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Auteur : Hans Joachim Schädlich
Traducteur : Marie-Claude Auger
Date de saisie : 01/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Jacqueline Chambon, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782330002534
GENCOD : 9782330002534
Sorti le : 29/01/2012
On est en 2005. Fiodor Kokochkin, un alerte nonagénaire, professeur émérite de biologie, retourne à New York sur le Queen Mary. Juif, il a dû émigrer aux États-Unis où il est devenu un scientifique mondialement connu. Chaque jour offre le tableau de cette sociabilité si particulière des traversées transatlantiques où les conversations de table, les distractions programmées, les promenades sur le pont sont autant d'occasions de rencontre.
C'est ainsi que Kokochkin retrouve toute sa verdeur en se faisant le chevalier servant d'une jeune (pour lui) architecte de cinquante ans, Olga Noborra. L'humour tout en subtilité de Schädlich donne ici toute sa mesure. Mais ces aimables instantanés du présent sont entrecoupés de retours sur le passé, un passé qui fut tout sauf aimable. En effet, si le vieux monsieur revient d'Europe, c'est qu'il a voulu revoir les lieux de son enfance et de sa jeunesse, et à son luxueux voyage immobile sur la mer fait contrepoint son voyage sur terre doublement fatigant, à cause des longs trajets épuisants mais plus encore de l'émotion que ces retrouvailles avec les lieux de son passé suscitent.
A commencer par St-Pétersbourg, où Kokochkin est né et où il a vécu jusqu'à l'assassinat de son père, député menchevik, par les Bolcheviks ; puis Odessa où sa mère allait retrouver une partie de l'intelligentsia russe en exil - Bounine, qui l'aidera, et surtout Nina Berberova, dont elle partagera l'exil. Devenues de grandes amies, elles émigrent près de Berlin, là où vivait une grande colonie d'artistes et d'intellectuels russes, parmi lesquels notamment Maxime Gorki.
Kokochkin fréquente alors un lycée allemand à Templin, dont on peut admirer au passage la pédagogie progressiste, et plus tard l'Institut de biologie de Berlin. C'est alors que l'arrivée des nazis l'oblige à fuir une fois de plus et il se réfugie provisoirement à Prague. Il parvient quatre ans plus tard à gagner les États-Unis tandis que sa mère, qui n'est pas juive, vit à Paris, comme Nina Berberova.
Cette double fuite au péril de sa vie devant les deux régimes totalitaires les plus sanglants du XXe siècle, évoquée dans l'atmosphère faussement rassurante du grand paquebot, donne à ce roman une profondeur légère qui est la marque du grand écrivain qu'est H. J. Schädlich.
Hans Joachim Schädlich est né en 1935 à Reichenbach dans l'ancienne Allemagne de l'est. Il a fait ses études à Berlin et à Leipzig, a travaillé à l'académie des Sciences de la RDA. Il commence à publier des textes littéraires bientôt interdits par la censure. En 1976, il est gravement inquiété pour avoir défendu Wolf Biermann. En 1977 paraît à l'Ouest chez Rowohlt Verlag Versuche Nähe qui enthousiasme la critique. Il passe alors à l'Ouest où il devient l'un des plus importants écrivains actuel.Il est d'ailleurs couvert de prix dont les plus prestigieux : Heinrich Böll-Preis, Hans-Sahl-Preis, Kleist-Preis, Schiller-Gedächtnis-Preis... Ne citons que ses livres qui ont été traduits en français : Le Coupeur de mots (Flammarion, 1998), Berlin est et autres récits (Gallimard, 1990), Donne-lui la parole : Vie et mort du poète Ésope (Editions Jacqueline Chambon, 2002).
- Alors ? Décidé ? demanda Fiodor Kokochkin, un homme grand, maigre, aux cheveux blancs. Jakub Hlaváček, plus jeune, plus petit et bien en chair, secoua la tête.
Ils étaient dans le hall de l'hôtel Bogota à Berlin, c'était le 7 septembre 2005, un mercredi après-midi.
- Asseyons-nous, dit Kokochkin. Il fit signe à un serveur et demanda : Vous aussi, Jakub ?
- Oui.
- Deux thés russes. Avec des Warenije.
Hlaváček dit : Après notre voyage, j'ai besoin de calme.
- Nous pourrions aller pêcher le brochet.
- À Boston ?
- Tout près. À Studená près de Telč, en Moravie.
- Il faut que je rentre.
- Cher ami, dit Kokochkin, je vous comprends. Je suis comme vous. Je regrette que nous devions nous quitter. Sans vous, je n'aurais pas pu entreprendre ce voyage.
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