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Auteur : Désirée Frappier
Illustrateur : Alain Frappier
Date de saisie : 13/01/2012
Genre : Bandes dessinées
Editeur : Editions du Mauconduit, Paris
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 9791090566002
GENCOD : 9791090566002
Sorti le : 19/01/2012
Maryse, une jeune lycéenne de 17 ans, décide de participer avec ses copains de lycée à une manifestation contre le fascisme et pour la paix en Algérie. Nous sommes à Paris, en 1962.
Après 8 ans de guerre, l'indépendance de l'Algérie devient inéluctable. L'OAS, regroupant dans ses rangs les fervents défenseurs du dernier bastion d'un empire colonial agonisant, multiplie les attentats à la bombe sur la capitale. Le 8 février, après 14 attentats, dont un blessant grièvement une petite fille de quatre ans, des manifestants se regroupent dans Paris aux cris de «OAS assassins», «Paix en Algérie». La manifestation organisée par les syndicats est interdite par le préfet Maurice Papon. La répression est terrible. La police charge avec une violence extrême. Prise de panique, Maryse se retrouve projetée dans les marches du métro Charonne, ensevelie sous un magma humain, tandis que des policiers enragés frappent et jettent des grilles de fonte sur cet amoncellement de corps réduits à l'impuissance. Bilan de la manifestation : 9 morts, dont un jeune apprenti, et 250 blessés.
50 ans plus tard, Maryse Douek-Tripier, devenue sociologue, profondément marquée par ce drame dont elle est sortie miraculeusement indemne, livre son témoignage à Désirée Frappier. C'est une véritable histoire dans l'Histoire à laquelle nous invite l'auteur, restituant ce témoignage intime dans son contexte historique et tragique, tout en nous immergeant dans l'ambiance des années soixante : flippers, pick-ups, surboums, Nouvelle Vague, irruption de la société de consommation.
Désirée Frappier, journaliste, écrivain, a mené l'enquête, rencontré des dizaines de témoins et exploité une importante documentation. La complicité qu'elle entretient depuis l'enfance avec l'héroïne, Maryse Douek-Tripier, lui a permis de restituer un témoignage poignant.
Alain Frappier est peintre, graphiste et illustrateur (Actes Sud, Hachette international, Hatier). Par la nature de ses dessins et sa démarche de reconstitution historique, il signe là un récit graphique personnel étonnant dont l'audience dépassera le cercle des bédéphiles.
Extrait de la préface de Benjamin Stora
CHARONNE OU L'OUBLI IMPOSSIBLE
Le nom de la station du métro parisien «Charonne» est entré dans le Panthéon des mémoires douloureuses françaises le 8 février 1962, comme un symbole de la résistance à la guerre d'Algérie. Ce soir-là, une manifestation est organisée contre l'OAS. Cette organisation rassemble les partisans de l'Algérie française qui pratiquent une politique de «la terre brûlée» contre les militants, algériens ou français, favorables à une solution négociée en Algérie (la guerre d Algérie dure depuis novembre 1954...). Au début de l'année 1962, en France, l'OAS multiplie ses actions violentes qui soulèvent l'indignation dune opinion française excédée. La gauche dénonce «le danger fasciste» et appelle, ce 8 février 1962, à une manifestation de «défense républicaine». La manifestation est organisée par les syndicats, CFTC, CGT, UNEF, SGEN, SNI, auxquels se sont associées les organisations de gauche, dont le PCF et le PSU. Selon Alain Dewerpe, il s'agit «d'une manifestation de militants et, toutes obédiences confondues, de militants souvent durablement engagés dans la lutte anticolonialiste». Il relate aussi, d après témoignages, que «l'UNEF et le PSU sont majoritaires en tête et au sein du cortège.»
Plusieurs cortèges tentent de se rejoindre dans le XIe arrondissement, deux des principaux cortèges fusionnent sur le boulevard Beaumarchais. La foule devient excessivement dense, Interdisant tout repli au moment d'une possible charge. Les manifestants se heurtent à un Important dispositif policier. Maurice Papon est le préfet de police de Paris qui coordonnera l'action des forces de l'ordre. Ce sera un véritable carnage. Prise de panique, la foule s'engouffre dans la bouche du métro Charonne. Dans la panique et la bousculade, des personnes trébuchent et sont piétinées. Sur cet amas humain qui obstrue complètement l'entrée de la station de métro, des témoins voient un groupe de gardiens casqués «entrer en action». Les policiers tapent les manifestants à coup de «bidule». Au milieu des cris, des gémissements, des couches de blessés enchevêtrés, on retire six cadavres de Charonne, plus le blessé qui décédera le lendemain. Deux autres manifestants sont tués à l'extérieur de la bouche de métro avec la même sauvagerie meurtrière. Tous sont à la CGT et huit d'entre eux appartiennent au Parti communiste français.
Le mardi 13 février, les funérailles silencieuses et grandioses des victimes de Charonne sont suivies par une foule Impressionnante estimée à cinq cent mille personnes, line grève générale ce jour-là arrête les trains, ferme les écoles et laisse les journaux muets.
Parmi les manifestants, une jeune fille de 17 ans, Maryse Douek. En classe de première, elle est proche d'un cercle antifasciste créé par les élèves du lycée de Sèvres. Maryse n'a pas le droit de militer publiquement. Détentrice d'un livret d'apatride (elle est arrivée d'Égypte avec ses parents quelques années plus tôt), la nationalité française a été refusée à sa famille, suite à la dénonciation d'un concierge les accusant de fréquenter des communistes. Au traumatisme de la chute et de l'amoncellement des corps dans la bouche de métro, s'ajoute celui d'avoir trahi une promesse faite à ses parents et la peur de perdre sa place dans la société française. Elle a miraculeusement échappé a la mort ce soir du 8 février 1962. Désirée et Alain Frappier racontent son histoire dans les dessins et le texte de l'album Dans l'ombre de Charonne.
J'ai rencontré pour la première fois Maryse Douek-Tripier (mariée avec Pierre Tripier) au tout début des années 1380 à l'université Paris-7 Jussieu dans le département de sociologie où je venais d'avoir un poste d'assistant. Elle était l'une des premières à ce moment à travailler en France sur l'immigration ouvrière, et ses travaux, de recherches faisaient, déjà, autorité. Je commençais à l'époque mes recherches sur l'histoire de l'Algérie, et nous avions beaucoup discuté du parcours singulier des ouvriers immigrés algériens en France, notamment pendant la guerre d'Algérie. Mais je ne me souviens pas avoir évoqué avec elle la tragédie du métro Charonne, et pourtant... Maryse, et je l'ai su bien des années après, était parmi les manifestants qui ont été matraqués, piétines, écrasés à l'entrée du métro. Ce moment est resté longtemps enfoui au fond de sa mémoire.
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