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.. Retour parmi les hommes

Couverture du livre Retour parmi les hommes

Auteur : Philippe Besson

Date de saisie : 06/01/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Domaine français

Prix : 7.10 € / 46.57 F

ISBN : 9782264056849

GENCOD : 9782264056849

Sorti le : 05/01/2012

  • Les présentations des éditeurs : 06/01/2012

En 1923, après des années d'errance, Vincent retrouve à Paris la compagnie des hommes, Dans cette ambiance «années folles», difficile de reconnaître la ville de son enfance. Sa rencontre avec Raymond Radiguet, dandy génial et noctambule extravagant, donne à sa vie une tournure inattendue. Mais le malheur guette l'enfant du siècle et ne tarde pas à frapper de nouveau.

Dix ans après En l'absence des hommes, Philippe Besson signe la suite fiévreuse, lyrique et nostalgique de ce somptueux premier roman devenu culte.

Depuis Son frère, publié en 2001 et adapté dans la foulée par le réalisateur Patrice Chéreau, Philippe Besson, auteur entre autres de L'Arrière-saison et de La trahison de Thomas Spencer, est devenu un des auteurs incontournables de sa génération. Il a par ailleurs écrit le scénario de Mourir d'aimer (2009), interprété par Muriel Robin, de La Mauvaise rencontre (2010) avec Jeanne Moreau et du Livre de Paul, le prochain film de Laure Duthilleul. Depuis la rentrée 2010, il anime l'émission Paris Dernière sur la chaîne câblée Paris Première.


  • Les courts extraits de livres : 06/01/2012

J'ai vingt-trois ans. Je suis né avec le siècle.

Je sais que la paix est là, désormais, que depuis ce 11 novembre de 1918, nous en avons fini avec la guerre, avec la mort par millions, l'extermination vertigineuse, que les fusils et les canons se sont tus, que les nappes de poudre brune sont retombées, que des obus se sont assoupis sous la terre suppliciée, mais comment parviendrais-je à ignorer les croix blanches alignées dans les campagnes à perte de vue, les silhouettes sombres dans les cimetières, la marche claudicante de ceux qui ne sont plus tout à fait des hommes et qui ont le regard vide teinté de frayeur et dont on se détourne lorsqu'on les croise, comment ne pas entendre le silence assourdissant qui a succédé à l'affreux vacarme, la plainte étouffée qui a remplacé les cris et les râles, le mutisme prostré de ceux qui se souviennent du malheur, comment ne pas humer l'odeur des cadavres planant au-dessus des champs redevenus féconds, la puanteur du sang infiltrée dans nos vêtements et dont on ne se débarrasse jamais vraiment ? Oui, la paix est là, mais si vulnérable, si hésitante, si modeste.

Elle est ce calme précaire, tremblant, cette peur diffuse, vorace, ces sanglots réprimés, ces profils détournés. Ces cicatrices partout. Paris, où je reviens après sept années d'exil, est-elle autre chose qu'une ville cicatrisée, qui tente d'occulter ses blessures dans la légèreté et la désinvolture ?

Et puis, la paix des vainqueurs a désagrégé les empires, redessiné l'Europe, inventé des nations balbutiantes, fabriqué des frontières comme on trace des pointillés sur un atlas. Elle a humilié les vaincus, amputé l'Allemagne, exigé qu'on paie pour les ruines. Cependant, elle n'a pas réussi à nous faire oublier ce que nous avons appris : les civilisations sont mortelles. De savoir cela fait de nous, à jamais, des êtres épouvantés.

J'ai toujours les yeux verts en amande, des cheveux noirs mais plus courts, plus drus. Toujours une peau de fille, où pousse difficilement une barbe clairsemée. On ne me prend plus pour un enfant. L'enfant est mort, de la mort d'un autre.

J'ai vingt-trois ans, cela pourrait être le début de quelque chose, je pourrais donner un sens à ma vie, une direction, un but, je pourrais vouloir entrer dans la grande photo du monde, prendre ma place dans la société des hommes. Pourtant, je reste seul, un peu à l'écart, un peu au-dehors, je disparais au coin des rues, on perd vite ma trace, vieille habitude de fugueur.

Je n'aime pas ce siècle, si mal commencé, et qui a piétiné mes espérances, qui m'a tellement déçu. Mieux, je le maudis.


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