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Auteur : Hisham Matar
Traducteur : Sarah Gurcel
Date de saisie : 23/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Et d'ailleurs
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-207-25850-7
GENCOD : 9782207258507
Sorti le : 05/01/2012
Nuri a perdu sa mère et reste donc avec son père qui voyage beaucoup en Europe exilé loin d'un pays où sévit la dictature.
Son père rencontre Béatrice Benameur qui devient la belle-mère de Nuri et que le jeune garçon cherche à séduire. Un jour son père ne rentre pas. Au cours de son enquête, il découvrira bien des mystères sur son père et restera toujours dans sa quête sans avoir aucune réponse... même dix ans après.
Roman haletant sur la disparition d'un père et sur l'impossibilité à faire son deuil.
Le lecteur apprend aussi que dans tous pays dictatoriaux la liberté d'expression est bafouée et la disparition des personnes gênantes pour le pouvoir est monnaie courante.
Genève dans les années 1970. Kamal El Alfi, dissident politique libyen, est enlevé dans l'appartement de sa maîtresse. Dès lors, Nuri, son fils, déjà orphelin de mère, gardera à jamais en lui l'empreinte de cet homme, ce père, secret et taciturne, aimant malgré tout. Dans cet émouvant roman, c'est à son père, diplomate libyen enlevé en 1990 et dont l'auteur n'a plus aucune nouvelle depuis, qu'Hisham Matar rend hommage et par là-même qu'il dénonce la volonté destructrice de la répression politique. A lire également sur ce sujet son précédent roman "Au pays des hommes".
Dans l'intimité d'une chambre d'hôtel genevoise, Kamal Pasha et-Alfi, dissident politique sous une dictature arabe et ancien ministre de la monarchie égyptienne, est enlevé sous les yeux de Béatrice Benameur, sa maîtresse. Son fils Nuri, adolescent à l'époque, n'aura de cesse d'élucider ce mystère. Mais le goût des non-dits fait loi dans l'ambiance calfeutrée de la haute société du Caire, et ses questions restent lettre morte. Devenu adulte, Nuri évoque, au fil d'un récit mélancolique et élégant, son odyssée intime à la recherche du disparu : il s'empare du souvenir de cet homme respecté de tous, aimant mais avare de paroles. Resurgissent alors la mort inexpliquée de sa mère, rongée par une mystérieuse tristesse, et la passion coupable qu'il nourrit pour la seconde femme de son père, la jeune Anglaise Mona. Autant de pistes sur les traces du père qui dessinent en creux un magnifique portrait du fils.
Récit d'une construction de soi, ce roman dépeint avec justesse une jeunesse du monde arabe tiraillée par l'exil et le renoncement. Un témoignage poignant à lire à la lumière de l'actualité.
Après le succès d'Au pays des hommes (Denoël, 2007), Hisham Matar, auteur libyen de langue anglaise, s'affirme avec Une disparition comme une voix singulière de la littérature arabe. Engagé tout comme son père, dissident antikadhafiste enlevé à Londres en 1990, ses analyses de la révolution libyenne en ont fait une personnalité de premier plan.
Il est des jours où l'absence de mon père me pèse comme un enfant assis sur ma poitrine. Il en est d'autres où je me souviens à peine des traits exacts de son visage, jusqu'à devoir sortir de leur vieille enveloppe les photographies rangées dans le tiroir de ma table de nuit. Jamais, depuis sa soudaine et mystérieuse disparition, je n'ai cessé de le chercher, de scruter les endroits les plus improbables. Chaque chose, chaque être, l'existence elle-même est devenue évocations, possibilités d'une ressemblance. Peut-être est-ce là ce qu'on entend par ce mot bref et aujourd'hui presque archaïque : élégie.
Je ne le vois pas dans le miroir, mais je le sens qui s'ajuste, comme s'il se tortillait dans une chemise tout près de lui aller. Il a toujours été intimement mystérieux même lorsqu'il était présent. Il s'en faut de peu que je ne puisse imaginer ce qu'aurait été le rencontrer en égal, en ami, mais j'achoppe.
Mon père a disparu en 1972, au début des vacances de Noël; j'avais quatorze ans. Mona et moi étions au Montreux Palace, en train de prendre notre petit déjeuner - un grand verre de jus orange vif pour moi, un thé noir et brûlant pour elle - sur la terrasse qui domine la surface bleu acier du lac Léman, à l'autre bout duquel, par-delà les collines et le croissant des eaux, s'étirait une Genève vide. J'observais les parapentes silencieux planer au-dessus du lac immobile, Mona feuilletait La Tribune de Genève, quand soudain elle a porté à sa bouche une main tremblante.
Quelques minutes plus tard, nous étions dans le train, presque muets, à nous passer le journal, encore et encore. Nous avons récupéré au commissariat les quelques possessions laissées sur la table de nuit. Quand j'ai ouvert le petit sac plastique, en plus de l'odeur du tabac et de la pierre à briquet, c'est lui que j'ai senti. Cette montre entoure maintenant mon poignet et aujourd'hui encore, après tant d'années, si je presse le dessous du bracelet de cuir contre mes narines, j'y décèle comme une émanation de lui.
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