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Auteur : Laurent Dubreuil
Date de saisie : 29/01/2012
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Hermann, Paris, France
Collection : Hermann philosophie
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 9782705682057
GENCOD : 9782705682057
Sorti le : 25/01/2012
Non, tout n'est pas politique. Il faut sans doute vivre en compagnie des autres, avec des lois et des forces de coercition pour garantir la subsistance commune. Mais cela ne constitue que les conditions du niveau de vie dont la chose publique s'occupe (souvent si mal) : il nous reste alors à rendre nos existences vivables.
Pour préparer l'insurrection de vivre, ne comptons guère sur la «représentation nationale», les lois du marché, la technologie, les comportements «citoyens», ni non plus les derniers mouvements d'indignation ou de rébellion. Sans abandonner la malheureuse nécessité de la lutte (elle a certes son utilité), apprenons plutôt à donner à la politique le congé qu'elle mérite. Voici une provocation singulière, une invitation à repenser les prétendues «fins» de la politique, mais indépendamment d'elle.
Normalien, agrégé, docteur en philosophie et docteur en lettres, Laurent Dubreuil est professeur à Cornell University (New York). Il est notamment l'auteur de L'Empire du langage (2008) et d'À force d'amitié (2009).
L'apolitique et la politique
1. Depuis qu'existe le mécontentement social, la solution la plus immédiate, la plus raisonnable consiste à changer certaines causes, certains effets, certains agents. Dans les cas plus aigus, la thérapie conseillée est une gigantesque réorganisation des forces, une métabole des pouvoirs. Le monde va changer de base, promet L'Internationale, et, selon la tradition ouverte par l'abbé Sieyès, le choeur peut chanter nous ne sommes rien, soyons tout. Quelle que soit là violence de l'altération - et disons qu'un siècle en arrière nous a presque tout donné, du joug colonial à la molle alternance, de la dictature bananière à celle du prolétariat bureaucratique, des changements dans la continuité à la société policière intégrale, de l'action génocidaire totale aux luttes populaires -, la base de la base reste cependant la même, et rarement questionnée. Je veux dire : la métamorphose appartient toujours au plan de la politique, et seules les définitions de ce plan varient, allant du gouvernement et de la représentation populaire au combat insurrectionnel, de la nation, de la race aux modes de vie ou à la révolution.
Dans tous les cas, en dépit d'immenses divergences et incompatibilités, un point demeure, la canalisation du mécontentement, du malaise, du refus par l'action politique, fût-elle gestionnaire, sanglante, moléculaire, spectaculaire, ou autre. D'où la possible idée qu'au-delà, en deçà voire outre la revendication, la détresse ou le rejet politiques, se fasse entendre aussi, ou plutôt, le désir d'une défection plus grande, d'une rupture non seulement avec la police et la grande farce du pouvoir, mais encore avec le, la, et les politique(s).
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