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.. Apostille

Couverture du livre Apostille

Auteur : Gérard Genette

Date de saisie : 27/02/2012

Genre : Littérature, essais

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Fiction & Cie

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-02-105114-8

GENCOD : 9782021051148

Sorti le : 19/01/2012

J'ai toujours eu un faible pour les abécédaires, mines de réjouissances littéraires pour tout un chacun. Quand c'est bien fait, il est rare de ne pas y trouver son compte. Grenette n'en est plus à son coup d'essai : intelligent, raffiné, dans les pas d'Ambrose Bierce et de Georges Perec, son inventaire personnel est digne d'intérêt et vous allez vous régaler !


  • Les présentations des éditeurs : 31/01/2012

Ce volume est le troisième d'un opus incertum ouvert avec Bardadrac et continué par Codicille, mixtes en vrac de moments vécus ou rêvés, de choses vues, lues ou entendues, de goûts et dégoûts, d'humeurs bonnes ou mauvaises, de musiques en boucle, d'amitiés tendres et d'idées vagabondes, ou simplement péripatétiques, et qui font les cent pas en attendant Dieu sait quoi. D'où cette description indirecte tirée d'un dialogue célèbre : «Je m'entretiens avec moi-même de politique, d'amour, de goût ou de philosophie. J'abandonne mon esprit à tout son libertinage... Mes pensées, ce sont mes catins.» L'âge venant, et même venu, où vous habitent davantage les premiers que les seconds, un sage nous conseille de convertir nos souvenirs en projets. L'agent de cette conversion s'appelle l'écriture.

Gérard Genette est né à Paris en 1930. Visiting professor à la New York University, ancien directeur d'études de l'École des hautes études en sciences sociales, il dirige la collection «Poétique» aux Editions du Seuil. Il est l'auteur de Bardadrac (2006) et Codicille (2009), publiés au Seuil.



  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 2 février 2012

Dans «Apostille», Gérard Genette poursuit l'abécédaire magique de son oeuvre autobiographique. Comment parler de soi ? Gérard Genette le fait à la fin du voyage, en recherchant par l'abécédaire, de manière oblique et musicale, le temps perdu et réfracté. Son oeuvre autobiographique est composée selon une forme ironique et critique qu'il a créée et qui lui correspond - de même que les deux Michel, Montaigne et Leiris, avaient inventé la leur pour se dépeindre. On doit à l'autoportrait, si on le fait, une sorte de forme révélée. Elle naît d'un maximum de liberté et de retenue, d'aventure et de contrainte, d'humour et de sérieux. La pudeur n'y rejoint la vérité, et l'individu, ses différentes époques, que par le naturel plein de bifurcations des sentiers rhétoriques...
Apostille poursuit la déconstruction kaléidoscopique de sa mémoire et de sa sensibilité, mais il lui donne un sens qu'elle n'avait pas encore : celui d'une oeuvre profondément musicale, dont la nature tout en modulations est de ne jamais finir, sinon par interruption définitive de la conscience et du son.


  • La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 19 janvier 2012

Mais l'important, on le sait, n'est pas là. Il est de voir qu'il n'y a pas de solution de continuité entre le sérieux de la théorie littéraire ou esthétique et la liberté des remarques pêchées au hasard des souvenirs, des lectures, de la vie. Au contraire, l'acuité du regard quotidien nourrit les concepts de l'essayiste (et réciproquement, bien sûr). Sachant que Genette, de toute façon, vole haut et évite la banalité, on se laissera donc emporter avec plaisir, tout à la surprise de trouver dans cet ouvrage les petits bonheurs d'une complicité intellectuelle que seule la simplicité sait obtenir.


  • La revue de presse Antoine Perraud - La Croix du 18 janvier 2012

Voilà donc un universitaire grand teint, né en 1930, condisciple rue d'Ulm de Jacques Derrida, atlante de la nouvelle critique dans le sillage de Roland Barthes depuis les années 1960, «visiting professor» à l'Université Yale, outre-Atlantique. Et qu'entreprend-il ? De nous faire rire ou réfléchir, avec des petits riens du souvenir et de la vie...
Il nous passionne avec des considérations sur la musique. Il pose un regard sage et taquin sur la politique (il fut membre du parti communiste de 1948 à 1956). Il nous entraîne dans les méandres de sa vie. Et nous retrouvons tant de la nôtre, dans ce troisième volume, toujours en forme de dictionnaire vagabond...
La goguenardise et la gentillesse d'un octogénaire à la dent si dure et au coup de patte si paterne se goûtent comme des friandises essentielles. Le style à la fois frais et patiné, les formules nerveuses et attentives, le regard candidement cocasse ou faussement rechigné de Gérard Genette, nous aident à traverser l'époque.


  • Les courts extraits de livres : 31/01/2012

Abécédaire. Si je me fie à de lointains souvenirs, il se trouve que j'ai appris non pas seulement l'«alphabet» (ce qui pouvait se faire par jeu, et sans le secours d'aucun livre, par exemple en manipulant des cubes historiés ou en écumant une assiette de potage), mais bien la lecture en général, dans un ouvrage que j'ai déjà cité ailleurs et qui s'intitulait Syllabaire-Régimbeau. Je ne saurais plus dire si le découpage par syllabes (et non par lettres) anticipait la méthode plus récente, qu'on a qualifiée de «globale» et qu'on a plus ou moins vite abandonnée, mais il me semble qu'il a, dans mon cas, porté assez vite les fruits que ma mère en attendait. Cette méthode Régimbeau, qui ne se qualifiait pas si ambitieusement, ne datait déjà pas d'hier, puisque son auteur, Pierre de son prénom, instituteur puis inspecteur principal des écoles de la Ville de Paris, repose depuis 1899 dans une section du Père-Lachaise, sous un buste de bronze, que je suppose ressemblant, offert par ses élèves, parents et amis, tous reconnaissants. Je vois aussi que mon exemplaire, aujourd'hui perdu, provenait d'une édition publiée chez Hachette en 1916, et qui ne comportait que quatre-vingt-seize pages. Il était vite lu, relu, et appris par coeur. Ainsi, en ce temps-là, apprendre à lire était l'affaire de quelques heures, et l'enseigner d'à peine une centaine de pages. Pour regonfler un calembour paternel tombé à plat depuis des décennies : on ne regimbait pas à Régimbeau.
Je n'ai donc jamais appris à lire, ni à écrire, dans un «abécédaire», et, pour cette raison ou une autre, j'ai un peu de mal à appliquer ce terme à ce qui suit, comme à ce qui précédait de cette sorte de triptyque, dont l'intrigue, si l'on peut dire, est en somme celle d'un Journal à ciel ouvert et livré en vrac («en miettes», disait Ionesco) au désordre alphabétique, et dont la chronologie d'écriture journalière devient de ce fait parfaitement inscrutable. J'ai bien dû pourtant employer deux ou trois fois ce terme d'«abécédaire», sans doute parce que d'autres m'y avaient incité, mais j'écrivais plus spontanément «dictionnaire», en référence à des modèles comme ceux de Voltaire ou de Bierce, et en détournant par voie d'épigraphe la phrase de Montaigne, «J'ai un dictionnaire à part moi». Ces modèles, et bien d'autres, plus récents, et mon propre usage procèdent clairement d'un élargissement, voire d'un abus, si le sens propre de «dictionnaire» est quelque chose comme «recueil de mots rangés par ordre alphabétique et pourvus de leurs définitions et/ou de la description de leur réfèrent encyclopédique». Des lecteurs ont donc estimé qu'«abécédaire» serait plus pertinent, comme plus modeste, et dénotant un ordre alphabétique sans promettre des définitions qui n'y figurent effectivement pas, ou pas sérieusement. Par chance, mes entrées ne revendiquent ni l'un ni l'autre. Mais je vois dans mon (vrai) dictionnaire que ce mot, originairement un adjectif (synonyme donc d'«alphabétique») a, comme nom, un autre sens littéral, qui est : «livre où apprendre l'alphabet». Ce n'est pas tout à fait le propos des miens, qui n'ont malheureusement, que je sache, jamais exercé cette noble fonction pédagogique, et qu'on ne peut donc désigner ainsi que par un autre glissement de sens. Par chance, mes titres (Bardadrac, Codicille, Apostille) n'y invitent pas non plus. J'y reviendrai sans doute, mais pour l'instant je note que leur succession chronologique de publication détermine une sorte d'acronyme, BCA, qui déconcerte l'alphabet lui-même.


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