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.. Les lapins ne meurent jamais

Couverture du livre Les lapins ne meurent jamais

Auteur : Savatie Bastovoi

Traducteur : Laure Hinckel

Date de saisie : 06/01/2012

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Jacqueline Chambon, Paris, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 9782330002541

GENCOD : 9782330002541

Sorti le : 02/01/2012

  • Les présentations des éditeurs : 06/01/2012

Nous sommes en 1980. Sasha, neuf ans, vit en République de Moldavie. Une vie sous le communisme, avec ses défilés, ses slogans, sa pruderie, ses kolkhozes, ses organisations de jeunesse quasi militaires. Pour Sasha, qui a un besoin éperdu de croire, la propagande devient à la lettre parole d'Évangile. Il vénère les martyrs de la cause communiste dont les visages sont peints sur les murs de l'école, et en premier lieu Lénine, gloire de l'Union soviétique qui a combattu les puissances du Mal capitaliste. À cette dévotion athée s'ajoute un amour sensuel pour la forêt, où il aime se réfugier quand ça va trop mal à l'école. L'institutrice lui reproche aigrement ses vêtements usés, l'odeur des cochons qu'il nourrit avant de venir en classe et ses poux. On peut aussi être un paria dans l'utopie communisme d'une société sans classes.
Ici, le sentiment panthéiste de Savatie Bastovoi s'incarne avec une délicatesse fragile dans cet enfant qui s'accroche aux mythes d'un monde parfait pour oublier la dure réalité d'un système fait pour broyer les hommes.

Savatie Bastovoi est né à Chisinau en 1976. Adolescent, il est interné en hôpital psychiatrique à Socola, où il écrit le cycle Un Valium pour Dieu qui le consacre comme poète. En 1998, il abandonne la faculté de Timisoara et, en 2002, il reçoit la tonsure. Il vit au monastère de la Nativité du Christ, en République de Moldavie. Il dirige la maison d'édition Cathisma, la revue de spiritualité orthodoxe Ekklesia et enseigne l'iconographie au Séminaire de théologie de Chisinau.



  • La revue de presse Catherine Simon - Le Monde du 5 janvier 2012

Roman sombre, Les lapins ne meurent pas est dédié aux "enfants soviétiques devenus grands". Il diffuse pourtant une puissante lumière : celle d'une écriture formidablement charpentée et fine. En témoignent les courts passages, qui viennent s'incruster, telles des énigmes, dans le récit principal : une petite fille et son père marchent dans la campagne et, dans leurs yeux, on contemple "un large horizon de fleurs jaunes et orange, dont les feuilles descendaient jusqu'au sol, douces comme des bonbons". Devenu prêtre en 2002, Savatie Bastovoi vit dans un monastère ; il dirige une maison d'édition et enseigne l'iconographie au séminaire de théologie de Chisinau.


  • Les courts extraits de livres : 06/01/2012

Le défilé, c'était l'affaire de toute l'école. Il y avait une collecte pour acheter les ballons. Il y en avait à trois, à cinq et à dix kopecks. Il y en avait des longs en forme de vagues et avec un tété au sommet, qui ressemblaient à vous-savez-quoi et qui nous faisaient rigoler, nous autres, les garçons. Mais les filles encore plus. Il y avait aussi des ballons plus petits, mais ronds. Ceux-là étaient plus beaux, parce qu'ils ressemblaient à un ballon de football et qu'on pouvait jouer avec.
Mais les encore plus beaux étaient ceux à dix kopecks, parce qu'ils étaient grands et ovales. Et je crois qu'il y avait aussi des ballons beaucoup plus chers, puisque certains enfants en avaient des encore plus grands, j en ai vu. Ceux-là, je ne savais pas où on les achetait. Nous, on croyait qu'ils étaient à vendre seulement pour la fille de Vera Ivanovna, parce qu'il n'y avait qu'elle qui en avait, des ballons pareils. Quand on ne voulait pas apporter d'argent pour les ballons, la maîtresse disait : «Très bien, alors nous n'achèterons que des ballons avec des vagues, et nous verrons bien quelle tête vous ferez !» On avait honte, évidemment, d'y aller avec ces ballons-là qui ressemblaient à vous-savez-quoi.
Le vent agitait les pancartes et les drapeaux. Au-dessus, entre les ballons, on voyait le ciel et les nuages qui bougeaient. Vive le Grand Octobre ! Notre vie pour la Cause du Parti Communiste de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques ! Non aux guerres et au monde nucléaire !
Les foulards et les cols tremblaient. Les mains transpiraient sur les pancartes et sur les bouquets de fleurs. Les coeurs palpitaient. Pour la Paix et le Désarmement ! Libérons la Colombe de la Paix au-dessus du monde ! Mort au noir corbeau du capitalisme !
- La paix pour toujours !
- Mort au corbeau noir du capitalisme !
- Paix sur terre !
- Paix pour les habitants du monde entier !
- On n'oublie personne, on n'oublie rien !
- Vingt millions de morts dans la Grande Guerre pour la Défense de la Patrie !
- On n'oublie personne, on n'oublie rien !
- Victimes du fascisme, capitalisme assoiffé de sang !
- Mort au corbeau noir du capitalisme !
- Et aux vaches !
- Et aux lapins et aux bâtards !
- Qu'ils dépérissent comme Leningrad assiégée !
- Que leurs enfants meurent de faim à table, et qu'eux ne se relèvent pas de leur chaise !


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