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Auteur : Félix Guattari
Préface : Liane Mozère
Date de saisie : 03/02/2012
Genre : Philosophie
Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigue, France
Collection : Monde en cours
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-8159-0265-6
GENCOD : 9782815902656
Sorti le : 03/11/2011
«Quand une nouvelle forme de lutte ou d'organisation s'invente, ça se propage à la vitesse de l'audiovisuel», prédisait Félix Guattari en 1979.
Dans ce texte retrouvé par ses enfants après son décès, Félix Guattari analyse comment la production, la codification et la communication de signes dans le système capitalistique assujettissent les acteurs sociaux sur le plan économique et social ainsi que sur celui de la subjectivité. Cette «dictature» des significations et des comportements dominants conduit Félix Guattari à proposer, à la suite de ses travaux avec Gilles Deleuze, une micropolitique émancipatrice. Sa position novatrice est plus que jamais d'actualité au coeur de la crise écologique, politique, économique et sociale, que le monde traverse aujourd'hui.
Félix Guattari, psychanalyste et philosophe français. Né en 1930, il est mort en 1992. Il a travaillé toute sa vie à la clinique de La Borde. Il a notamment publié Chaosmose (Galilée, 1992) et, avec Gilles Deleuze, L'Anti-Oedipe, (Minuit, 1972).
Lignes de fuite, rédigé en 1979-1980 - avant Mille Plateaux - est un ouvrage théorique d'importance. Outre le lexique, la furie néologique et le style de Guattari, reconnaissables à mille lieues («agencements collectifs du désir», «cartes et rhizomes», «reterritorialisation», «accélérations sémiotiques», «schizoanalyse»), on y trouve l'essentiel de sa pensée, dont le label pourrait être celui de transversalité, qui lui fait découvrir des connexions inédites, fabriquer des passerelles et des interactions entre individus, groupes, mouvements, investissements libidinaux, domaines du savoir, pratiques sociales et politiques. Dans la préface, Liane Mozère résume la question que pose Lignes de fuite : «Comment agir dans le capitalisme mondial intégré afin de faire advenir des possibles ?» On devine que, pour y répondre, Guattari ne rédige pas des manifestes politiques. Il démonte ce que Michel Foucault nommait déjà la «microphysique des pouvoirs», la façon «moléculaire» qu'a le pouvoir non seulement d'investir, pour les rendre inaltérables, les institutions politiques, mais aussi la subjectivité, que des règles de langage, des codes, des valeurs, des protocoles assujettissent aussi bien et rendent conformes aux intérêts du pouvoir.
L'inconscient n'est pas structuré comme un langage
Les machines de l'inconscient
Les définitions actuelles de l'inconscient - en particulier celle des structuralistes qui prétendent le réduire à des articulations symboliques de l'ordre du langage - ne permettent pas de saisir les voies de passage entre le désir individuel et les productions sémiotiques de toute nature qui interviennent dans les structures sociales, économiques, industrielles, scientifiques, artistiques, etc. Nous nous efforcerons de montrer en quoi une étude des processus libidinaux, dans tous ces domaines, est véritablement incompatible avec le postulat structuraliste qui consiste à affirmer que l'inconscient est «structuré comme un langage». Si l'on devait encore parler de structure à propos de l'inconscient - ce qui n'est pas évident, nous y reviendrons -, nous dirions plutôt qu'il est structuré comme une multiplicité de modes de sémiotisation, dont renonciation linguistique n'est peut-être pas le plus important. C'est à cette condition que l'on pourra faire sortir l'inconscient et le désir du carcan d'une individuation subjective, conscientielle et personnologique dans lequel on a prétendu les enfermer - les considérations sur l'«inconscient collectif» ne se ramenant, la plupart du temps, qu'à des constructions métaphysiques sur le «destin» analogique ou sublimatoire des pulsions. L'inconscient n'est ni individuel ni collectif, il est partout où un travail des signes porte sur la réalité et constitue une «vision» du monde, ce que Roger Chambon appelle une «parution» du monde et qui devrait, selon lui, être distinguée d'une simple représentation pour être entendue comme une «perception productive».
Partons d'un exemple simple, ou plutôt d'un exemple que nous simplifierons à dessein pour nous faire comprendre : celui de l'interprétation de l'argent par les psychanalystes. Il traîne partout, aussi est-il inutile de l'exposer en détail. Rappelons simplement que dans sa version la plus vulgarisée, cette interprétation considère que le rapport d'un individu à l'argent est un équivalent symbolique de son rapport infantile aux matières fécales. La méthode consiste, en fait, à mettre en correspondance, à rabattre la constellation des objets de désir particulière à une période de la vie et le mode de subjectivation qui lui correspond sur ceux d'une autre période. La perspective que nous proposons ici est tout autre : nous considérons qu'il n'y a, dans cette affaire, «matière» à aucune translation de cette nature, à aucune interprétation, à aucun symbolisme. Une activité monétaire, en effet, en tant que telle, met en jeu des composantes sémiotiques et une pragmatique de déterritorialisation qui, au départ, sont très différentes de celles qui peuvent exister par ailleurs soit dans le registre du corps, soit dans celui de l'image, soit dans celui du langage. Il n'existe donc pas, pour nous, de passage nécessaire, par exemple, entre une «fixation» aux matières fécales et un attachement à l'argent. Les modes de sémiotisation correspondant au prétendu «stade anal» (le toucher, l'odorat, un certain type de provocations ludiques à l'égard de l'entourage, etc.) peuvent, dans certaines conditions, entrer en connexion avec les composantes sémiotiques de l'échange monétaire ou celles, «iconiques» et perceptives, qui sont mises enjeu par le rêve, ou encore avec celles qui sont impliquées par l'interprétation psychanalytique et son type particulier de métalangage. Mais il nous paraît absurde de considérer que de telles connexions puissent être programmées à partir de stades psychogénétiques, d'archétypes, de chaînes signifiantes ou de «mathèmes de l'inconscient».
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