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Pour tous ceux qui sentent l'emprise grandissante du discours bête et qui cherchent à comprendre comment il fonctionne pour mieux y échapper, voici un texte philosophique qui procède d'une déambulation dans la ville, comme autrefois Socrate dans la Cité, en s'arrêtant dans certains endroits sensibles et en commentant à vif certains problèmes liés aux discours qui se profèrent et aux paroles qui s'échangent.
Le lecteur se trouve donc embarqué dans une aventure : voir ce qu'il ne voyait pas, entendre ce qu'il n'entendait pas et comprendre ce qu'il ne comprenait pas. Il se rend compte alors que, s'il y a une parole qui rend bête, il y en a aussi une autre qui rend intelligent. Celle-ci est porteuse de mémoire collective, ce qu'on désigne communément par culture. Nous sommes ainsi dans une nouvelle forme du combat entre la bêtise et la culture qu'il importe, aujourd'hui, de mener tous les jours.
Dans un style vif et incisif, Marilia Amorim ne philosophe pas «à l'allemande» avec des démonstrations purement conceptuelles, mais «à la française» avec un petit côté Neveu de Rameau... et parfois même un peu «à la brésilienne» (où, par exemple, les objets peuvent parler).
Marilia Amorim est maître de conférences à l'université de Paris 8. Elle a été professeur du département de psychologie sociale de l'université fédérale de Rio de Janeiro.
Les courts extraits de livres : 26/01/2012
Parole et identité
Imaginez qu'un jour, vous vous réveillez et que vous entendez une voix qui parle en vous. Elle dit Je à votre place et vous fait dire plusieurs choses que vous n'aviez aucune intention de dire. Non, vous n'êtes pas Coppélia et Hoffmann n'est pas passé par là. Imaginez encore que vous vous trouvez face à une série d'objets du quotidien et que, eux aussi, commencent à parler et à dire Je. Rassurez-vous, vous n'êtes pas devenu Alice et vous n'êtes tombé ni dans le pays des merveilles ni de l'autre côté du miroir. Alors, dans le pays des horreurs ? Peut-être... Tout cela est bien inquiétant, nous sommes d'accord, mais il ne s'agit ni d'un conte pour enfants ni de science-fiction pour adultes. Cela se passe dans la vie quotidienne, dans les situations les plus ordinaires. Suis-je en train de suggérer que la réalité peut être plus inquiétante que la fiction ? Peut-être.
Pour le savoir, je vous inviterai à... déambuler. C'est-à-dire à pratiquer le genre philosophique le plus originaire où marche et démarche s'imbriquent. Nous nous promènerons dans la ville et nous n'hésiterons pas à prendre des vols long-courriers pour traverser des océans. Ce petit traité essaye d'analyser la bêtise contemporaine par une voie spécifique qui est celle de la parole qui rend bête.