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.. Les cahiers de Lili Rose, neuf ans en 1940

Couverture du livre Les cahiers de Lili Rose, neuf ans en 1940

Auteur : Marie Faucher

Date de saisie : 06/01/2012

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Carnets nord, Paris, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 9782355360541

GENCOD : 9782355360541

Sorti le : 19/01/2012

  • Les présentations des éditeurs : 17/01/2012

«Je m'appelle Marie-Julie Rosenrot, j'ai neuf ans, et maman veut que j'écrive ce qui vient de se passer pour nous. Le journal de l'exode.»

Un demi-siècle plus tard, Marie a retrouvé ses cahiers et ses feuillets jaunis : la guerre à hauteur d'enfant, avec la naïveté, les révoltes, les raccourcis, l'incompréhension, les peurs qui lui sont propres. Tandis que les adultes pleurent, la petite Lili Rose veut voir l'étincelle derrière l'exode et les privations.
Un récit plein de poésie, que Marie a souhaité poursuivre pour dire comment elle est devenue grande en se nourrissant des rigueurs de la vie et de ses bienfaits.

Marie Faucher est d'abord auteur de contes (Contes des femmes qui veillent, Contes des sages qui s'ignorent et Contes des sages qui guérissent, Éditions du Seuil). Après Il était une fois des princes et des princesses (Carnets Nord, 2009), elle prend un tournant réaliste pour retracer son histoire personnelle, l'histoire de Lili Rose devenue Marie avec le temps ; d'une voix finalement pas très éloignée de celle de la conteuse.


  • Les courts extraits de livres : 17/01/2012

1940 - L'exode

JE M'APPELLE Marie-Julie Rosenrot, j'ai neuf ans.
On m'appelle Lili Rose, sauf Grand-mère d'Alsace qui dit Boumette à cause de mon frère qui a dix ans et qu'elle appelle Boum parce qu'il est sourd et qu'il entend bien ce nom-là. Et nous trois, avec Pierrot qui a cinq ans, on est les trois Boumets. On vit tous ensemble à Robinson pas loin de Paris, Papa, Maman, Boum, moi et Pierrot, et Mémé qui est la mère de ma mère.

Tous les jours, Maman veut que j'écrive pendant une heure ce qui vient de se passer pour nous. L'exode. C'est le journal de l'exode. Comme une rédaction, mais tous les jours, avec des brouillons et Maman qui rature, qui n'est pas contente et qui dit que je suis une étourdie paresseuse. Elle s'énerve et crie qu'elle est obligée de tout me mâcher ! Mais moi, ça m'ennuie. Et puis les garçons ont commencé dans le jardin le grand jeu de «chacun sa tente d'Indien», avec des grands chiffons que Maman nous a donnés exprès.

La mienne est un vieux rideau avec de grosses fleurs rouges. Et quand je suis seule dedans, chez moi, au milieu, assise en tailleur contre le piquet qui la tient debout, et que je fume le calumet de la paix en sureau, avec le soleil dehors qui fait à travers éclater les fleurs dedans, moi je suis contente.
Mais je suis ici tous les jours à ma petite table dans le couloir, et quand j'ai fini et que je peux descendre jouer avec les garçons dans le jardin, le soleil n'est plus à la bonne place et ça ne fait plus le rayon de Dieu qui me traverse !

Voilà !
Aujourd'hui, ça fait longtemps que c'est encore la guerre et on joue à faire des tickets et des cartes de priorité pour mère de famille. Je suis la mairie et je me suis fait un bureau avec notre petite table ronde.
On prépare pour Maman une surprise : un carnet-étui pour mettre toutes ses cartes d'alimentation de toute la famille, avec du carton et des papiers transparents, de couleurs différentes, que je plie en bas pour y glisser les feuilles de ticket. Il y a trois «J2» et deux «A» et un «V». Pour nous, les trois enfants, c'est «J2», Papa et Maman, c'est «Adulte», et pour Mémé, «Vieillard». Avec un papier en couverture faux croco comme j'en ai vu chez Mme Ortoli, la marchande de couleurs. Son mari est à la guerre, et Jean-Claude, qui était notre copain et aussi enfant de coeur à la chapelle, a perdu son bras qu'il avait mis à la fenêtre pendant l'exode, et on lui a coupé tout net parce qu'une voiture qui doublait vite l'avait arraché. Pour le papier croco, c'est moi qui ai eu l'idée et je crois que Maman sera contente. Il est marron et brillant.
Boum et Pierrot sont des clients et viennent chercher leur carte et je leur donne des tickets périmés que Maman m'a donnés.


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