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Enlever au sacré sa majuscule et ses mystères pour lui remettre les pieds sur terre : c'est le propos de cette enquête où l'oeil et l'esprit s'interpellent gaiement.
L'oeil, pour scruter tout autour du monde les angles morts des études savantes : ces lieux, naturels ou construits, modestes ou grandioses - montagnes et sépultures, dépôts d'archives et enceintes de justice -, que l'on s'accorde à retirer de la circulation.
L'esprit, pour se défaire de vieux clichés, qui confondent le sacré avec le divin ou l'opposent au profane de façon irrémédiable. Comme si chaque époque ne faisait pas du sacré avec du prosaïque.
Ce qui légitime le sacrifice et interdit le sacrilège procède d'une fabrique purement humaine où l'ouvrage est sans cesse remis sur le métier. Il n'y a pas de sacré pour toujours, mais il y a toujours du sacré dans une société au développement durable. À preuve nos principes intouchables, propos intolérables et monstres sacrés.
Et voilà que notre modernité hypertechnique redonne à cet immémorial une nouvelle jeunesse - quitte à le faire glisser de l'histoire à la nature.
La revue de presse Juliette Cerf - Télérama du 25 janvier 2012
Pour regarder le sacré dans les yeux, un exercice s'impose : «désembuer notre champ de vision». C'est-à-dire cesser de le confondre avec le religieux. Telle est la clé de voûte du nouvel édifice que Régis Debray dédie au sacré : loin d'être inaccessible, le sacré est partout. Il nimbe les lieux qui nous entourent, «nous, les passants de ce monde-ci» : cimetières, palais de justice, montagnes, stades, etc. Il fait battre le pouls de notre époque. C'est avec du profane que nous fabriquons du sacré.
La revue de presse Bruno Frappat - La Croix du 25 janvier 2012
On ne perd jamais son temps à lire un Debray. Il est toujours prolixe et passionnant. Il porte sur les gens, les choses, l'histoire, les mentalités et les représentations un regard aigu et renseigné. Il a l'air, comme ça, de se promener avec un air de ne pas y toucher, avec un ton d'ironie et de second degré auquel on pourrait s'arrêter. Mais il ne faut pas s'y fier. Ce qu'il dit et écrit fouille et farfouille toujours au coeur des choses avec intelligence. Il a l'esprit accueillant à la variété des phénomènes et de l'humaine condition. Le dernier livre de Régis Debray, Jeunesse du sacré, album abondamment illustré, montre l'ampleur de sa recherche de ce qui se cache derrière nos attitudes, nos habitudes, nos emballements ou nos perplexités. Et nos mythes. Pour beaucoup d'humains, le sacré va de soi, il est immuable, invariant, éternel. La promenade iconographique que propose Debray montre au contraire la variabilité, temporelle et géographique, de ce qui s'affuble du qualificatif «sacré».