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Auteur : Christian Gailly
Date de saisie : 01/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Minuit, Paris, France
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 978-2-7073-2192-3
GENCOD : 9782707321923
Sorti le : 12/01/2012
Réparer une roue. Penser à un cadeau d'anniversaire. Confectionner un gâteau, etc. Bref, toujours aimer une femme. Ne pas rompre immédiatement. Tenter de la retrouver avant qu'il ne soit trop tard.
Dans La Roue et autres nouvelles, composé de six récits indépendants, on trouvera peu de mots, peu d'histoires, peu d'images. Et pour que cela soit néanmoins lisible, il faut beaucoup de talent, beaucoup de maîtrise : Gailly excelle dans l'art du dispositif...
Que le langage soit défaillant, cela n'est plus un scoop aujourd'hui. Certains sages ont décidé de s'en tenir au silence. Christian Gailly n'arrive pas à se taire. Il lui faut écrire tout en ayant à l'esprit que cela ne va jamais de soi. D'où un goût prononcé pour les situations qui coincent. Les malentendus. Les accidents. Les rendez-vous manqués...
Dans chacune de ses histoires, à partir d'une situation simple et concrète, l'écrivain déroule une chaîne de causalités dont la logique n'exclut ni l'absurde ni la folie. Car il faut trois fois rien pour s'effondrer. Et en musique s'il vous plaît. Voilà ce que nous dit en douce Christian Gailly.
Le premier recueil de nouvelles de Christian Gailly permet aujourd'hui d'apprécier la vigueur
de son écriture dans le genre court. Les huit textes ici proposés recoupent et reprennent des thèmes du travail romanesque, mais selon une autre logique narrative...
L'ensemble du recueil fonctionne ainsi, en reprises
et échappées vers de nouveaux horizons. N'hésitant pas à mettre l'écriture en scène. Signalant les interruptions du travail. Reproduisant et corrigeant les fautes de frappe, comme en temps réel. S'interrogeant (« Quel besoin ai-je de raconter la suite ? »). Donnant en somme à voir la quintessence d'un univers et de son style,
en une manière d'art poétique.
Le recueil de huit nouvelles, composé par Christian Gailly deux ans après Lily et Braine, son dernier roman, ressemble à ces boîtes de friandises et autres guimauves dans lesquelles l'on fait mine de plonger une main nonchalante et faussement désintéressée. Elles ne constituent pas un sommet de gastronomie mais elles produisent un effet entêtant qui rend bien difficile toute tentative de s'en passer...
Il y a dans La Roue et autres nouvelles une façon de porter le minimalisme à son plus haut niveau, si l'on ose dire, ce qui est en soi une performance littéraire de premier plan. Christian Gailly y ajoute un humour léger, une forme d'autodérision qui disent le tragique ordinaire de nos existences soumises à la fatalité d'une rencontre improbable.
Il faisait très chaud, 35 degrés sous abri. Je n'ai pas dit à l'ombre, j'ai dit sous abri. Je m'en doutais un peu, remarque, ça ne m'a pas surpris. À force de vivre, n'est-ce pas, on a l'habitude, on évalue la température de l'air. À un ou deux degrés près, on le sait, on est capable de dire combien il fait. Moi je pensais qu'il faisait 32 ou 33, jusqu'à ce que j'aille voir.
Je n'y suis pas allé exprès. Je me moquais bien de savoir exactement combien il faisait. J'ai lu 35 degrés sur le vieux thermomètre accroché dans la remise quand je suis allé chercher le marteau. La caisse à outils était sur l'établi, sous le thermomètre, alors j'ai regardé. Pour autant je n'ai pas eu plus chaud. Un gros marteau dont je ne me sers jamais.
Je n'ai d'ailleurs pas eu à m'en servir, ma seule force a suffi. Je dis ma seule force, je parle de ma force comme si, j'ai l'air de dire que, mais non. Plutôt modeste pour un homme de ma taille, ma force, néanmoins supérieure à celle de cette femme. En tout cas suffisante, car même supérieure elle aurait pu ne pas suffire. Elle a suffi. Mais je ne pouvais pas le savoir. Je suis donc allé chercher le marteau que la femme me demandait. Elle a sonné chez moi pour me demander ça.
Vous n'auriez pas un marteau ? me dit-elle. Elle avait chaud, les cheveux dans les yeux. Ses beaux gants blancs étaient pleins de cambouis, ça lui donnait un air courageux, j'ai pensé ça, je ne sais pas pourquoi. Elle n'avait pas hésité à les salir. C'est courageux. Et puis le fait d'en porter par cette chaleur, ce souci d'élégance vieux style, je dis souci, je devrais dire désir, ça m'a plu.
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