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Auteur : Arthur Dreyfus
Date de saisie : 09/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 17.65 € / 115.78 F
ISBN : 978-2-07-013653-7
GENCOD : 9782070136537
Sorti le : 05/01/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis un jeune homme passionné par tout ce qui se regarde de travers.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Les millions de minuscules abdications de nos vies d'hommes.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Laurence pensa à Antonin, à Vladimir. Combien elle les aimait. Pour eux, elle prit une décision. Cette décision tenait en trois mots, qu'elle prononça à voix basse pour la toute première fois : Madec a disparu. "
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La petite fille de la mer, Vangelis.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Un espace hors du temps.
6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Aucun rituel. Écrire quand on peut, c'est déjà beaucoup.
7) Comment vous vient l'inspiration ?
En écrivant.
8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Non, c'est une série de hasards en dominos tombés les uns sur les autres.
9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
«Le Livre de ma mère» de Cohen et «Poil de Carotte» de Renard.
10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
A élargir le monde.
11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Trop de place dans mon petit appartement.
«Madec se dirigea vers la cuisine pour chercher un couteau à pointe fine. Comme s'il était surveillé, il s'interdit la lumière. L'obscurité ne faisait pas disparaître les formes, mais les couleurs. Est-ce ainsi que voyaient les gens dans les vieux films ? L'enfant ouvrit le tiroir à ustensiles.»
Ensuite un peu de bruit, et beaucoup de silence.
Arthur Dreyfus est né en 1986. Belle Famille est son deuxième roman.
La distance qu'introduit la fiction par rapport aux faits réels tels qu'ils sont connus permet de prendre de la hauteur, de rejeter le tire-larmes au profit de la réflexion. En puisant aux sources d'un cas aussi sensible pour livrer un roman grinçant et souvent drôle, le jeune Arthur Dreyfus, 24 ans, fait un pari gonflé, et le remporte. La lecture de Belle famille pousse à s'interroger sur ce qui nous passionne tant dans la mise en récit de faits divers à sensations. Dans son bel essai Un jour, le crime (Gallimard, 2011), le psychanalyste et écrivain Jean-Bertrand Pontalis expliquait : le goût de ces histoires où se satisfont nos pulsions violentes rappelle notre nature de "criminels innocents".
Raphaëlle Leyris
En stendhalien fervent, Arthur Dreyfus sait qu'un fait divers peut inspirer un grand roman. Il y faut le talent. Ce jeune homme (25 ans) surdoué (comédien, scénariste, animateur radio, magicien amateur et surtout écrivain) le possède...
Le romancier débutant y affirme une maîtrise et une personnalité qui lui sont propres, à un âge où on a surtout des modèles. Il croque les travers de la bourgeoisie de Granville (où l'affaire est déplacée) avec la férocité d'un Flaubert, l'obscénité de la société du spectacle avec l'ironie d'un La Rochefoucauld, les tics de langage et la futilité d'une époque où l'égoïsme est érigé en éthique avec l'oeil d'un sociologue qui aurait annoté «le Dictionnaire des idées reçues».
Granville est située au bord de la Manche à l'extrémité de la région naturelle du Cotentin, elle ferme par le nord la baie du Mont-Saint-Michel et par le sud la côte des havres. Jadis la ville était fameuse pour son port morutier, devenu le premier port coquillier de France. On pourrait dire sans risque de se tromper qu'au moins le mitan du quinze millier de Granvillais tire bénéfice, de près ou de loin, du négoce des fruits de mer. Malgré cela, la plupart d'entre eux rechignent encore à se sustenter de coquillages (peut-être par peur de mordre la main qui les alimente). On ne compte plus les visiteurs de passage qui se sont frottés à cette énigme - dont la simple évocation suscite immédiatement, et pour une raison inconnue, de la gêne, un malaise, voire de l'animosité.
De pente très faible, l'estran de la côte granvillaise permet à des marées de plus de quatorze mètres de monter. Au début du siècle, et à plusieurs reprises, des enfants partis à la chasse aux palourdes ont laissé leurs familles en deuil. Si de tels drames ne sont plus à déplorer depuis quelques décennies, les propagandes maternelles n'ont fait que s'accroître, au point d'engendrer des générations hantées par un même cauchemar immense et salé. A l'école municipale, la leçon de Sergine Frêle sur le mouvement des marées prend chaque année la forme et la solennité d'un avertissement.
Au-delà du cours élémentaire de géographie, l'estran fait l'objet d'une bataille juridique décennaire. Lorsque l'eau se retire pour dénuder la grève, l'étendue de sable qui se révèle pourrait appartenir à tous ceux qui aiment y poisser leurs bottes. La Loi n'est pas si simple. Selon l'Hôtel de Ville, cette plage périodique demeure, en toutes circonstances, la propriété de la municipalité - et les petits trafics y afférents, un manque à gagner pour les finances publiques. Le maire ambitionne de taxer les couteaux, clams et soles ramassés à marée basse. Les pêcheurs estiment que l'estran dépend du «droit de la mer», qui n'impose pas leurs prises. Le reste des Granvillais, pour des raisons fiscales, est favorable au projet de la Mairie - excepté ceux dont les rejetons ramènent quelquefois, le dimanche, dans leurs seaux en plastique, une poignée de bigorneaux. Ceux-là se posent la question.
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