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Auteur : Régis Jauffret
Date de saisie : 31/01/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre rouge
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-02-102251-3
GENCOD : 9782021022513
Sorti le : 19/01/2012
A partir d'un effroyable fait divers, Régis Jauffret explore la géographie humaine dans ses recoins les plus reculés, les plus sordides. Il nous entraîne dans deux mondes superposés, maculés d'ombres et de lumières. Comme un dédoublement vertical, la famille, celle d'en haut, pignon sur rue et le peuple d'en bas, celui de la cave, séquestré plus de vingt ans par l'ogre Fritzl. Un espace cavernicole régi par ses propres règles où la transgression défie toute morale. Viols répétés, enfants incestueux, monstrueuses noces de sang mêlant père - grand père, mère, soeur dans un même lit souterrain. On y croise rats, cris de bébés, le silence des autres, jeux inconcevables ailleurs, télé en boucle d'une virtuelle réalité gobée, un poisson rouge, la détresse, blanchie à la javel, le froid, la soumission, une certaine tendresse, les coups, la faim, un canari Titi sur le tard...
Dans un subtil agencement, l'écrivain ne juge pas, il pose des mots sur le mal. «Claustria», un roman de l'abject et d'amour innommable, fascinant, effrayant, qui nous offre un grand moment de littérature.
Platon, le mythe de la caverne. Des prisonniers qui ne verront jamais de la réalité que des ombres d'humains projetées sur la paroi de la grotte où ils sont enchaînés. Dans le souterrain les enfants n'ont vu de l'extérieur que les images tombées du ciel qui leur parvenaient par le câble de l'antenne.
Le mythe a traversé vingt-quatre siècles avant de s'incarner dans cette petite ville d'Autriche avec la complicité d'un ingénieur en béton et celle involontaire de l'Écossais John Baird qui inventa le premier téléviseur en 1926.
R.J.
Claustria est le roman de cette incarnation.»
Né en 1955, Régis Jauffret est l'auteur de nombreux romans, dont Clémence Picot, Univers, univers (Verticales), Asiles de fous, Microfictions, Lacrimosa (Gallimard), Sévère, Tibère et Marjorie (Seuil).
Avec "Claustria", Régis Jauffret, enquêtant sur l'affaire Fritzl, signe un roman d'une beauté implacable. Claustria...
Jauffret est allé y voir ; là-bas. Non pour savoir ou comprendre. Pour dire, raconter, fabuler. Évitant les pièges d'un tableau "sur le motif" des moeurs postmodernes en Basse-Autriche dans une famille recomposée d'un type spécial, il s'est arraché à l'actuel et à l'exact. Peu importe pour lui le mode (infinitif, indicatif, subjonctif, conditionnel), le roman s'écrit toujours aux temps du passé. Il s'est donc projeté vers 2050 pour écrire au passé un roman dont il confie le premier rôle à un des "enfants de la cave", qu'il nomme, non sans malice, Roman...
Claustria n'est pas un roman sur une affaire. C'est un roman sur un romancier écrivant une histoire d'amour (c'est le titre d'un précédent roman et le thème de tous les autres). Le mot est lâché. N'en déplaise aux censeurs, le roman montre avec un humour macabre et une tendresse poignante un amour atroce, difficile, dérisoire, morbide, avec peu de lumière entre les mots noirs.
Là où tant de petits maîtres se contentent de flatter les instincts voyeuristes de manière opportuniste, Jauffret, lui, explose le genre, comme si l'authenticité de l'histoire n'était rien d'autre qu'une base pour explorer la condition humaine et ce que la littérature peut en dire...
Au-delà de l'inexplicable, c'est la construction d'une société à part entière que l'écrivain tente de cerner, avec son ton clinique et ses métaphores insensées (les fans de Jauffret savent qu'il peut exceller dans ce domaine) : comment cette deuxième famille, isolée du monde, s'est-elle constituée, avec ses règles de fonctionnement, ses lois, ses contingences matérielles et, surtout, sa définition très subjective de l'amour ? Le mystère insondable de ce dernier mot hante Claustria, qui tente de percer l'énigme de la "race humaine" et son "besoin coûte que coûte d'amour, de rêve, toxicomanie contractée dans le bocal amniotique"...
Constatez : dans Les particules élémentaires, Michel Houellebecq décrivait une perruche raide morte dont le propriétaire neurasthénique devait se débarrasser du cadavre. Plus optimiste (encore que...), Régis Jauffret, dans ce définitivement génial Claustria, se focalise sur le destin du petit canari de l'étrange famille Fritzl, baptisé Titi, à qui l'on offre à la dernière page la liberté mais qui, mécaniquement, préfère rentrer dans sa cage, pour ne pas être dévoré par un chat. Botté ou pas.
Dans une langue simple comme l'abjection, Régis Jauffret, qui a longuement enquêté sur place, tente, non pas de comprendre, mais de raconter ce qui s'est passé dans cette cave, les viols, l'obscurité, le temps qui passe. «Claustria» est peut-être un de ses meilleurs romans.
Pour son nouveau roman Claustria, Régis Jauffret s'est emparé de l'histoire abominable de Josef Fritzl. Pari réussi...
Retracer les vingt-quatre années que la jeune Elisabeth Fritzl, violée et engrossée par son père, vécut six pieds sous terre : tel était le défi de l'auteur de Microfictions. Une gageure et une réussite époustouflante : voici Claustria, contraction habile de claustration et d'Austria (Autriche), plus de 500 pages serrées, l'un des événements de cette rentrée...
Prouesse de Jauffret que de raconter la durée, d'alterner les rythmes, de jouer avec les époques. Estomaqué par la monstruosité du fait divers, séduit par le ton tenu et le style enfiévré du narrateur, le lecteur se laisse emporter, comme enivré par cette histoire délirante. Romancer l'horreur, charrier les mots et les maux avec l'élégance d'un esthète : l'auteur d'Asiles de fous fait mouche.
En partant de l'inconcevable affaire Fritzl, ou la séquestration pendant vinq-quatre ans d'une fille par son père, Régis Jauffret signe un remarquable «Claustria» et s'empare du vécu pour délivrer sa vérité sur la société. L'histoire se passe en Autriche, c'est-à-dire nulle part. Donc partout. Elle s'élève d'un fait divers, cet infini à la portée des autruches. L'autruche est un romancier de 56 ans, né à Marseille, auteur de vingt livres, nommé Régis Jauffret. Depuis vingt ans, il met la tête en terre humaine. Il ferme les yeux, avale tout, les vers, les pierres, la merde, les os, les revenants, et puis, dans le noir de la fiction, il développe et illumine le pire dans toutes les directions. Il écrit pour expérimenter, pour que le lecteur expérimente avec lui, comme on le faisait dans les années 70. Mais il le fait en racontant des histoires, épouvantables et drôles, filant comme à la foire, vivant de déborder nos approches raisonnables, informées, journalistiques, télévisées, de la «réalité» - du fait divers. Il veut sentir jusqu'où il peut aller non pas très loin, mais au-delà, de façon à jouir des fureurs de l'imaginaire. Il le fait à l'aide d'une phrase sèche, nerveuse, généralement courte et soudainement longue, rythmée par des comparaisons bouffonnes et par de fausses répliques de scène qui claquent comme drapeaux dans la bataille. C'est la grammaire, et elle seule, qui tient la folle du logis.
Régis Jauffret a mené de longues investigations, interrogeant des témoins qui se dérobaient, visitant les lieux qui ont été le théâtre de ce drame dantesque, mais il fait avant tout oeuvre de romancier, sans avoir la complaisance de celui qui se délecte à conter l'innommable. Il décrit les faits avec la précision d'un enquêteur expert à sonder ce qui se dissimule sous les apparences, la froideur d'un anatomiste des relations entre un bourreau et sa victime, et le talent d'un écrivain qui ne cède pas à la tentation de s'ériger en juge.
La perversité exaspérée du bourreau, la détresse sidérante des victimes : une matière humaine saisissante, poignante, que Jauffret pétrit et agite avec l'intelligence et l'empathie d'un grand romancier...
On sait, depuis notamment Histoire d'amour (1998), Clémence Picot (1999), plus récemment Microfictions (prix Télérama/France Culture, 2007) ou encore Sévère (2010), combien est grande l'aptitude de Régis Jauffret à sonder les psychés au bord du gouffre, en proie aux dérèglements ou à la souffrance extrême, à mettre au jour aussi les ressorts pervers à l'oeuvre dans les relations humaines : manipulation, prise de pouvoir, humiliation. Cette capacité atteint, dans Claustria, des sommets de maîtrise - dégagée qu'elle est des tentations grand-guignolesques ou sarcastiques auxquelles Jauffret a parfois cédé par le passé.
À cinquante-deux ans, l'ancien gamin Roman Fritzl était le dernier survivant du petit peuple de la cave. Sa mère était morte, son frère et sa soeur n'avaient pas atteint la quarantaine. L'air libre les avait tués lentement comme une émanation délétère.
La maison d'Amstetten a été revendue sept fois depuis qu'ils en sont sortis le 26 avril 2008. Roman avait cinq ans ce jour-là. Comme l'avait dit un jour son père à un voisin, elle est entrée dans l'histoire.
- Quelle histoire ?
Un sourire était monté à ses lèvres. Il l'avait ravalé aussitôt comme une bouchée.
Mais on finit par oublier les histoires, et le dernier propriétaire des lieux avait fait faillite. La boîte de nuit qu'il avait ouverte quinze ans plus tôt n'avait plus de clients. Elle était terminée l'époque où les invités s'entassaient près du bar lilliputien face à la piste de danse où auraient pu valser des nains. Sous le plafond bas comme un homme on fêtait l'anniversaire d'un ami déguisé en vampire, le baptême d'un enfant dont les parents espéraient qu'il serait un jour brillant comme Lucifer, le mariage d'un couple qui les derniers convives en allés consommait en frissonnant sa nuit de noces à croupetons sur une table à l'endroit même où jadis trônait le lit sur lequel le père avait chevauché sa fille durant un quart de siècle.
Les derniers temps, c'est à peine si quelques vieillards venaient encore boire des bières par nostalgie de leur jeunesse, quand les médias du monde avaient envahi la petite ville pour transmettre jusqu'en Chine et en Australie des images de la maison de l'ogre. Ils attendaient des fantômes et lassés de ne pas les voir apparaître ils repoussaient leur verre, se levaient ivres en se cognant la tête aux lattes du plafond, titubaient dans le labyrinthe et remontaient à la surface avec des yeux de poisson mort.
Une explosion un matin de décembre. La veille, les artificiers avaient passé leur journée à parsemer le bâtiment d'explosifs. Une déflagration sous une averse de neige comme on n'en avait plus entendu ici depuis les derniers bombardements alliés de 1945. Une chute de briques, de pierres, de bois, de béton et quelques morceaux de la terrasse qu'on reconnaît encore au-dessus du tas. Puis le bulldozer qui égalise, aplanit, lisse. Aucun objectif pour immortaliser la scène. Même si le vieux maire avait pris la peine d'annoncer l'événement aux agences de presse. Il comptait venir prendre lui-même quelques photos. Victime d'un rhume dans la nuit, il était resté chez lui par peur du froid.
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