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Auteur : Jean-Claude Martineau
Date de saisie : 04/01/2012
Genre : Théâtre
Editeur : Art et comédie, Paris, France
Prix : 13.70 € / 89.87 F
ISBN : 9782844228307
GENCOD : 9782844228307
Sorti le : 02/01/2012
«On sait toujours par avance ce que l'on perd, mais on n'est jamais sûr de ce que l'on gagne.»
C'est ce que vont apprendre à leurs dépens Jacques et André, deux jeunes retraités qui, pour donner une leçon à leurs femmes un peu trop directives à leur goût, décident de fuguer quelques jours. Mais comment faire pour mettre de la distance entre elles et eux quand un village entier s'est donné pour mission de leur venir en aide ? Trente kilomètres à pied pour en arriver là... c'est quand même rageant !
ACTE I
Nous sommes en fin de journée. A l'extinction des lumières dans la salle, le rideau s'ouvre sur la scène qui reste plongée dans le noir total. Du fond de la salle, on entend chanter à voix haute et deux personnages, chargés comme des mulets, arrivent. Ce sont Jacques et André, deux amis fraîchement retraités qui, ne pouvant plus supporter leurs épouses sur leur dos vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ont décidé de s'offrir une escapade. Jacques, bon marcheur, devance André de quelques longueurs et braille à tue-tête. André, qui a de la peine à suivre, chante avec moins d'enthousiasme et commence à râler...
JACQUES (en pleine forme, chantant à tue-tête) - «Trent' kilomètres à pied, ça use, ça use, trent' kilomètres à pied, ça use les souliers... trent' et un kilomètres à pied, ça use, ça use, trent' et un kilomètres à pied, ça use les souliers... Trent' deux kilomètres à pied, ça use, ça use...»
ANDRÉ (fatigué, exaspéré, le coupant) - Tais-toi ! Arrête ta chanson débile, je n'en peux plus...
JACQUES (s'arrête et attend son copain) - Au contraire, faut chanter mon Dédé, c'est ce qui motive les troupes. (Il termine.) «Trent' deux kilomètres à pied, ça use les souliers...»
ANDRÉ (boitillant, geignard, le coupant) - Ce ne sont pas mes souliers qui sont usés, couillon ! Ce sont mes panards ! Ils sont en feu. C'est une vraie marmelade dans mes grolles. J'ai l'impression que mes orteils ont fondu les uns sur les autres.
JACQUES (secouant la tête, moqueur) - Ce que tu peux être douillet quand même... C'est pas croyable !
ANDRÉ (complètement arrêté) - Forcément, toi, t'es habitué aux grandes randonnées. Saint-Jacques-de-Compostelle tous les ans... plus quinze bornes par jour pour entretenir ta forme... plus plein de bricolage à droite et à gauche...
JACQUES (pas convaincu) - Et alors ?
ANDRÉ (répétant en maugréant) - Et alors, et alors... t'es forcément plus en forme que moi ! Quand je me suis tapé quinze fois le tour de mon bureau dans la journée, j'ai déjà des crampes partout. Tu rajoutes à ça quelques déplacements aux toilettes et je suis complètement courbaturé.
JACQUES (prenant ça à la rigolade) - Eh oui... Surtout qu'avec ta prostate qui déconne, ça te fait tout de suite des allers-retours supplémentaires. (Il rit.)
ANDRÉ (à moitié vexé) - Ah ! c'est malin ! Ah ! ça c'est fin ! Bonjour l'humour !
JACQUES (moqueur) - Imagine, Dédé, que tu sois payé à chaque fois que tu tires la chasse d'eau...
ANDRÉ (ne comprenant pas) - J'vois pas le rapport...
JACQUES (très sérieux) - Le rapport, c'est qu'on pourrait dire que tu gagnes ton pain... des pisses ! (Il rit, content de son calembour.) Pain d'épices... C'est marrant, non ?
(...)
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