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Auteur : David Dumortier
Date de saisie : 17/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Dilettante, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 9782842637002
GENCOD : 9782842637002
Sorti le : 07/03/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Un écrivain.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La vie des hommes
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Je ne gagne pas beaucoup qu'est ce que tu veux Sophia, je veux vivre !
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une chanson de Ginette Réno ou d'Isabelle Aubret
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le luxe d'être seul et une abondance de temps.
David Dumortier est poète, mystique et travesti. Lyrique en diable et salope au lit, entre plume, téléphone et cierge à la Vierge, «Sophia» module sa vie entre sexe solidaire et suave sainteté, cache-sexe et scapulaire. Tout commença violemment, un jour, à l'élevage familial. Le père pèse, cogne, voit son fils en charcutier puis finit par partir; la mère souffre, maltraitée puis délaissée. L'enfant, lui, se pare parmi les porcs et s'empare en rêve du corps des journaliers qui travaillent à la ferme. Interne au lycée, un temps serveur, il gagne Paris où il s'épanouit enfin dans l'art du travestisme. «Tout (son) corps appelle les hommes», un art que David reçoit de Michel que le HIV emportera, un art de fard et d'amour qu'il exerce au contact de corps intenses, ceux de Mourad, Ali, Adib, Karim. Livreur énamouré, conditionnel à la lourde hallebarde, étudiants, chauffeurs de bus, vigiles, ouvriers sans papiers, Français, Africains, Syriens. Valse de noms, ronde musclée pour passants violents ou attendris. Mais paradoxalement dans la plus totale liberté : «Je ne veux pas de propriétaire... je suis la poussière de la tourbe, un buisson qui s'habille d'un paquet d'air.» Par instants, l'aventure s'épice de drôlerie : David se fait écrivain public pour les amoureux de la Saint-Valentin, critique littéraire émirati, conférencier scolaire. D'avoir reçu en bouche tant de passants, langue affûtée et palais de soie, d'avoir tant prié au nom du Fils et parlé au bout du fil, d'«être allé à la déchéance», que reste-t-il à l'auteur de Travesti : la certitude extatique que «le sexe d'un pauvre est sacré» et que «si vous désirez vous venger du mal que l'on a pu vous faire, prostituez-vous». Dont acte.
David Dumortier est né en 1967. Arabisant, diplômé de l'lnalco (Institut national des langues et civilisations orientales), a séjourné au Proche-Orient. Vit à Paris. Nombreuses publications : poésie, jeunesse, récits.
J'habite un quartier populaire de Paris, au fond d'une petite rue sombre, l'une des dernières zones de repli pour quelques dealers. Arrivé là, il faut entrer dans l'immeuble par un hall assez large, traverser la cour, puis prendre le bon escalier, suivre un couloir, tourner à droite et c'est à cette porte que des centaines d'hommes sont venus sonner.
Je suis écrivain et je suis une travestie. Je préfère que l'on dise que je suis un poète quand on parle de mes livres. Je n'écris pas de roman parce que je n'aime pas que l'on dilue les sucs de la langue. Mais au-delà de ces classifications littéraires, je crois que je ne romance pas de belles histoires parce que je cherche toujours à être un peu à part. La poésie me plaît par sa marginalité. Je reconnais en elle ma vie par le mépris qu'elle suscite souvent. Et je suis une travestie. C'est-à-dire que je m'habille en femme chez moi pour recevoir des hommes. Et des hommes j'en ai accueilli des wagons. Avec ces deux activités, j'ai multiplié ma vie par deux. Bien entendu, personne ne choisit un beau matin d'être poète pas plus que travesti. J'ai pour cela réuni beaucoup de forces et de circonstances. Je me souviens, j'habitais en Syrie pour suivre mes études d'arabe. Le soir, en rentrant chez moi, je croisais souvent deux travesties sur le pont du Président. La Syrie est encore un pays très surveillé par la police politique, les Moukhabarat, et les gens sont soumis au silence depuis des décennies. Personne, excepté quelques communistes et vaillants démocrates, n'ose se rebeller contre la dictature des Assad. Eh bien ces deux créatures perruquées et fardées, malgré le risque qu'elles encouraient, affrontaient l'un des régimes les plus durs de la planète. Elles étaient, à mes yeux, les plus grandes résistantes du pays. Mes parents étaient agriculteurs et vivaient en suivant la tradition de la paysannerie française. Quand j'ai commencé à me travestir, dès l'âge de cinq ans, j'ai dû à l'instar de mes consoeurs syriennes braver le danger du regard et de la punition.
Quant à la force du poète, je l'ai trouvée dans ma guerre. Je n'affectionne pas beaucoup les poètes qui n'ont pas livré une bataille. Les poètes planqués à l'université avec une agrégation dans la poche me rebutent. J'aime René Char le résistant, Lorca l'homosexuel, Genêt le voleur, Karl Valentin le rémouleur, Artaud le fou, Fondane le juif, sainte Thérèse de l'Enfant Jésus la mystique hémoptysique, saint Jean de la Croix le marginal de l'Église, Pessoa le triste, Kawadias le marin, Marcelle Delpastre la paysanne, Thierry Metz le manoeuvre... Comme beaucoup d'artistes en France, je vis sans aucun salaire. Il y a de cela une douzaine d'années, j'ai quitté à l'amiable mon employeur. Je me revois revenant de la poste avec la lettre recommandée dans la main. Je me sentais légère et pleine de sucre, comme une fraise. Plus d'horaires, plus de remarques désobligeantes, plus de pressions, plus de collègues, plus de sourires forcés, plus de congés payés, plus de notations... J'étais enfin libre.
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