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Auteur : Ryan David Jahn
Traducteur : Simon Baril
Date de saisie : 20/02/2012
Genre : Policiers
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Actes noirs
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 9782330002299
GENCOD : 9782330002299
Sorti le : 02/01/2012
Ryan David Jahn s'est inspiré du même fait divers pour son livre que Didier Decoin pour Est-ce ainsi que les femmes meurent ? publié il y a peu : l'assassinat de Kitty Genovese en 1964 à New-York.
Tout comme elle, Katrina Marino rentre très tard chez elle. Un homme l'attend près de son appartement et va la poignarder de plusieurs coups de couteau. Elle hurle, plusieurs voisins l'entendent, se manifestent mais personne n'appelle la police, convaincu que quelqu'un l'a sûrement déjà fait...
Dans son roman, l'auteur nous décrit toute cette nuit : l'agonie de Kat, qui jusqu'au petit matin se bat contre la mort, et les réactions des témoins, en nous racontant leur propre histoire : Peter et Anne qui tentent leur première expérience échangiste ; Frank Riva et sa femme Erin, qui est persuadée d'avoir renversé un bébé avec sa voiture ; la dérive d'un policier corrompu ; Patrick qui doit aller à une visite médicale qui l'enverra sûrement au Vietnam...
Il n'y a pas de jugement sur ces personnes, témoins d'un drame et aussi témoins de leur propre drame personnel. L'auteur mêle avec beaucoup d'habileté ces différents destins, en poussant à l'extrême la tension dramatique, et jouant ainsi efficacement avec nos nerfs...
Au final, à l'aube, certains retourneront à leur routine, tandis que d'autres se rendront compte à quel point ils auraient pu changer la tournure de ce drame, si seulement...
En 1964 à New-York 38 personnes sont témoins de l'agression d'une jeune femme et personne n'appelle la police. L'auteur en reprend ici l'intrigue en s'attachant à nous montrer toute une galerie de personnages qui vont croiser la route de la victime. Kat rentre tard de son travail et va se faire attaquer au pied de son immeuble. Ses voisins ont tous une bonne raison pour ne pas alerter les secours. Le malaise nous gagne ainsi qu'un sentiment de culpabilité car serions-nous de «bons voisins» si pareil cas se présentait ?
New York, le 13 mars 1964. A quatre heures du matin, après son service, une jeune femme rentre chez elle. En bas de son immeuble, tapi dans la pénombre, un homme armé l'attend. Elle va recevoir un nombre incroyable de coups de couteau, appeler au secours en vain et agonir près de trois longues heures dans une mare de sang sans que personne ne vienne l'aider. Pourtant ils seront près d'une quarantaine derrière leurs fenêtres à assister à la scène effroyable, convaincus qu'un autre parmi eux aura déjà appelé la police... Comment ce drame, qui à bouleversé l'Amérique, a-t-il été possible ? C'est la question que se pose Ryan David Jonathan dans ce premier roman d'une noirceur incroyable. Entrecroisant les existences fragiles d'hommes et de femmes suffisamment occupés par leurs propres problèmes avec la narration minutieuse du calvaire de la jeune victime, il brosse le portrait d'une ville la nuit, où règnent violence, corruption, pédophilie et racisme. Une Amérique en guerre au Viet Nam qui s'oublie et s'enfonce dans une fange cérébrale où se noie le quotidien. Restent quelques personnages magnifiques : un fils prisonnier de l'amour qu'il porte à sa mère gravement handicapée, un homme qui découvre son homosexualité en compagnie d'un collègue de travail, un couple qui se dispute après une soirée échangiste... La vie ne manque décidemment pas de distractions qui vous feraient oublier qu'à quelques marches delà, en bas de votre immeuble, votre jeune et jolie voisine rampe dans son sang depuis de longues minutes déjà, espérant atteindre la porte de son appartement avant que son agresseur ne vienne terminer un travail suspendu. Coitus interruptus...
Voilà un roman noir magistral ! Une perle à ne pas rater ! Quelque chose entre Short Cuts, le film de Robert Altman, pour la construction et Hubert Selby Jr ou Truman Capote pour le talent de plume.
1) Qui êtes-vous ? !
Le traducteur.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La misère d'êtres humains qui vivent collés les uns aux autres et, pourtant, par on ne sait quelle malédiction, sont isolés au point de ne pouvoir accomplir ce simple geste : tendre la main, ouvrir leur porte, sauver une vie qui les sauvera eux-mêmes.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"C'est étrange, pense-t-il en tirant une bouffée de cigarette, dans une semaine il n'y aura plus aucune trace de ce qui s'est passé ici."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Gimme Shelter des Rolling Stones. Et comment !
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Dans ce roman très noir, où le sang coule à flots, où la folie guette tous nos "bons voisins", l'amour n'est jamais totalement absent. Un filet de lumière qui brille peut-être plus fort encore que la lame du tueur.
New York, années 1960. Kat Marino, qui rentre tard chez elle, est agressée au couteau par un inconnu. De nombreux voisins sont témoins de la scène, mais personne n'avertira la police, persuadé que quelqu'un d'autre l'aura déjà fait. C'est le "bystander effect". En donnant la parole à tous les protagonistes, ce roman noir polyphonique, dont l'action se concentre sur quelques heures, esquisse une tentative de généalogie de la violence contemporaine.
Ryan David Jahn écrit depuis l'âge de dix ans. De bons voisins, son premier roman, a remporté le prix du meilleur premier roman décerné chaque année par la Crime Writers Association. Il vit à Los Angeles. Il est déjà traduit ou en cours de traduction en allemand, néerlandais, espagnol, italien, japonais, chinois, islandais, danois et norvégien.
À partir de ces personnages tirés de son imagination, Ryan David Jahn dresse un état des lieux méthodique de l'immeuble, l'espace des deux heures que dure le crime...
Car, en s'attachant à la vie de chacun, aux problèmes de ces habitants qui incarnent une Amérique moyenne empêtrée dans son quotidien, les boulots harassants, l'épuisement des couples, la lassitude des âmes, dans une époque datée - une chanson de Buddy Holly passe en boucle sur les autoradios -, on peut à tous leur trouver des circonstances atténuantes. Les gémissements récurrents de la victime interviennent alors pour rappeler combien la lâcheté peut être meurtrière. L'auteur ordonne ce choeur en une mécanique bien huilée, composant un roman sans temps mort, précis dans les faits, chirurgical dans sa description du crime, profondément empathique avec sa victime. Et très déstabilisant.
Né quinze ans après la mort de Kitty Genovese, l'Américain Ryan David Jahn a ainsi choisi de se colleter à l'histoire de celle-ci pour De bons voisins, son premier roman. Il lui emprunte de manière évidente sa trame mais refuse de jouer à la reconstitution, en prenant ses distances : il modifie le nom de la victime, qui devient Kat Marino, ainsi que celui du tueur, et place sa focale tour à tour sur des voisins dont il a librement imaginé l'identité et la situation. Il y a le jeune garçon dont la mère se meurt, des couples en crise, un homme qui découvre son homosexualité, un autre confronté au racisme...
Ça commence sur un parking.
Le parking se trouve à l'arrière d'un bar sportif, un bâtiment en brique qui a accumulé les blessures et les cicatrices au cours de sa longue histoire. Il s'est fait percuter par des conducteurs en état d'ébriété qui ont passé la marche arrière au lieu de la marche avant, s'est fait taillader par des gens qui ont gravé leurs initiales sur les murs, et prendre d'assaut par des vandales ivres. Un soir, il y a quinze ans, quelqu'un a tenté d'y mettre le feu. Malheureusement pour le pyromane en puissance, la météo avait prévu de la pluie. De sorte que le bar est toujours là.
Il est presque quatre heures du matin - trois heures cinquante-huit-, un moment d'obscurité parfaite où aucun soupçon de lumière ne pointe encore à l'est. Il fait nuit noire.
Le bar est fermé et silencieux.
Seules trois voitures sont garées sur son parking habituellement bondé : une Studebaker de 1957, une Oldsmobile de 1953 et une Ford Galaxie de 1962 à l'aile cabossée. Deux d'entre elles appartiennent à des clients : l'un est un vendeur à domicile qui consacre ses journées à essayer de fourguer des aspirateurs ; l'autre, un chômeur qui passe les siennes à contempler les fissures du plafond de l'appartement dont il n'a pas payé le loyer depuis trois mois. Tous deux ont bu quelques coups de trop plus tôt dans la soirée et ont trouvé un autre moyen de rentrer chez eux - le taxi, sans doute. C'est sûrement le cas du chômeur. Le vendeur s'est peut-être fait raccompagner par un camarade, mais le chômeur, lui, a presque certainement pris un taxi. Quand il vous reste trente dollars et que le montant du loyer c'est quatre-vingts, inutile d'économiser. Buvez jusqu'à l'ivresse et payez-vous un taxi pour rentrer. Si l'on doit toucher le fond, autant prendre plaisir à la chute. C'est quand il vous reste quatre-vingt-sept dollars et que le loyer s'élève à quatre-vingts qu'il faut se restreindre.
Des gobelets en carton et d'autres déchets - journaux, emballages alimentaires - jonchent l'asphalte décoloré par le soleil. Un bref instant, une brise que l'on entend gémir chasse tous ces détritus en travers du macadam fendillé, réorganisant légèrement leur position avant de s'évanouir.
Et c'est alors qu'une jolie fille - une femme, à vrai dire, bien qu'elle ne se sente pas adulte - sort du bar, poussant la porte.
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