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Auteur : Miquel Pairoli
Traducteur : Anne Charlon
Date de saisie : 12/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Autrement, Paris, France
Collection : Littératures. Tinta blava
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 978-2-7467-1531-8
GENCOD : 9782746715318
Sorti le : 05/10/2011
Littératures - tinta blava, collection créée et dirigée par Llibert Tarragó, explore les différents visages de la littérature catalane contemporaine.
Nous sommes en 1939. Pour sauver leur fils condamné à mort par les franquismes, M. et Mme Forest : sont prêts à tout. D'abord intrigués par l'invitation à dîner du commissaire Carpentier, ils décident de saisir leur chance.
Récital d'opéra, domestiques impassibles, conversations saugrenues : les Forest sont désarçonnés. Vont-ils enfin pouvoir parler de leur fils ?
Sans compter cette interminable succession de mets au goût férocement épicé...
Écrivain, journaliste et éditorialiste, Miquel Pairoli est l'auteur de plusieurs romans, essais et journaux. L'invitation (El convit, 1998) est son premier titre traduit en français.
Traduit du catalan par Anne Charlon
D'une main légèrement tremblante, Carpentier se versa un peu de cognac dans un verre. Il rangea la bouteille dans le buffet, prit le verre et, lentement, en déplaçant lourdement une hanche puis l'autre à chaque pas, il se dirigea vers le balcon. Il laissa tomber son corps mou, gras et las sur le fauteuil d'osier qui était à cheval entre le balcon et le salon. Dans sa précipitation, son corps s'écroula sur le siège tel un poids mort et un peu de cognac coula sur sa main. Contrarié, Carpentier posa son verre à terre et essuya le cognac avec le petit mouchoir de soie qui ornait la poche de poitrine de sa veste ; il le passa ensuite sur son front pour en éponger la sueur. Il remit le mouchoir à sa place, en essayant de lui donner une forme digne, et prit le verre de cognac. Il voulait le savourer. Boire du cognac seul, au crépuscule, était un plaisir encore plus intense quand on s'y préparait cérémonieusement et lentement, comme c'est d'ailleurs le cas pour tous les plaisirs. Il éleva le verre jusqu'à la hauteur de ses yeux. Le liquide, cristallin, sans la moindre impureté, avait la couleur du couchant, celle d'un vernis sur un bois noble, mais aussi celle de la carapace d'un coléoptère, un de ces scarabées marron qu'il écrasait machinalement autour de la maison. Il huma le cognac et le parfum de l'alcool le fit saliver. D'une main tremblante, il porta le verre à ses lèvres, but une gorgée qui imprégna d'abord sa langue, puis sa gorge et se propagea ensuite, avec une sensation plus chaude, dans tout son corps. C'était comme si le liquide se répandait dans toutes ses cellules, lui redonnant vigueur et bien-être. Il appuya sa tête contre le dossier du fauteuil et il se sentit bien.
Le soir doux et brumeux mourait sur la ville. Au premier plan, les genêts qui fleurissaient sur le flanc du coteau formaient une tache d'un jaune insolent parmi les débris de misère humaine et de faubourg que l'on voyait depuis la villa. Des toitures en zinc, des murs de guingois aux briques mal alignées, des sacs effilochés servant de rideaux aux portes. La plupart de ces baraques semblaient à présent abandonnées, et l'absence d'habitants, ajoutée à l'usure du temps, avait accentué leur aspect négligé et chaotique. Il y avait des fenêtres que personne ne fermait plus jamais, qui restaient grandes ouvertes hiver comme été. Des chiens rôdaient parfois entre les baraques ; souvent, des enfants d'autres quartiers de la ville venaient y jouer et des femmes de mauvaise vie y satisfaire leurs clients en se cachant à peine.
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