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Auteur : Charif Majdalani
Date de saisie : 08/03/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre rouge
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 9782021055108
GENCOD : 9782021055108
Sorti le : 05/01/2012
Ghaleb Cassab est fils d'un filateur libanais dont le caractère flambeur l'a entraîné vers une irrémédiable chute et a même causé sa mort. Pour redorer le blason de la famille mais aussi se montrer digne auprès de la femme (mariée) qu'il aime, Ghaleb entreprend un périlleux voyage, par delà les montagnes libanaises, jusqu'en Syrie, dans le but de rapporter illégalement de «monstrueuses» machines à tisser qui feront de lui un homme riche.
L'histoire d'un jeune homme touchant, drôle et perspicace dont les prémices de la guerre civile n'entameront pas la détermination. Un beau roman où chaque mot porte l'espoir.
Héritier d'une famille de filateurs, autrefois prospère et aujourd'hui déchue, Ghaleb Cassab se voit refuser tant l'accès aux études que la main de la femme qu'il aime. Cassab se lance alors à la reconquête des machines à tisser qui firent jadis la fortune de sa famille.
C'est peu dire que Majdalani sait raconter. Il possède l'art précieux d'incarner des personnages en évitant les lieux communs, de forger des scènes, cocasses ou sensuelles, qui restent en mémoire longtemps après la lecture. C'est d'ailleurs un conteur, à l'ombre des noyers et des figuiers, qui nous livre le récit de la vie de Cassab.
Majdalani parvient à rassembler dans une forme brève qui nous happe l'itinéraire de toute une vie.
C'est le récit, entre autres, de la conversion d'un héritage pesant en occasion fertile. Tout cela dans une langue captivante et riche : un vers d'Hérédia transparaît dès la première page et donne le ton de ce livre que l'on se régale de lire.
Les «si brèves années de gloire» sont celles de la décennie qui précède le début de la guerre civile libanaise, en 1975. Fils de filateurs ruinés, l'aventureux Ghaleb Cassab n'a de cesse qu'il n'ait relevé la fortune de sa famille et conquis, ce faisant, la femme aimée que sa pauvreté lui interdit d'épouser. Il y parviendra de la plus rocambolesque façon, en allant enlever les machines d'une usine sous séquestre à Alep, en Syrie. Remontées à Beyrouth dans la filature familiale à l'abandon, elles feront bientôt de lui un homme riche et courtisé. Mais déjà la guerre est là, qui fracasse les rêves de bonheur. Qu'importe, au milieu des combats et emportées dans la montagne, dans l'espoir que le temps reviendra où l'on pourra imaginer «l'avenir et une descendance heureuse».
Charif Majdalani est né en 1960 à Beyrouth. Avouant un goût prononcé pour le baroque et le métissage des cultures, il enseigne les lettres françaises à l'université Saint-Joseph de cette ville. On lui doit déjà Histoire de la Grande Maison (2005) et Caravansérail (2007), qui forment avec ce livre un triptyque libanais.
Par son imaginaire chahuteur et flamboyant, comme par son style classique et élégant, Charif Majdalani appartient à la race des grands hakawati (entendez des "conteurs"). De ceux que l'on pourrait écouter des soirées entières autour d'un verre d'arak ou d'un café blanc vous narrer les mythes et légendes qui entourent l'histoire mirifique et douloureuse du Liban...
Des années d'insouciance sur lesquelles Charif Majdalani revient avec bonheur et piquant. Notamment lorsqu'il dépeint les paysages libanais ou quand il ressuscite d'une plume colorée le Beyrouth d'avant-guerre : celui des souks et des petits artisans, des cinémas à l'italienne et des cafés de la rue Hamra. Un Beyrouth dont il rend le lecteur à jamais nostalgique.
Dans le dernier volet de sa trilogie, le Libanais Charif Majdalani raconte l'histoire de son pays, de la fin du XIXe siècle jusqu'au milieu des années soixante-dix, à la première personne du singulier...
Nous sommes au milieu du XXe siècle, dans les années qui précèdent et suivent la guerre civile de 1975. Aux abords de la grande maison, Majdalani met en scène une série de personnages dont quelques Palestiniens, ceux-ci réfugiés depuis 1948 dans des camps de fortune de jour en jour plus étendus. Dans le but de bâtir le roman national du Liban, Charif Majdalani hisse au niveau du mythe et du symbole des fragments d'existences héroïsées qu'attise un imaginaire qui ne masque pas la part du réel.
Tenez, asseyez-vous là, en face de moi, vous aurez ainsi sous les yeux le spectacle de ces montagnes et de la lumière du matin qui s'y étire paresseusement. Cela siéra bien au récit de misère hautaine et de gloire que je vais vous faire. Vous avez l'air pourtant assez bien renseigné, mais il y a sans doute encore pas mal de choses que vous ne savez pas et que je vais vous dire, comme ça sera complète l'histoire folle que vous écrirez à ma place, si vous l'écrivez un jour comme vous le prétendez et comme je n'ai jamais réussi à le faire moi-même, malgré mille tentatives, et vous ne serez pas venu jusqu'ici pour rien. Mais auparavant goûtez donc ces figues qui ont un goût de miel et d'encens, n'hésitez pas, servez-vous, elles viennent de la parcelle devant laquelle vous êtes passé en arrivant, celle qui est derrière les vieux noyers. Celle-là, c'est une des premières que j'ai acquises, au temps où la réussite s'est mise enfin à me sourire, même distraitement, après tant d'années de pauvreté et de désespérante impuissance, et où j'ai commencé à passer mes étés ici, à acheter pour-rien ces morceaux de montagnes, pour le seul plaisir, pour la couleur de vénerie des grands platanes près des ruisseaux en automne, pour la brillante splendeur bleue des sommets en été. C'était deux ans avant la guerre, et avant ma sortie de Ayn Chir avec les restes de l'usine légendaire, cette usine que j'ai démontée et enlevée comme une femme ou un harem deux fois en dix ans et que j'ai deux fois en dix ans promenée par monts et par vaux comme un vulgaire chapiteau de foire. C'est elle qui a fait ma fortune, pourtant, comme elle avait fait avant moi celle de mon père, ainsi que vous le savez. Mais ne mélangeons pas tout, parce qu'il y a des choses qui se répètent et d'autres qui n'existent qu'une fois et d'autres encore qui n'ont été que d'étranges mirages. Commençons donc par le commencement, et d'abord servez-vous de figues, ou alors croquez une de ces pommes qu'on vient de nous apporter. Non ? Plus tard ? À votre guise. Moi, je vais m'en couper une, vous la partagerez si vous voulez, et en attendant, écoutez, puisque vous êtes venu jusqu'ici pour ça.
Pour commencer, je dirais, imitant une phrase célèbre, que j'appartiens à l'une des plus anciennes familles de Beyrouth. Mais l'ancienneté ici ne confère aucun titre de gloire ni de noblesse, elle marque juste l'appartenance ancestrale à une profession ou une corporation, et souvent pas des plus reluisantes, négociants en légumes, cafetiers ou croque-morts. Dans le cas des Cassab, il s'agissait de la profession de maçon, dans laquelle s'illustrèrent nombre des artisans de Marsad, d'où nous sommes originaires. C'est apparemment dans ce métier que fut élevé mon grand-père, qui construisit et dalla avec ses frères le sol de bien des maisons de Marsad, d'Achrafieh et de Zkak el-Blat.
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