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Auteur : Jean-Luc Porquet
Date de saisie : 14/01/2012
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : le Cherche Midi, Paris, France
Collection : Documents. Société
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782749123707
GENCOD : 9782749123707
Sorti le : 05/01/2012
Jacques Ellul (1912-1994) est plus connu aux États-Unis qu'en France. Au début des années soixante, enthousiasmé, Aldous Huxley fit traduire et publier avec succès son maître livre, La Technique ou l'enjeu du siècle, depuis élevé au rang de classique étudié à l'université. Chez nous, le mouvement écologique, dont il fut un des précurseurs, lui doit beaucoup : ainsi est-il le maître à penser de José Bové et de nombreux partisans de la décroissance.
Cet homme libre, à l'écart de toutes les chapelles, à la fois libertaire et croyant, solitaire et engagé dans son siècle, avait tout prévu, ou presque. Ces crises qui nous assaillent à répétition, réchauffement climatique, nucléaire, OGM, peurs alimentaires, nanotechnologies, etc. ? Il les avait prévues. Cette désagréable impression que le «progrès technique» nous embarque dans un monde de plus en plus incertain, risqué, aliénant ? Il l'avait prévue. Mieux : ces phénomènes, il les avait pensés, étudiés, jaugés tout au long d'une oeuvre abondante (plus de cinquante ouvrages).
Persuadé que la technique mène le monde (bien plus que le politique et l'économique), il a passé sa vie à analyser les mutations qu'elle provoque dans nos sociétés, et la tyrannie qu'elle exerce sur nos vies. Dans cet ouvrage, Jean-Luc Porquet expose vingt idées fortes d'Ellul et les illustre par des sujets d'actualité. À l'heure où le mouvement critique contre la mondialisation marchande cherche des clefs pour comprendre et agir, cette pensée radicale, généreuse et vivifiante constitue une référence indispensable.
Jean-Luc Porquet, journaliste au Canard enchaîné, est notamment auteur de La Débine (Flammarion, 1988), Les Clandestins (Flammarion, 1997) et Le Petit Démagogue (La Découverte, 2007).
Extrait de l'introduction
Ce livre est né d'une panique : celle de la vache folle. Laquelle inaugura une série de paniques générales d'un genre nouveau, dont nous ne sommes pas près de sortir. Vous souvenez-vous de la peur de l'anthrax, juste après le 11-Septembre ? De celle de la grippe aviaire en 2006, pendant laquelle les autorités françaises interdirent aux poules de sortir de leurs poulaillers ? De la terrible menace de pandémie due à la grippe porcine, dite grippe A, qui vit ces mêmes autorités commander en catastrophe 94 millions de doses de vaccin dont 6 seulement furent utilisés ? De la peur du concombre espagnol suivie de celle des graines germées à l'été 2011 ?...
À chaque fois, c'est la même chose : ces paniques nous prennent par surprise, nous plongent dans un état de sidération qui dure des jours, des semaines, des mois, puis s'évanouissent comme elles étaient venues. Et, comme c'est étrange : nous les oublions avec une facilité déconcertante, à la fois soulagés et presque honteux.
Écrite alors que la crise de la vache folle était encore dans toutes les mémoires, l'introduction de la première édition de ce livre débutait comme suit.
Le 21 octobre 2000, une vache folle ayant failli se faufiler jusqu'à ses étals malgré les multiples contrôles de sécurité, la direction de Carrefour annonce qu'elle retire des centaines de lots de viande de la vente afin d'éviter la panique.
Et c'est aussitôt la panique.
La crise de la vache folle, qu'on croyait derrière nous, repart de plus belle. Soudain, le steak dans notre assiette redevient suspect. La confusion est totale. D'abord à Paris puis dans toute la France, des maires se mettent à interdire le boeuf dans les cantines scolaires. Démagos, ou simplement prudents ? Des parents d'élèves les soutiennent : «Je ne veux pas prendre le risque qu'un seul de mes enfants attrape l'ESB dans vingt-cinq ans !» Réalistes, ou paranos ? La chaîne Buffalo Grill supprime la côte de boeuf dans ses menus, mais de son côté le gouvernement affirme qu'il n'y a aucune raison de l'interdire. Lequel des deux a raison ? Appelés en consultation par les médias, les experts nous expliquent qu'il ne faut pas s'affoler : les dangers de contamination sont très faibles en comparaison de ceux qu'on avait courus entre 1985 et 1996, années pendant lesquelles les farines animales étaient potentiellement très contaminantes. Mais comme on ne nous avait rien dit durant toutes ces années, pourquoi ne pas s'affoler à retardement ? C'est idiot, certes, mais pas plus que l'attitude de ceux qui avaient nié, temporisé, minimisé, louvoyé, rassuré à tort. Peurs paniques, cafouillage gouvernemental, effondrement des ventes de boucherie : on se met à parler de «psychose». Encore traumatisé par sa mise en examen lors de l'affaire du sang contaminé, le ministre des Finances Fabius affirme qu'il faut interdire illico et complètement les farines animales (prohibées depuis 1990 pour les bovins, elles sont encore autorisées pour les porcs et les poulets). D'accord sur le principe, le ministre de l'Agriculture dit vouloir attendre le verdict des experts. Mais les experts ont besoin de temps... Le président de la République déclare alors qu'il ne faut pas attendre l'avis des experts... lesquels, d'ailleurs, ne sont pas d'accord entre eux. Bref, on a rarement connu pareille cacophonie. Les décideurs ne savent plus quoi décider. Et nous autres, simples citoyens, avons le sentiment de n'avoir prise sur rien. Il s'agit pourtant d'une question de vie ou de mort.
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