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Auteur : Thomas H. Cook
Traducteur : Philippe Loubat-Delranc
Date de saisie : 03/05/2012
Genre : Policiers
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Seuil policiers
Prix : 19.50 € / 127.91 F
ISBN : 978-2-02-104786-8
GENCOD : 9782021047868
Sorti le : 12/01/2012
Dans les années 1920, la vie tranquille d'une petite ville du Cap Cod se trouve bouleversée lorsque arrive la nouvelle professeur d'arts plastiques, que tout oppose à cette vie.
Les liens intimes qu'elle tisse avec un autre collègue marié provoque animosités et rancoeurs chez les habitants. Le narrateur, fils du directeur de l'école, délie petit à petit les fils d'une intrigue savamment orchestrée qui recèle de lourds secrets.
Dans une atmosphère oppressante, à l'image de ce lieu, où tout destin semble tracé, le narrateur réussira-t-il à faire la lumière sur cette histoire et sur son rôle réel dans ces évènements ?
Tout montrer, tout dévoiler en prenant soin de diriger le regard ailleurs. Concentrer l'attention pour mieux la détourner. Le prestidigitateur n'est jamais bien loin de l'habile conteur qui égrène son récit en un chapelet de personnages et de circonstances dont nous pensons tout savoir. Captivés par son histoire, nous en oublions parfois les ficelles du métier.
En cette année 1926, la petite bourgade de Chatham ressemble à tant d'autres villes de Nouvelle-Angleterre corsetées par un puritanisme liberticide et un ordre moral omniprésent. Ces mêmes valeurs que M. Griswald entend bien faire régner au sein de l'école dont il est le directeur et qui vient d'accueillir parmi ses enseignants un nouveau professeur d'arts plastiques en la personne de Mlle Channing. Après avoir parcouru le monde aux côtés d'un père écrivain-voyageur, la jeune femme cultivée, à l'esprit libre et affirmé, va bouleverser le quotidien étriqué de la ville côtière aux paysages martyrisés. Ainsi l'élève Henry Griswald, loin d'être en phase avec les préceptes paternels, va se sentir pousser des ailes au contact de son enseignante, aspirant désormais à vivre une tout autre vie. Celle qui ne vaut que d'être vécue au bord de la folie. Si le fantôme de Lord Byron plane sur ce texte, l'essentialisme d'un Walt Whitman oriente bien davantage la perception du jeune Henry sur l'idylle naissante entre Mlle Channing et son collègue, M. Reed, respectable époux et père de famille.
Délibérément classique dans sa dramaturgie, «Au lieu-dit Noir-Étang...» nous installe dans le confort victorien des amours contrariées - avec des personnages tout droit sortis d'un roman de Virginia Woolf - pour mieux nous surprendre au terme d»un suspense patiemment articulé tout au long des souvenirs d»Henry.
Et tandis que Thomas H. Cook achève de lever le voile sur les dernières zones d»ombre de cette tragédie amoureuse, nous mesurons la force et le talent des grands conteurs. Jamais bien loin du prestidigitateur.
1926, Nouvelle-Angleterre, l'école de garçons accueille un nouveau professeur : Melle Channing. Cette arrivée va bouleverser la vie paisible de cette petite bourgade. Passions, jalousies et coups-bas vont alors se déchainer jusqu'au paroxysme final. Thomas H. Cook multiplie avec talent les non-dits, nous dévoile l'intrigue par petites touches et fait de notre lecture une lecture compulsive.
Août 1926. Chatham, Nouvelle-Angleterre, à quelques encablures du cap Cod : son église, son port de pêche et son école de garçons, fondée par Arthur Griswald, qui la dirige avec droiture et vertu. L'arrivée de la belle Mlle Channing, venue d'Afrique pour enseigner les arts plastiques à Chatham School, paraît anodine en soi, mais un an plus tard, dans cette petite ville paisible, il y aura eu plusieurs morts. Henry, le fils adolescent de M Griswald, est vite fasciné par celle qui va lui enseigner le dessin et lui faire découvrir qu'il faut " vivre ses passions jusqu'au bout ".
Du coup, l'idéal de vie digne et conventionnelle que prône son père lui semble être un carcan. Henry assiste, complice muet et narrateur peu fiable, à la naissance d'un amour tragique entre Mlle Channing et M Reed, le professeur de lettres qui vit au bord du Noir-Etang avec sa femme et sa fille. Il voit en eux " deux figures romantiques, des versions modernes de Catherine et de Heathcliff ". Mais l'adultère est mal vu à l'époque, et après le drame qui entraine la chute de Chatham School, le lecteur ne peut que se demander, tout comme le procureur : " Que s'est-il réellement passé au Noir-Etang ce jour-là ? "
Né en 1947, Thomas Cook a été professeur d'histoire et secrétaire de rédaction au magazine Atlanta. Il vit à New York et au cap Cod. Avant d'être publié au Seuil, il a été traduit d'abord chez L'Archipel (2 titres) et Gallimard (8 titres en Série Noire). Un prestigieux Edgar Award a récompensé Au lieu-dit Noir-Etang en 1996 aux Etats-Unis, et Les Feuilles mortes (Folio policier) a reçu le Barry Award en 2006.
Publié aux Etats-Unis en 1997 et couronné par un Edgar Award, ce roman gris est un hommage américain aux classiques anglais du XIXe siècle...
Grand nom de la littérature noire outre-Atlantique, cet ancien professeur d'histoire s'impose par son talent à dépeindre par touches subtiles les destins simples et forcément tragiques, comme les paysages changeants et tourmentés. De ces paysages où le ciel trop bleu ne peut qu'annoncer l'orage.
Mon père avait une phrase préférée. Il l'avait empruntée à Milton, et aimait la citer aux garçons de Chatham School. Planté devant eux le jour de la rentrée des classes, les mains bien enfoncées dans les poches de son pantalon, il ménageait un silence, leur faisant face, l'air grave. «Prenez garde à vos actes, déclamait-il alors, car le mal contre lui-même se retourne.» Il ne pouvait imaginer à quel point la suite des événements le contredirait, ni à quel point j'en aurais éminemment conscience.
Parfois, en ces tristes journées d'hiver si fréquentes en Nouvelle-Angleterre où le vent malmène autant les arbres que les arbustes, où la pluie tambourine contre les toits et les vitres, je me sens de nouveau happé par l'univers de mon père, par ma jeunesse, par la petite ville qu'il aimait tant et où je vis toujours. Je regarde par la fenêtre de mon bureau et revois la grand-rue de Chatham telle qu'elle était alors : une poignée de petits commerces, un cortège fantomatique d'automobiles aux phares montés sur des pare-chocs inclinés. Dans mon esprit, les morts retrouvent la vie, reprennent leur enveloppe charnelle. Je vois Mme Albertson livrer son panier de palourdes au marché Kessler, M. Lawrence faire des embardées avec le scooter des neiges qu'il a construit de ses propres mains, des skis à l'avant, deux parties des chenilles d'un tank de la Première Guerre mondiale à l'arrière, le tout accroché au châssis cabossé d'un vieux roadster. En passant, il me fait signe, agitant sa main gantée dans l'air intemporel.
Me présentant une nouvelle fois sur le seuil de mon passé, je retrouve mes quinze ans, tous mes cheveux et une peau dépourvue de taches de vieillesse, le ciel loin de moi et l'enfer de mes préoccupations. Je pressens même que, par essence, la vie a du bon.
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