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Auteur : Bernard Chapuis
Date de saisie : 12/04/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782234070950
GENCOD : 9782234070950
Sorti le : 08/02/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Garçon, romancier
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Un garçon de sept ans, son père officier de marine, le passage de la vie à Singapour à Paris, début des années cinquante. Le père meurt, le garçon a onze ans. En même temps, c'est gai.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
" Ils s'étaient liés aussitôt avec les deux soeurs, qui avaient à peu près le même âge qu'eux. Après le goûter, alors que, à l'abri d'une haie d'orchidées sauvages, ils étaient tous quatre allongés un peu désoeuvrés sur le gazon (coupé court à cause des serpents), Blanche avait demandé à Dulac :
- Tu veux que je te montre ?
Et Patricia avait demandé la même chose à Dan.
Comme ils ne semblaient pas saisir ce qu'il était question de voir, chaque soeur, d'un même geste, avait remonté sa jupe, baissé sa culotte, s'était accroupie devant son compagnon de jeu et ils avaient vu.
Dulac, quant à lui, n'avait jamais vu, ou, du moins, n'en gardait-il aucun souvenir. Et Blanche, devinant qu'il s'agissait d'une première, lui avait laissé tout le temps de regarder ce petit ventre bombé qui s'achevait vers les fesses, ou, peut-être, une fermeture".
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Les Oignons, de Sydney Bechet.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La langue et la proximité des personnages.
6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Ne jamais m'éloigner de mon manuscrit, même quand je n'écris pas.
7) Comment vous vient l'inspiration ?
Comme disait Picasso : " je ne cherche pas, je trouve".
8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Elle est entrée sans prévenir, comme une envie, une tentation.
9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont.
10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
À écrire.
11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Une annexe de chez moi.
Jean Dulac a huit ans quand il débarque avec sa famille dans un immeuble des boulevards circulaires à Paris.
C'est l'année de la mort de Staline et du couronnement de la reine d'Angleterre. Les Dulac viennent de passer trois ans à Singapour où Lou, le père de Dulac, était l'attaché naval français auprès du gouverneur britannique. Une maison blanche au milieu des fleurs, avec cuisinier, chauffeur, femme de chambre, amah chinoise. Les enfants jouent au docteur et les adultes au tennis. À Paris, Dulac est dépaysé.
Persuadé qu'il y avait un roi de France, il baragouine le français avec l'accent anglais. On l'inscrit dans un cours privé où les pères de ses copains sont comte, marquis, duc, prince et même maharadjah. Dulac est particulièrement indiscret. Il vit à l'affût des mystères de la planète Dulac. Il se poste à la porte derrière laquelle sa mère et quelques habitués fument l'opium. Peu à peu, Dulac découvre la face cachée des Dulac. Au fil du temps, des nuages apparaissent.
La famille a du mal à joindre les deux bouts et à préserver un bonheur qui s'effrite. Jean persiste à lorgner la coulisse des adultes à ses risques et périls, au fil des parties de chasse ou des soirées d'opium. Refusé en sixième, envoyé chez une psychologue, il passe ses vacances chez des aristocrates, dans un château à la campagne. À l'automne, Lou se montre de plus en plus silencieux. Un deux janvier au matin, il se tue dans la cave de l'immeuble.
Jean Dulac a passé onze ans avec Lou.
Onze ans avec Lou est le septième roman de Bernard Chapuis. Il a publié chez Stock L'Année dernière (1999), La Vie parlée (2005, prix Roger Nimier), Vieux Garçon (2007) et Le Rêve entouré d'eau (2009), prix des Deux Magots, 2010).
De la nostalgie et beaucoup de charme dans cette chronique des années 1950...
Il faut absolument s'accorder un moment pour retrouver le chemin d'un Paris en noir et blanc, pour passer "onze ans avec Lou". Bernard Chapuis, qui a bien connu cette époque et ce monde, se montre plus que jamais un conteur de premier ordre. L'auteur raffiné de L'Année dernière (Stock, 1999) et du Rêve entouré d'eau (Stock, 2009, repris en Folio) croque d'abord ses personnages avec une solide dose d'humour. Puis, peu à peu, la pression monte, les fissures apparaissent. Lou n'y est plus, perd pied. Le lecteur accompagne Dulac jusqu'au bout. Et le laisse à regret, la gorge serrée.
Un enfant découvre le Paris des années cinquante après avoir grandi en Asie. Quitter Singapour pour le XVIe arrondissement de Paris induit son lot de surprises et de dépaysement. Surtout quand on a sept ans comme Jean Dulac, alias «Dulac», dont le père, Lou, attaché naval auprès du gouverneur britannique, vient d'être rappelé dans l'étroit Hexagone...
Le septième roman de Bernard Chapuis se présente comme la chronique d'une enfance et d'une époque saisies par le regard de ce garçon malicieux qui n'est pas sans évoquer le Petit Nicolas...
La beauté de Onze ans avec Lou tient notamment dans cette vision naïve propre à l'enfance que l'écrivain restitue avec une justesse rare, mais sous la fantaisie, le roman distille aussi ses ombres. Nulle lamentation cependant chez Chapuis. La pudeur est sa nature d'écrivain, elle guide un style que Jean Renoir (Flossie et Dulac vont voir Le Fleuve au cinéma) aurait pu porter à l'écran.
Il y a du bernard-l'hermite chez Chapuis. Il n'écrit que pour se cacher davantage. La littérature est son abri rocheux. On ne le verra jamais s'épancher au grand jour. Il se méfie de tout ce qui brille, à commencer par les larmes. Même le suicide d'un père, dans une cave, avec un vieux fusil, il ne s'y attarde guère. De sa petite enfance passée dans une enclave britannique en Malaisie, il a gardé une devise pour la vie : «Never complain, never explain.» Pas étonnant qu'il maquille en roman ce livre de souvenirs, parle du garçon qu'il fut à la troisième personne et prénomme Lou ce père énigmatique, dont, aujourd'hui encore, il cherche l'invisible fêlure...
Son adieu au père, qui serre la gorge, il a le bon goût de le dissimuler sous la chronique acidulée, joyeuse, de la France des années René Coty, quand on distribuait du lait dans les écoles, entendait les vitriers crier dans la rue, et qu'un garçon en knickerbockers brûlait ses vaisseaux, vent debout.
Rien n'a bougé. Au point qu'il est aisé de retrouver l'endroit exact où, ce soir d'octobre, Mme Repnine, à son habitude, s'appuie légèrement de profil à la grille de l'école devant laquelle vont bientôt défiler les élèves des cours Pierre-de-Rosette. Les pieds nerveux de Mme Repnine sont serrés dans des souliers pointus de daim noir à talons aiguilles, son chemisier de soie est éclairé d'un rang de perles. Pull en V de cachemire framboise, jupe droite anthracite, dense chignon aux reflets aile-de-corbeau, fort fixé en arrière, elle préside à la sortie du vendredi, la plus courue de la semaine, beaucoup de parents d'élèves.
Albert Rétiel, Jean Dulac, Oscar Balmer et Cyrille Morelle, les «Four», élèves de neuvième, sont parvenus au rez-de-chaussée et, après avoir dépassé la cuisine où ronronne le grand four, se groupent devant la porte du réfectoire. Journée noire. Ils sont retenus trois heures dimanche à la colle des grands et prennent leur élan pour passer devant la directrice.
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