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Auteur : Sylvie Thénault
Date de saisie : 08/02/2012
Genre : Histoire
Editeur : Odile Jacob, Paris, France
Collection : Histoire
Prix : 25.90 € / 169.89 F
ISBN : 978-2-7381-2378-7
GENCOD : 9782738123787
Sorti le : 05/01/2012
Pendant la guerre d'indépendance algérienne, les autorités françaises ouvrirent des camps d'internement pour les «suspects» arrêtés par la police ou par l'armée. Des dizaines de milliers d'Algériens y furent détenus. Recours ponctuel pour maintenir l'ordre public dans des circonstances extra-ordinaires ? Pas seulement. Ces camps n'étaient qu'une forme nouvelle de l'internement, dont elles avaient usé, depuis longtemps, pour réprimer les résistances qu'elles rencontraient en Algérie. Y compris en dehors des périodes de guerre ou d'insurrection.
Cet ouvrage ne se borne pas à dénoncer les duretés des autorités ou leurs dérives aux moments de crise. Il retrace l'histoire, tout au long de la période coloniale, de la pratique de l'internement dans sa mise en oeuvre concrète par la France, depuis l'époque de l'indigénat. Pourquoi était-il utilisé ? Qui en était victime ? Quel rôle jouait-il dans la tutelle exercée sur les colonisés ?
C'est toute la logique de l'arbitraire colonial que démonte l'une de nos meilleures spécialistes dans cet ouvrage dépassionné mais clinique.
Sylvie Thénault est chargée de recherche au CNRS, au Centre d'histoire sociale du XXe siècle. Elle est notamment l'auteur d'une Histoire de la guerre d'indépendance et d'Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d'Algérie.
Pour autant, l'Algérie fut loin d'être un laboratoire. Car cette pratique remontait à la Révolution française, voire à l'Ancien Régime si l'on songe à la lettre de cachet, et elle avait connu une nouvelle fortune sous le Second Empire. De même, d'autres colonies recouraient à l'internement, la Cochinchine notamment. Tout suggère, par conséquent, que les pratiques répressives transitaient d'un espace à l'autre, les administrateurs comme les administrations coloniaux contribuant à les diffuser, les enrichir et les homogénéiser...
L'internement n'est donc né ni en Algérie ni de la guerre d'Algérie. Il est plutôt le produit de la colonisation qui, au mépris des principes républicains, a toujours distingué le Français de l'indigène afin d'exercer une domination arbitraire. Cette pratique plonge ses racines dans des strates multiples dont Sylvie Thénault décrit avec finesse, l'archéologie.
Mais est-ce ma faute à moi s'il y a un tel renouveau de la recherche sur la question coloniale ? Des travaux qui, souvent, permettent de réfléchir à nouveaux frais sur notre monde contemporain. C'est le cas du livre de Sylvie Thénault sur la Violence ordinaire dans l'Algérie coloniale. L'historienne s'attache à décrire l'internement, qui "était l'une des mesures composant le régime pénal de l'indigénat, ce système de punitions réservé aux seuls sujets coloniaux". Les détenus sont envoyés dans les camps sans jugement, par une simple autorité administrative, gouverneur ou préfet. L'arbitraire est la règle. L'internement concerne toutes sortes de populations, voleurs, vagabonds, mais aussi les pèlerins clandestins. En effet, comme l'explique Sylvie Thénault, était surtout redouté "le ressourcement identitaire" des musulmans qui, lors de pèlerinages, pouvaient échanger avec d'autres musulmans et constituer des foyers de résistance internationale à la colonisation. Etaient également internés ceux qui n'acceptaient pas l'autorité coloniale, qui refusaient qu'on leur prenne leurs terres, ou qu'on les oblige à servir dans les régiments de tirailleurs.
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