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.. Prendre la route, et de ses propres yeux

Couverture du livre Prendre la route, et de ses propres yeux

Auteur : Ludovic Hary

Date de saisie : 22/01/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Léo Scheer, Paris, France

Collection : Laureli

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-7561-0348-8

GENCOD : 9782756103488

Sorti le : 04/01/2012

  • Le courrier des auteurs : 21/01/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Je m'appelle Ludovic Hary, j'en suis sûr, puisqu'on me l'a dit. Mais qui je suis ? J'ignore exactement qui je suis, alors j'essaie de l'attraper. Qui ? Quoi ? La phrase qui me surprendrait, me ferait jubiler par son rythme, son sens et sa sonorité. Cette fée, je la piste depuis mes 20 ans, ça fait presque 25 ans que ça dure, vous savez mon âge à présent, faites vous même le calcul. Cette fée a une soeur :
l'histoire. Les deux frangines m'aident à raconter une fable qui, tout en se déployant, invente la forme de sa narration : duo de jazz tragique dans Nous nommer serait catastrophique (Verticales, 2002), repas massacreur de mots et de corps dans Par quartier pas dquartier (Mix, 2003), hétéroportrait dans Sous la vitesse (Verticales, 2008), opéra dans Prendre la route, et de ses propres yeux (Leo Scheer, collection Laureli), qui paraît ces jours-ci. Mais attention, cette fée-phrase, quoiqu'elle soit musicienne, n'est pas perchée sur la colline, à frimer avec sa lyre, elle argumente aussi. Férue de politique, elle descend dans l'arène régulièrement.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
La folie, consécutive à trop d'intellect et pas assez de corps.

La transformation de soi vers la tentative d'habiter le présent.

LES FAITS : Notre héros, Sucdeberg, veut ranger la vie dans des carnets de notes, le troisième s'intitulant Carnet des gens que je verrai dans 20 ans (2030). L'EFFET : Il se retrouve à la clinique psychiatrique, où il se fait appeler El, désormais. LES FÉES : Il s'échappe de la clinique, rencontre un jeune garçon, Felix-Fortuné, qui lui présente une framboise ex-congelée (on est en hiver, quand même). En la goûtant, El s'exclame : «Framboises hmm hmm hm, hm, vous êtes mes premiers fruits après les gélules, mes premières fées depuis des mois et des mois hm hmm j'avais oublié votre goût !.» (p 52) El retrouve son «je» par la sensation : tout le reste du roman est l'histoire de cette incarnation.

Cette grande soupe de rire et d'émotion, je l'appelle le lyrico-déconnant.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Tremper sa madeleine ou sa biscotte dans le thé, oui, c'est bon, mais c'est encore meilleur de tremper son paradis dans le temps.» (Les fées, p
119)

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un opéra hydride, sans aucun doute : il commencerait sur de la techno, continuerait en baroque et en hard-rock lors des courses-poursuites nombreuses dans le roman, par du free-jazz, une cantate de Bach, un dérapage contrôlé mozartien, s'apaiserait sur du Ali Farka Toure. Mais à choisir une musique : Les Indes Galantes, de Jean-Philippe Rameau ou... Platée, toujours de Jean-Phi : grosse mocheté, la grenouille Platée croit que le dieu Jupiter la kiffe et veut l'épouser : c'est à la fois grotesque et émouvant.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La joie, la joie de l'oralité : la vibration du chant. Rire et jouir, c'est vibrer.

Que le livre donne envie d'être lu à haute voix et même chanté ! Que les mots deviennent des choses. Qu'une fois refermé (pour être réouvert très vite, j'espère), le roman donne le désir de vivre intensément, de rencontrer les autres, de combattre nos démons intérieurs et toutes les politiques scélérates !


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2012

Un homme nommé Sucdeberg est interné car sa manie inconditionnelle du classement inquiète et lasse son entourage. Il finit par s'ennuyer ferme à l'hôpital psychiatrique parmi les dépressifs et les psychotiques, s'interrogeant sur l'équilibre mental des médecins. Se faisant désormais appeler El, il parvient à s'échapper. Commence alors une traque impitoyable entre la Martinique et la métropole, menée par ses deux infirmiers dévolus et farouches adversaires, Mix et Max ; une épopée rocambolesque et riche en rebondissements. Dans l'avion qui l'emmène sur l'île, notre héros vit une aventure avec une incandescente hôtesse de l'air, la Palestinienne Resha, qui hélas disparaît lorsque l'avion se pose. De fuites en planques, de courses de voitures en escapades à vélo, échappera-t-il à Mix et Max, résolus à le ramener à l'hôpital psychiatrique ? Retrouvera-t-il son hôtesse de l'air pour d'autres moments d'extase ? Saura-t-il apprivoiser le réel sans systématiquement le plier à sa manie du classement ?...

A travers un style luxuriant, Ludovic Hary nous entraîne dans une aventure palpitante. Avec humour, l'auteur dresse un portrait attachant de son héros et enchaîne les morceaux de bravoure.

Prendre la route, et de ses propres yeux est le troisième roman de Ludovic Hary.


  • Les courts extraits de livres : 22/01/2012

- Une dernière fois, s'il vous plaît.
Polo et bas de pyjama émeraude, Sucdeberg, sanglé, supplie. Les deux gaillards à sigle qui l'accompagnent hésitent à le faire sortir du fourgon. Trop risqué, il l'a prouvé, et puis pas le temps, le train est dans une heure.
- S'il vous plaît, tic, il est 12 h 05, tac.
Max et Mix s'interrogent, s'en veulent, leurs pupilles le disent, d'avoir accepté, ils ont molli, n'auraient pas dû, prémisse fatale qui en appelle d'autres.
- D'accord, monsieur Sucdeberg, mais cinq minutes, pas plus.
Ils le font descendre comme il est, le tenant par chaque épaule, pantin d'envol il a maigri, n'est pas lourd, l'amènent sur la grève, assez près. Sucdeberg respire haut, mange l'iode et le sel, nantit l'oreille, ferme les yeux, prend son élan, rouvre grand - moissonner à fond -, ils lui ont dit, vu ce que vous avez fait, vous en avez pour longtemps entre quatre murs, alors ouvrez grand vos yeux, faites-en des en-cas à mémoire. Sucdeberg regarde les vagues refluer, dos tourné vers les suivantes, vert bouteille Gulliver, drap qu'on défripe, ouais, accalmie, elles baissent d'étrave, nappent en fumées sur ses tempes, puis déclinent, obliquées, grises, la pâte sarrasin occupe presque toute la galetière, ellipse brune et vite bouillie, (...)


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