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Auteur : Jacques Leruez
Date de saisie : 23/02/2012
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : André Versaille, Bruxelles, Belgique
Prix : 19.90 € / 130.54 F
ISBN : 9782874951725
GENCOD : 9782874951725
Sorti le : 25/01/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Directeur de recherches honoraire au CNRS, affecté au CERI (Centre d'Études et de Recherches Internationales) à Sciences Po, Paris, j'ai consacré la plus grande partie de ma carrière à l'étude du système politique, de la politique économique et sociale et de la politique internationale du Royaume-Uni, dans une vingtaine de livres, seul ou en collaboration, de nombreux articles, brochures et critiques d'ouvrages.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le livre, qui est une réédition d'un livre de 1991 (écrit à chaud peu de temps après le départ de la scène politique de l'ancien Premier ministre britannique), largement allégé et revu, et précédé d'une substantielle préface qui analyse la pérennité du thatchérisme de nos jours, est bien entendu centré sur la personnalité de Margaret Thatcher et sa place, ne serait-ce que par sa longévité exceptionnelle à la tête du pays (elle a été Premier ministre du 4 mai 1979 au 28 novembre 1990), dans l'histoire politique et sociale du Royaume-Uni, qu'il s'agisse de la politique intérieure ou de la politique européenne et internationale.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
La citation qui aurait pu servir d'exergue à l'ouvrage et que j'aimerais partager avec les lecteurs en priorité, est la suivante (p. 11) :
Margaret Thatcher estimait que la recherche d'un consensus est source d'immobilisme ou, au moins, une perte de temps. D'ailleurs, elle détestait autant le mot que l'idée. En 1979, [...] elle déclarait : «Je suis un politicien de conviction. Les prophètes de l'Ancien Testament ne disaient pas : Frères, je veux un consensus' ; ils disaient : Voici ma foi et ma vision. Voici ce que je crois passionnément. Si vous le croyez aussi, alors suivez-moi.' Cette déclaration était révélatrice du personnage à plus d'un titre.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Le concerto de l'Empereur de Beethoven.
Personnage emblématique d'un certain conservatisme anglo-saxon, Margaret Thatcher est le Premier ministre britannique qui a le plus empreint son pays depuis Churchill.
Jacques Leruez retrace la vie et le parcours politique mouvementés de la Dame de fer, dont il donne un portrait contrasté.
Il raconte comment sa personnalité psychologique et sa compréhension du contexte politique britannique des années 1960 et 1970 lui ont permis une ascension fulgurante et une longue carrière à la tête du pays.
Premier ministre pendant près de douze ans, elle a fait subir à la société britannique de considérables changements politiques, économiques et sociaux, et marqué la politique de l'Union européenne.
Avec le recul, quel bilan peut-on tirer de son expérience gouvernementale et de sa politique étrangère, notamment européenne, écartelée entre la tradition pragmatique et ses convictions personnelles ?
Et comment expliquer que le thatchérisme, moment incontournable dans l'histoire britannique, continue de marquer aussi puissamment les esprits et les manières de gouverner la Grande-Bretagne d'aujourd'hui ?
Admirée par certains, détestée par d'autres, rarement aimée, Margaret Thatcher ne laissa personne indifférent.
Mais quelle femme et quel Premier ministre fut véritablement celle qui reste l'une des personnalités politiques les plus fascinantes de l'époque contemporaine ?
Jacques Leruez est, depuis quelque cinquante ans, spécialiste du gouvernement et de la vie politique britanniques, auxquels il a consacré de nombreux ouvrages. Directeur de recherche émérite au CNRS, il a été chercheur au Centre d'études et de recherches internationales de la Fondation nationale des sciences politiques et professeur à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences-Po). Il est, par ailleurs, président de l'Association franco-écossaise.
Décidément, les Anglais ne respectent rien. En ce moment même, ils se disputent à propos de l'enterrement de Margaret Thatcher - qui est encore en vie ! Certains affirment qu'elle mérite des obsèques nationales, privilège en général réservé à la famille royale. D'autres estiment que cela coûterait trop cher au pays, et qu'il vaudrait mieux que la cérémonie soit organisée par le secteur privé. Cette solution, disent-ils, serait plus conforme à la doctrine de Margaret Thatcher, qui a privatisé une bonne partie du service public au Royaume-Uni, et cela permettrait "d'offrir le meilleur choix et le meilleur rapport qualité-prix pour les usagers". Shocking, isnt'it ? Il y a vingt ans, Jacques Leruez, directeur de recherche au CNRS, publiait une biographie de Margaret Thatcher. A l'occasion de la sortie du film de Phyllida Lloyd, La Dame de fer, avec Meryl Streep, il publie à nouveau son ouvrage, Thatcher. La Dame de fer, dans une version mise à jour.
DE GRANTHAM AU PARLEMENT (1925-1959)
La famille et l'enfance
Grantham est une petite ville des Midlands de l'Est située dans le quart sud-ouest du Lincolnshire ; longtemps traversée par la «grande route du Nord» (la A1) qui va de Londres à Édimbourg, elle est de nos jours dotée d'une déviation. Elle n'en reste pas moins une ville animée de quelque 30 000 âmes, au confluent des riches campagnes du Lincolnshire au nord-est et des bassins houillers du Nottinghamshire, ceux qui ont refusé de se mettre en grève en 1984-1985, mais qui n'en ont pas moins disparu depuis, à l'ouest. C'est là qu'est venue au monde, le 13 octobre 1925, au-dessus de la boutique familiale, Margaret Hilda Roberts, fille cadette d'Alfred Roberts et de Béatrice Roberts, née Stephenson. La soeur aînée, Muriel, était née en 1921, quatre ans après le mariage des parents (1917).
Pour les Roberts, en effet, si on se mariait pour fonder une famille, il valait mieux ne pas avoir d'enfants aussi longtemps qu'on n'avait pas les moyens de les élever correctement. Les époux Roberts étaient, en effet, de stricte obédience méthodiste et ne plaisantaient guère sur les principes, pas plus que la grand-mère maternelle qui vécut avec la famille pendant les dix premières années de la vie de Margaret.
Alf Roberts était l'un des sept enfants de la famille d'un savetier de village dans le Nottinghamshire. Très intelligent, et avec un appétit de connaissances hors du commun, il aurait aimé devenir instituteur. Mais, à l'époque, on poursuivait rarement ses études quand on n'en avait pas les moyens matériels (l'enseignement secondaire gratuit ne fut généralisé qu'après 1944 en Grande-Bretagne). Faute d'être instituteur, Alf Roberts devint épicier pour faire vivre sa famille, mais aussi autodidacte, prédicateur laïque dans les églises méthodistes des environs, conseiller municipal, juge de paix et enfin maire de Grantham en novembre 1945.
Pendant les années vingt et trente, la ville de Grantham souffrit plutôt moins de la dépression que le reste du pays. De toute façon, notre épicier n'en fut pas directement affecté ; l'alimentation est la dernière chose à laquelle on renonce, et les indemnités de chômage permettaient au moins de manger. En 1913, à 21 ans, Alf Roberts est gérant de l'épicerie où il a débuté comme apprenti. En 1917, il a assez d'économies pour se marier à la chapelle wesleyenne de Grantham et pour acheter un fonds de commerce à lui. Le jeune couple s'installe aux 1er et 2e étages au-dessus de la boutique. Il n'y a pas d'eau courante et les toilettes sont dans la cour. Il n'y a donc pas lieu de douter du cadre prolétarien de la petite enfance de Margaret Roberts Thatcher. Toutefois, si tel est bien le milieu d'origine, il n'en reste pas moins que le futur Premier ministre naît dans une famille à la culture socio-économique bien spécifique et dont le chef aspire à la promotion par le travail, l'éducation et l'effort individuel. C'est d'ailleurs l'idéal dont les prédicateurs méthodistes du 18e siècle (et Wesley lui-même) avaient rêvé pour la classe ouvrière de leur pays. Il n'est donc pas très étonnant que Margaret Thatcher ait eu du mal à réaliser que bon nombre de familles sont incapables de réussir le décollage social dont elle a elle-même bénéficié ; à l'inverse, ce qu'elle appelait ses «instincts» était bien compris et apprécié par une frange non négligeable de la classe ouvrière qui possède le même idéal de promotion sociale.
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