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Auteur : Charles Zorgbibe
Date de saisie : 14/03/2012
Genre : Politique
Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782877067843
GENCOD : 9782877067843
Sorti le : 15/02/2012
Talleyrand : la personnalité controversée par excellence, parce que l'une des rares à avoir conservé une existence véritable dans l'ombre de Napoléon. «Le plus impénétrable et le plus indéchiffrable des hommes», dit de lui Mme de Staël, à laquelle il doit les débuts de sa carrière de ministre sous le Directoire. Un visage impassible : «Jamais visage ne fut moins baromètre», précise Stendhal.
Au Congrès de Vienne, il retrouve Metternich. Talleyrand et Metternich : deux jumeaux en diplomatie. Les deux modèles du diplomate accompli. Les deux experts - ou les deux acteurs - qui donnent à la diplomatie sa patine classique. Talleyrand et Metternich se connaissent depuis huit années, pendant lesquelles ils ont pu dialoguer et se rapprocher. Sans se départir d'une grande prudence : «Des hommes tels que M. de Talleyrand sont comme des instruments tranchants avec lesquels il est dangereux de jouer.»
Le 30 septembre 1814, c'est le coup d'éclat de Talleyrand, son coup de poing sur la table des négociateurs au Rennweg, devant Metternich et les représentants des quatre Grands, surpris et effarés. A Vienne, Talleyrand a voulu s'ériger en «tribun de la plèbe internationale», en porte-parole des petites puissances, non admises dans le cercle des «Grands». N'a-t-il pas ainsi inventé la «diplomatie à la française» ?
Agrégé de droit public, Charles Zorgbibe a été doyen de la faculté de droit et vice-président de l'université de Paris-Sud, recteur de l'académie d'Aix-Marseille et professeur à Paris I-Panthéon Sorbonne, où il dirigeait le troisième cycle d'études diplomatiques.
En se penchant sur Talleyrand, Charles Zorgbibe retrace l'aventure napoléonienne à travers un essai fort documenté. Il y a l'histoire et il y a la thèse. L'histoire, c'est celle, dont on ne se lasse pas, des talents, et des roueries, de Talleyrand négociant la place de la France vaincue dans le nouveau monde que dessine le congrès de Vienne. La thèse, c'est celle d'un Talleyrand qui, en cette circonstance, aurait "inventé" une "diplomatie à la française", laquelle perdurerait, au meilleur des intérêts de la France, jusqu'à nos jours.
LA GUERRE CIVILE EUROPÉENNE
Guglielmo Ferrero, l'auteur d'une monumentale histoire de la Rome antique, a consacré un essai passionné à l'action de Talleyrand au Congrès de Vienne - un épisode de la vie et de la carrière du «diable boiteux» qu'avaient ignoré ses premiers biographes. Ferrero est alors exilé de son Italie devenue mussolinienne. Dans son refuge genevois, il reprend espoir dans une société internationale qui pourrait être «constructive» - le qualificatif revient constamment sous sa plume -, en partant de l'exemple donné par la fin, si raisonnable et maîtrisée, des guerres de la Révolution et de l'Empire. Comme Henry Kissinger dans son Chemin de la paix, il serait prêt à opposer la réussite de Vienne à l'échec de Versailles, un siècle plus tard. Et il loue Talleyrand pour son «esprit constructif», il érige Talleyrand en «reconstructeur de l'Europe».
Il est difficile d'adhérer à la thèse centrale de Ferrero : Talleyrand n'a pas «reconstruit» l'Europe ; sa tentative d'imposer aux Alliés sa conception du Congrès de Vienne a entraîné une réplique de Metternich au nom des quatre grandes puissances, et la part d'influence qu'il a pu acquérir sur le congrès a été dissipée par le nouvel isolement de la France pendant les «Cent-Jours». L'invention du Concert européen, ce gouvernement international de fait de l'Europe qui a procuré un siècle de paix au continent, est l'oeuvre de Metternich, de Casdereagh, voire du tsar Alexandre, au-delà de ses élans de mysticisme. Ce que Talleyrand inaugura à Vienne fut différent : un style diplomatique français qui imprègne encore l'action internationale de la Ve République.
Talleyrand, Metternich et tous les Européens, gouvernants ou gouvernés, qui endurent les ultimes guerres de l'Empire puis vivent, en acteurs ou en spectateurs, les négociations sur l'avenir du continent, sont des survivants. Ils ont survécu à la grande peur qui a enserré la France puis l'Europe dès 1789.
Lorsqu'il brosse sur le vif ses «tableaux» de la Révolution, Chamfort décrit la peur des Parisiens, dans les jours qui précèdent la prise de la Bastille, dans une ville qui semble submergée par les brigands et coupe-jarrets et dont les barrières extérieures sont incendiées : «Les bourgeois s'armèrent ; le tocsin de chaque paroisse les appela dans leurs districts. Chaque district vota deux cents hommes pour sa défense. On en forme des compagnies ; elles marchent sous des chefs nommés par elles, un magistrat, un marchand, un chevalier de Saint-Louis... Des curés vénérables par leur âge et leurs vertus marchent à la tête de leurs paroissiens armés.» Au lendemain, de la nuit du 4 Août, l'agitation gagne les campagnes : «La secousse que les nouveaux décrets venaient de donner à la France, pour être salutaire, n'en était pas moins violente, et dans peu de jours elle se communiqua jusqu'aux extrémités de l'Empire. Presque partout, elle tut terrible. Les haines particulières, irritées encore par les dissentiments politiques, se portèrent à des excès difficiles à imaginer... L'abolition des droits exclusifs de chasse mit le fusil à la main d'un million de paysans ; et de ce qu'on n'avait plus le droit de les faire dévorer par le gibier, ils conclurent qu'ils avaient le droit de le poursuivre sur les terres d'autrui.»
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