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.. Mélancolie vandale

Couverture du livre Mélancolie vandale

Auteur : Jean-Yves Cendrey

Date de saisie : 05/04/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 18.80 € / 123.32 F

ISBN : 9782330002312

GENCOD : 9782330002312

Sorti le : 02/01/2012

  • Les présentations des éditeurs : 14/01/2012

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

2010. Dans Berlin réunifiée, Kornelia Sumpf, cinquante-trois ans, interprète de son état, fille d'un fervent communiste et ancien employé de la Stasi au temps de la RDA, traverse dans les deux sens un Mur qui n'existe plus depuis vingt ans, en proie à des nostalgies bancales et à des désirs désordonnés, entre sexe de la dernière chance et douteuses extases matérielles.
Femme de devoir, au sourire immuable mais dont la jeunesse s'enfuit inexorablement, Kornelia, qui souffre, entre autres maux, de ne pas avoir l'amour de l'argent, porte sur les mutations du monde qui l'entoure un regard aussi perplexe qu'exalté. Victime du vol de son vélo, c'est sous un ciel de neige qu'elle poursuit un trivial chemin de croix, et dans les décors fantastiques de cette ville immense qu'elle tente de réconcilier en elle les mythologies de la défunte RDA avec les contradictions de l'Allemagne nouvelle où le marché s'emploie, d'expéditive manière, à liquider une Histoire prétendument maudite.
A travers l'héroïne de son "roman rose" naufrageant sur les rives du temps, entre un passé et un futur également improbables, Jean-Yves Cendrey rend un hommage aussi halluciné que drolatique à une ville-symbole, désormais livrée aux promoteurs mais où l'utopie tente de prendre ses quartiers.

Né en 1957, Jean-Yves Cendrey vit depuis des années à Berlin, avec sa femme Marie NDiaye et leurs enfants. Il a publié, depuis 1988, une quinzaine d'ouvrages, pour l'essentiel parus aux éditions POL puis aux éditions de l'Olivier. Dernier roman paru : Honecker 21 (Actes Sud, 2009).



  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 4 avril 2012

Entre portrait féroce d'un Berlin livré au matérialisme effréné et réflexion truculente sur l'«ostalgie», cette sourde mélancolie développée par les ressortissants de feu la RDA vis-à-vis de l'Allemagne d'avant la réunification, Cendrey ne choisit pas. Il tisse et enchevêtre, il regarde de tous ses yeux, tonitrue et ricane.


  • La revue de presse Bernardo Carvalho - Libération du 15 mars 2012

Mélancolie vandale raconte les mésaventures d'une survivante de la RDA aux prises avec une insuffisance chronique : son manque d'amour pour l'argent dans Berlin en pleine transformation capitaliste et spéculative vingt ans après la chute du Mur. «Je ne m'intéresse qu'aux choses où l'horreur est contrebalancée par la farce, par le grotesque», dit Cendrey...
Cendrey recourt au «on» impersonnel pour raconter son «roman rose», second volume d'une trilogie berlinoise qui a débuté avec Honecker 21 (Actes Sud, 2009). Ce dispositif ambigu empreint d'ironie lui permet une identification improbable avec son personnage. Kornelia Sumpf vit de prison en prison, non par goût ou par condamnations, mais par opportunité professionnelle («les prisons ne manquent pas»). Elle est interprète de français à la prison de Moabit. En pleine crise de la cinquantaine, à 53 ans (Cendrey en a 54), elle vit toujours avec son père invalide, ancien fonctionnaire de la Stasi. Ils habitent à Lichtenberg, de l'autre côté de la ville, dans l'Est profond, face au mur de la prison qui a, par le passé, accueilli, entre autres dissidents, les guides qui, aujourd'hui, reçoivent des hordes de touristes attirés par le charme d'une horreur aussi inoffensive que lointaine. «A Berlin, il y a rarement à craindre, sinon les mauvaises rencontres avec le passé...»


  • La revue de presse Camille Thomine - Le Magazine Littéraire, février 2012

Ainsi, sur l'insensé trajet qui la ramène à sa tanière, Kornelia croise et recroise l'affiche publicitaire d'une opportune diva, vantant de sa gorge béante les vertus d'une offre téléphonique à 29,99 euros. Sur la dernière des réclames, pourtant, une déchirure à son gosier laisse apparaître la porte de Brandebourg, vestige de l'affiche précédente. Un chevauchement d'abject et d'incongru où s'emblématisent toutes les variables du roman : outrance absurde de la consommation, promesses fallacieuses de lendemains qui chantent, rémanence obsédante du passé dans le présent... Mais toujours, aussi, l'espérance éperdue qu'un couac, si infime soit-il, ronge l'insipide vernis de notre époque. «C'est Berlin qui l'étouffe, note Cendrey de la pin-up, et c'est beau, d'un vandalisme inspiré et d'un comique angoissant.» Et c'est précisément ce qui se dégage de son livre.


  • La revue de presse Odile Benyahia-Kouider - Le Nouvel Observateur du 2 février 2012

L'écrivain, qui y a déménagé il y a cinq ans, explore le Berlin du peuple, celui de Döblin. Ses héros ne dansent pas sur le Mur, dans le no man's land transformé en lieu de plaisirs bobo-techno. Ils sont cabossés, en lambeaux, dans une ville qu'aucune neige ne saurait purifier de ses crimes passés...
Avec son écriture expressionniste où le «ciel fripé et moisi» le dispute aux rideaux «à trou-trous et pompons» et ses personnages grotesques, Cendrey a su trouver les sonorités et les images pour décrire une ville complexe, où le spleen affleure loin des clichés de la métropole en vogue.


  • La revue de presse Muriel Steinmetz - L'Humanité du 2 février 2012

Jean-Yves Cendrey s'attelle à son tour à l'évocation d'un pays couvert de blessures, naguère coupé en deux et qui a encore du mal à recoller ses morceaux...
Mélancolie vandale a pour sous-titre ironique Roman rose. C'est à la fois drolatique et halluciné. Les menus incidents de la vie de cette femme sont dépeints dans un style qui va vite, de la gravité à l'esprit farce. Le marathon final où des Allemands, en tenue de super-héros de BD, courent par milliers pour mincir, est un morceau d'anthologie.


  • La revue de presse Raphaëlle Leyris - Le Monde du 19 janvier 2012

Ce n'est sans doute pas un hasard si celui-ci a truffé son roman de références au Berlin Alexanderplatz d'Alfred Döblin (1878-1957), dans lequel la ville apparaît comme un monstre broyant les faibles avant de les engloutir. Dans ce chef-d'oeuvre de 1929, sa Kornelia a puisé un certain goût du "romanesque". Mais elle possède peu de carburant pour l'alimenter, à l'exception des "foutaises fantasmées de son esprit tordu". Celles jaillies du cerveau de Jean-Yves Cendrey font de cette épopée dérisoire le portrait étrangement captivant d'une femme qui affiche un sourire constant, mais que désespère son incapacité à être heureuse. Un peu plus empathique pour son personnage, moins railleur, Mélancolie vandale, à défaut d'être un "roman rose", porte haut les couleurs d'une compassion tortueuse mais bien présente pour ce "on" - nous tous - qui tâtonne et se débat dans un monde dont les repères ont volé en éclats.


  • La revue de presse Thomas Mahler - Le Point du 12 janvier 2012

Après Honecker 21 en 2009, voici donc Mélancolie vandale, qui poursuit cette savoureuse veine berlinoise. Nouvelle farce grinçante et nouvelle dérive humaine...
Abattant tout mur entre tragédie et burlesque, ce roman cinglant confirme Jean-Yves Cendrey comme l'un des meilleurs cartographes du malaise contemporain. Un chaos reflété par l'"anarchitecture" de Berlin, cette ville-témoin à la fois musée des pires errements d'un passé proche et laboratoire d'un avenir qui hésite entre utopies et résignation consumériste.


  • Les courts extraits de livres : 05/01/2012

On a toujours le sourire, c'est une maladie. On quitte la prison avec le sourire, la dure prison de Moabit, ce mince sourire sans raison qu'on avait en y entrant, la prison dure et rose. Le ciel est au plus bas sur la ville aplatie, écrasée de neige vieille. Un genre de ciel indéchirable, mais poreux, tout fripé et moisi, d'où suintent les eaux usées du paradis. Le ciel, la lourde bâche qui dépolit le jour et rembrunit la nuit, pendouille, portée par de trop rares supports : des clochers de cuivre, les beffrois de pierre des mairies, les cheminées qui vont par trois des centrales électriques, le fagot d'acier qu'est la tour de la radio, la quille de béton et d'aluminium qu'est celle de la télévision, le néodonjon de briques de Daimler, la grand-voile de verre de Sony, le doigt levé de la Debis et son ongle verni, et aussi des grues, heureusement des grues. Le ciel, la mauvaise bâche qui ne protège de rien, laisse le vent entrer, la glace se former puis la neige s'engouffrer, la torpeur envahir, celle des fins février. Quand quand quand.
Quand on conserve aux narines la terrible odeur de mouton mouillé du bonnet sur le crâne, et cela même au chaud, tête nue, même au lit. Quand revient aux narines la mémoire nauséeuse et consolante du charbon - le fumet de la ville entière du temps où elle était coupée en deux. Quand le ciel de Berlin est celui du taudis bien-aimé où des gens à bout pataugent dans une neige rose des débris de pétards. Une neige vieille, que plus personne n'a le coeur de soulever, entasser, chasser des seuils en poussant fort la pelle appropriée. Elle regorge de mégots, d'emballages, de cannettes, de crottes coriaces ou fondantes, d'éclats de carton rose, gluant, crachats sanglants du jour de l'an.
Les tilleuls d'alignement ont leur air de grands types morts au tapin, de peur, de froid, et durs tiens... comme du bois, statufiés par l'ennui, les bras levés en signe d'impuissance, la poitrine percée du clou de leur numéro matricule. A leur pied les ordures surabondent, qui sont moins les fleurs du sans-gêne que des offrandes à la mélancolie générale. Il y a sous la neige, irréductible encore, le verglas inégal de janvier, tout émaillé de gravillons. Des gens ont les bonnes chaussures, d'autres non.
C'est ainsi, après deux mois d'hiver sincère, quand le ciel poche et contrefait l'Apocalypse, quand les tuyaux crevés débagoulent en douce, quand les lacs mollissent sur les bords et que les cadavres de carpes deviennent accessibles aux choucas. Et qu'en plus on s'est fait voler son vélo. Oh non ! Pas ça ! Ce ça qui désole et ferait vite sourire plus fort, comme ironiquement, si on ne s'en empêchait.
Là, au coin bizarre de la vieille prison vieux rose, la prison aux murs de prison, vieux rose brique et frangés de barbelé neuf, les yeux réduits par la déconvenue, le nez pincé, on contracte son mince sourire maladif, rose, translucide, tel un trait de surligneur au bas d'un dessin chiffonné, qui indiquerait où est la bouche dans la mine en papier pelure.


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