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Auteur : Joyce Maynard
Traducteur : Simone Arous
Date de saisie : 05/03/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Philippe Rey, Paris, France
Collection : Roman étranger
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-84876-199-2
GENCOD : 9782848761992
Sorti le : 05/01/2012
Dana et Ruth sont nées le même jour dans le même hôpital. Tout les sépare, et leurs familles n'ont rien en commun. Pourtant, leurs parents s'attachent à maintenir un lien régulier entre ces deux "soeurs de naissance". Elles restent plus ou moins en contact tout au long de leur vie. Un secret plane bien sûr autour du lien qui les unit réellement... Une belle histoire autour des liens familiaux. Un roman à deux voix très émouvant et prenant du début à la fin. Aller... même si on entrevoit en partie l'issue de l'histoire, le suspense reste entier et on se laisse happer par l'intrigue et les personnages très attachants. Un roman familial bouleversant. Grand coup de coeur de ce début d'année !
Ruth et Dana sont nées toutes les deux un 4 juillet 1950, dans la même maternité au coeur du New Hamsphire. Elles ont été conçues lors d'une marquante nuit d'ouragan.
"Soeurs d'anniversaire", nées dans des familles très différentes, elles se rencontreront à la demande de leurs parents mais ne deviendront jamais amies. La famille de Ruth exploite une ferme, celle de Dana mène une vie errante. Ruth est une artiste, une romantique, avec une vie imaginative riche et passionnée. Dana est une scientifique, une réaliste, qui ne croit que ce qu'elle voit, entend ou touche. Leurs parents voudront toujours garder le contact et établiront le rituel d'une journée de retrouvailles chaque année, à la saison de la récolte des fraises. Le récit fait alterner la voix de Ruth et celle de Dana, au fils de leur enfance, adolescence, premier amour, mariage, enfants... Leurs destins se frôlent sans jamais se croiser jusqu'au moment inévitable où un secret longtemps enfoui se révèle et bouleverse leur existence.
On retrouve l'écriture vive de Joyce Maynard, ses personnages sont attachants et l'originalité de ces deux familles, en font un bon roman.
1) Qui êtes-vous ? !
La traductrice.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Deux voix. Deux femmes, qui semblent n'avoir rien en commun, sauf l'hôpital où elles sont nées le même jour. Mais toutes deux se battent pour tenter d'exister dans un monde auquel elles se sentent étrangement ne pas appartenir. Du New Hampshire rural des années 1950, en passant par Woodstock, à aujourd'hui, elles ont parcouru bien du chemin.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Une chose à propos des ouragans : ils mettent tout sens dessus dessous. On ne sait plus comment on retrouvera le monde, une fois le vent calmé. Ce qui est sûr : il ne ressemblera plus à celui d'avant.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Celle qu'a aimée l'un des personnages, «Cinnamon Girl» de Neil Young et «Brown Eyed Girl» de Van Morrisson.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
De ressentir, comme moi quand je l'ai traduit, la sensualité subtile qui imprègne ce roman. Elle est dans les personnages, elle est dans la terre. Je ne peux plus manger une fraise sans y penser.
Elles sont nées le même jour, dans le même hôpital, dans des familles on ne peut plus différentes.
Ruth est une artiste, une romantique, avec une vie imaginative riche et passionnée.
Dana est une scientifique, une réaliste, qui ne croit que ce qu'elle voit, entend ou touche.
Et pourtant ces deux femmes si dissemblables se battent de la même manière pour exister dans un monde auquel elles ne se sentent pas vraiment appartenir.
Situé dans le New Hampshire rural et raconté alternativement par Ruth et Dana, Les Filles de l'ouragan suit les itinéraires personnels de deux «soeurs de naissance», des années 1950 à aujourd'hui. Avec la virtuosité qu'on lui connaît, Joyce Maynard raconte les voies étranges où s'entrecroisent les vies de ces deux femmes, de l'enfance et l'adolescence à l'âge adulte - les premières amours, la découverte du sexe, le mariage et la maternité, la mort des parents, le divorce, la perte d'un foyer et celle d'un être aimé - et jusqu'au moment inéluctable où un secret longtemps enfoui se révèle et bouleverse leur existence.
C'est un roman sur la culture des fraises et la conscription pour le Vietnam ; sur l'élevage des chèvres et les rêves vains de fortune vite gagnée ; sur l'amour de la terre et l'amour d'un père ; sur des individus qui, sans cesser de se chérir, peuvent soudain se blesser profondément. Les Filles de l'ouragan est surtout une histoire sur les liens qui constituent une famille, un foyer, sur la force dévastatrice de l'amour qui s'achève, et l'apaisement qu'apporte le pardon.
Auteur de plusieurs romans et essais (dont Long week-end), collaboratrice de multiples journaux, radios et magazines, Joyce Maynard, 57 ans, vit désormais entre la Californie et le Guatemala. Surnommée lors de ses débuts fracassants en 1972 la Françoise Sagan américaine, elle est également connue pour sa relation avec J.D. Salinger alors qu'elle avait 18 ans, relation douloureuse sur laquelle elle est revenue dans son autobiographie vingt ans plus tard (Et devant moi, le monde).
Les Filles de l'ouragan, c'est comme La vie est un long fleuve tranquille, mais dénuée de toute dimension burlesque. Les secrets de famille, exhumés sur la fin, ont plutôt un parfum sulfureux d'adultère et d'inceste, mais toujours suggérés avec une retenue fine et élégante. Qu'il s'agisse du secret de son idylle avec Salinger ou du mystère patiemment dévoilé dans ce roman-là, Joyce Maynard sait toujours gommer les aspérités du scandale et draper le chaos d'une familiarité banale.
C'est plus d'un demi-siècle de l'histoire d'une Amérique méconnue, des moeurs singulières, des secrets bien gardés que retrace cette saga ambitieuse au style sobre et au ton juste.
Joyce Maynard a l'art de la pirouette, seule parade face à la cruauté du sort. Jamais elle ne s'appesantit sur les sensations, jamais elle ne donne dans la dissection psychologique. De l'homosexualité féminine à la drogue, en passant par le puritanisme et la liberté d'entreprendre, elle parvient à aborder mille thèmes tout en restant à la superficie des êtres, par pudeur, par légèreté. Chez elle, l'ellipse n'est pas dissimulation, mais simplement accélération, pour devancer le destin...
Vues de loin, les trajectoires de ses personnages dessinent de belles arabesques.
L'histoire de Ruth et Dana, nées le même jour dans des familles que tout sépare, neuf mois exactement après le passage d'une terrible tornade...
Joyce Maynard fait parler alternativement les deux filles d'une même voix, une voix authentique, dépouillée, sensible, qui porte peut-être le souvenir des leçons de Salinger : «Écris uniquement ce qui est nécessaire.» Au fil des pages, Ruth et Dana se muent en adolescentes, puis en femmes - épouse frustrée ou compagne passionnée...
Les Filles de l'ouragan, qu'on lit d'une traite, charmé par la magie qui émane de la prose simple de Maynard, avance comme un train dans la nuit.
RUTH
La Grande Perche
Mon père me disait que j'étais un bébé de l'ouragan. Cela ne signifiait pas que j'étais née au cours d'un ouragan. Le jour de ma naissance, le 4 juillet 1950, se situe bien avant la saison des ouragans.
Il voulait dire que j'avais été conçue pendant un ouragan. Ou dans son sillage.
«Arrête ça, Edwin», intervenait ma mère chaque fois qu'elle le surprenait à me raconter cette histoire. Pour ma mère, Connie, tout ce qui avait à voir avec le sexe ou ses conséquences (à savoir ma naissance, ou du moins le fait de relier ma naissance à l'acte sexuel) ne pouvait être un sujet de discussion.
Mais quand elle n'était pas là, il me racontait cette nuit où il avait été appelé pour dégager la route d'un arbre abattu par la tempête, il me décrivait la pluie battante, le vent impétueux. «Je n'ai pas été comme mes frères faire la guerre en France, disait-il, mais j'ai eu l'impression de livrer une bataille, en luttant contre ces bourrasques qui soufflaient à cent cinquante kilomètres à l'heure. Et là il se passe une chose bizarre. Craint-on vraiment pour sa vie dans des moments pareils ? Mais c'est à de tels moments que l'on se sait vivant.»
Il me racontait cette pluie qui s'abattait si violemment sur la cabine du camion qu'il n'y voyait plus rien, comme son coeur battait fort alors qu'il progressait dans l'obscurité, et ensuite - exposé au déluge, il coupait l'arbre et dégageait les grosses branches sur le bord de la route, ses bottes lourdes de pluie s'enfonçaient dans la boue, ses bras tremblaient.
«Le bruit du vent avait quelque chose d'humain, se souvenait-il, comme le gémissement d'une femme.»
Plus tard, me remémorant la façon dont mon père me racontait cette histoire, je me rendis compte que les mots qu'il utilisait pour décrire la tempête auraient aussi bien pu évoquer un couple faisant l'amour. Il imitait le bruit du vent, et je me jetais contre sa poitrine pour qu'il me protège de ses bras puissants. Je frémissais rien qu'à l'idée de ce qu'avait dû être cette nuit.
Pour une raison que j'ignorais, mon père se plaisait à me la raconter - pas à mes soeurs ni à notre mère, mais à moi, son unique public. Bon, il y avait peut-être une raison. J'étais sa fille de l'ouragan. Sans la tempête, aimait-il à dire, je ne serais pas là.
J'étais née neuf mois plus tard, au jour près, à la maternité du Bellersville Hospital, en pleine Fête nationale, juste après la fin des premières moissons et alors que les fraises étaient à leur apogée.
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