car voici qu'ils se retrouvaient forcés de contempler mon cadavre. Mais pas pour moi. Je ne ressentais vraiment aucune émotion particulière vis-à-vis de mon corps qui gisait à moitié hors de la voiture broyée, et à moitié dedans.
Le chauffeur du bus semblait en état de choc. Allongé, livide, sur le trottoir près des grilles du Jardin botanique, il avait des touffes de poils noirs dans les narines. Ses jambes tressaillaient de manière incontrôlée. Tout était de ma faute : en retard comme d'habitude pour une séance de photos, j'avais pris le virage trop large, afin d'éviter les voitures garées devant l'Addison Lodge Pub.
Deux gardiens du Jardin botanique vinrent au portail voir ce qu'il se passait. L'un d'eux était prématurément chauve, une bande de cheveux gris encerclait son crâne nu plein de taches de rousseur. L'ambulancier réussit à glisser mon corps sur un brancard. Ils travaillaient avec acharnement, appuyaient à grands coups sur ma poitrine. Que d'efforts et de soucis inutiles : pourquoi ne pas simplement laisser mon cadavre être ce qu'il était ? Déjà je m'éloignais d'eux, la lumière du matin s'assombrit, se dilua dans la nuit. Mon corps rayonna, comme avant un orgasme, la chaleur devint intense, me consuma. J'avais dérivé haut de l'autre côté des grilles, il y avait en bas des ifs noueux, sur leur gauche les serres victoriennes, et plus loin l'éclat blanc de l'étang. Je distinguai le cimetière de Glasnevin sur ma droite, pensai à tous ceux que je connaissais qui y étaient enterrés. Ensuite il fit trop noir pour y voir ; les vieux arbres devinrent des formes, puis leurs formes des figures humaines. La lune s'était soudain levée, froide et éclatante de lumière dans les cieux les plus sombres, et, lentement attiré vers elle, je reconnus ces visages.
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