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Ah, quel beau métier que celui d'écrivain ! Le mot juste, la belle phrase, la vérité des sentiments... Son manuscrit sous le bras, le jeune Jean-Rémy monte fièrement l'escalier des éditions Banador. Plein d'espoir, de rêves, de plume et d'encre. Et patatras. Son manuscrit ? Au frigo. Le mot juste pour le qualifier ? Nègre. La belle phrase ? Il l'écrira pour les autres. Quant à la vérité des sentiments, n'en parlons même pas... Bienvenue dans le monde merveilleux de l'édition.
«Double Je vole dans les plumes [du] milieu [de l'édition] avec humour et férocité. C'est délectable et salutaire.»
Delphine Peras - L'Express
Né à Paris, longtemps enseignant, Jean-Marie Catonné est l'auteur de quatre romans : La Tête étoilée (1996), Portraits volés (2001), Villa les mésanges bleues (2002) et Excès de mémoire (2004) et de deux biographies : Romain Gary - Émile Ajar (1990) et Queneau (1992).
Les courts extraits de livres : 27/01/2012
La statue de Balzac a les yeux qui brillent. Engoncé tel un pingouin dans sa robe de bronze, les bras croisés sur la poitrine, le buste arrogant, on dirait un boutiquier enrichi dans le négoce de ses oeuvres complètes. On ne compte plus ses sujets de roman tombés au baccalauréat, ni ceux portés à l'écran, ni ses volumes de la Pléiade. Vingt-trois mille pages sur papier bible, reliées en pleine peau dorée à l'or fin. Balzac appartient à la catégorie des gras, des grossistes en littérature, quand la plupart des écrivains sont des maigres et se contentent d'un ou deux chefs-d'oeuvre.
J'émerge du métro et me retrouve, comme chaque matin, au carrefour Vavin devant ce manchot prolifique planté au coeur de Montparnasse, qu'on doit, paraît-il, à Émile Zola lorsqu'il était président de la Société des gens de lettres.
Feu rouge. Balzac trône du côté des voitures. Un coup d'oeil furtif à sa statue avant de traverser la me. J'ose à peine croiser son regard. Il a sa posture habituelle, l'air bougon, satisfait de lui-même. Une fiente de pigeon lui macule le visage, balafrant sa joue d'une traînée grise. Il ne me voit pas. Il ne voit personne, insensible aux intempéries. Pas même un haussement d'épaules. Il se fiche de ses lecteurs.
Feu vert : je passe mon chemin, traînant le pas, désabusé, inquiet de mon avenir. Moi aussi, j'écris à mes heures perdues. (...)