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Auteur : Elisabeth Weissman
Date de saisie : 14/01/2012
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Parti pris
Prix : 12.50 € / 81.99 F
ISBN : 9782234069541
GENCOD : 9782234069541
Sorti le : 01/02/2012
Les flics vont mal.
Étranglés par une réduction drastique d'effectifs, les policiers sont empêchés d'assurer un véritable service de proximité, d'accueil et de secours sur le terrain. Soumis à la dictature du chiffre qui les pousse à faire de l'interpellation et du contrôle à tout va, ils sont contraints de se livrer à des pratiques aux frontières de l'illégalité. Accablés de directives ultra-sécuritaires, ils voient leurs fonctions de prévention détournées au profit exclusif de la répression. Managés à coup de peur, de prime et de triche, ils ont le sentiment de ne plus travailler que pour fournir à la hiérarchie des résultats qui pourront être utilisés à des fins de communication politique. Expropriés de leur mission républicaine, ils doivent répondre à la stigmatisation de certains quartiers par des opérations coups de poing, sans autre objectif que d'épater la galerie et rassurer l'électeur en voie de lepénisation. Aux risques et périls de nos libertés politique sur la société et démocratiques.
Ce constat, c'est celui des policiers de terrain eux-mêmes, auxquels Elisabeth Weissman donne la parole dans cette enquête menée auprès d'une centaine d'entre eux.
Diplômée de Sciences Po, journaliste, essayiste, Elisabeth Weissman revendique un regard critique à l'égard de l'ordre médiatique dominant. Après avoir exploré les ravages de l'idéologie néolibérale sur nos sphères privées (La Nouvelle Guerre du sexe, Stock, 2008) et publiques {La Désobéissance éthique, Stock, 2010), elle se focalise cette fois sur la police nationale.
«Les effectifs, c'est très important, mais ce n'est pas tout, et ce n'est même plus l'essentiel, avoir beaucoup d'effectifs et peu d'équipements ça ne permet pas une police efficace. La police scientifique, les caméras, la vidéosurveillance, les fichiers, les véhicules, les équipements, les armes non létales, c'est l'investissement que nous devons engager.»
Nicolas SARKOZY
UNE POLICE RÉVISÉE À LA BAISSE
Mardi 23 mars 2010. Melun s'apprête à rendre hommage au policier Jean-Serge Nérin, abattu le 16 mars par un commando présumé de l'ETA. Le chef de l'État, au côté du Premier ministre espagnol José Luis Zapatero, prend la parole : il appliquera la «tolérance zéro» à ceux qui «portent atteinte» aux forces de l'ordre. Soudain, une dizaine de policiers lui tournent le dos. Geste de défi à forte charge symbolique pour signifier au président l'ampleur de leur désarroi, face à ce qu'ils vivent au quotidien : manque de moyens, manque de lisibilité, violence. Malaise ! En avril 2011, c'est le ministre Guéant qui faillit subir le même sort que le président Sarkozy de la part des policiers de Nîmes si une fuite venant du commissariat ne l'avait pas préservé à temps de cet affront. Motif de la colère des policiers nationaux : le ministre devait décorer des policiers municipaux et soumettre les policiers nationaux à une enquête de l'IGPN alors que ceux-ci étaient venus prêter main-forte à leur collègue mal en point sur une opération de rétablissement de l'ordre.
Le 3 avril 2011, la police municipale de Nîmes est appelée pour rétablir le calme après des incidents violents entre supporters de football. Au cours de cette intervention, trois policiers municipaux sont blessés. La police nationale appelée en renfort arrive à son tour pour aider les municipaux et utilise les flash-balls. Et voilà que, pour une même affaire, les uns sont décorés, les autres montrés du doigt. Les «nationaux» entendaient bien manifester leur mécontentement. Mais brusquement, changement d'agenda du ministre, Claude Guéant annule sa visite.
Au commencement pourtant, les flics aimèrent Sarko. En 2007, ils votèrent pour lui, plutôt massivement, pour son «volontarisme», son côté «rentre-dedans», «comme on l'est tous un peu dans la police», reconnaît un flic du Val-d'Oise. Mais voilà. Lourde méprise. C'est que le président, lui, ne les aime que pour le bénéfice politique qu'il peut en tirer. Comme le nuance Jean-Jacques Urvoas, le monsieur sécurité du PS et député du Finistère : «Ce qui l'intéresse, c'est la police, pour ce qu'il peut en faire, mais pas les policiers.» Pour ce qu'il peut en faire ? Un outil électoral, un instrument idéologique. Commentaire d'un gardien de la paix du Finistère : «Dès son arrivée au ministère de l'Intérieur et plus encore son arrivée à l'Élysée, on s'est très vite rendu compte qu'il nous utilisait avec sa culture du chiffre.»
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