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Auteur : Isaure avec Bertrand Ferrier
Date de saisie : 02/02/2012
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 16.50 € / 108.23 F
ISBN : 9782246789314
GENCOD : 9782246789314
Sorti le : 18/01/2012
«Ce livre raconte comment je suis devenue votre ombre. Celle qui effleure la surface des objets et rend présentable l'inavouable. Celle qui ouvre les tiroirs, connaît l'envers de vos vies mais file, discrète, à la fin de la journée. Celle qui ne parle pas, prend son chèque et vous remercie.»
A trente ans, Isaure, fatiguée de l'université, renonce à soutenir sa thèse en Sorbonne. Par goût du propre, elle devient femme de ménage et découvre l'envers du décor. Un an plus tard, elle raconte.
Le résultat : un récit cruel et drôle, garanti 100 % authentique, qui décrit par petites touches la «vraie vie» de «vraies gens», des quartiers bobos aux zones dites sensibles. Sa justesse de ton et l'originalité de son auteur en font à la fois un document émouvant, un témoignage exceptionnel et un étonnant texte littéraire.
Isaure a 30 ans. Elle est bac + 5 et femme de ménage professionnelle.
On devient femme de ménage (ou viabilisatrice d'espaces intérieurs, ou dompteuse d'aléas du quotidien, comme on veut) pour les mêmes raisons que l'on cherche à devenir vedette :
* les horaires,
* les fréquentations,
* les tarifs.
Les horaires, d'abord. Je ne veux pas travailler tôt le matin (tôt incluant en fait tout le matin, ou au moins jusqu'à onze heures, départ de chez moi). J'ai constaté ou décidé, je ne sais plus, que je ne dormais bien qu'au moment où le jour commence à poindre. Me lever à six ou sept heures, qui plus est pour aller travailler, n'est donc pas une option.
Les fréquentations, ensuite. Ou plutôt, les non-fréquentations.
Je ne veux pas de collègues de bureau. Pas de copines de boulot. Ça m'horripile.
Pas de complicité de circonstance.
Pas d'esprit d'équipe.
Pas d'intrigues de couloir.
Pas de confidences impudiques.
Pas de récits de divorces qui n'en finissent pas ou de narrations de soirées éthyliques dont j'oublie aussitôt qui est qui, qui a vomi sur qui, et pourquoi on me saoule avec cette histoire.
Pas de rendez-vous hors boulot avec des gens qui n'ont, en guise de dénominateur commun avec moi, que le fait d'être salariés d'une même boîte.
Non, je ne veux pas être l'amie de mes collègues sur Facebook. Non, je ne sais pas ce que David a dit à Yaël pour gâcher la bar-mitsva du petit, et surtout je n'en ai rien à soukousser. Je ne veux pas d'affinités imposées par les hasards du marché de l'emploi. Dans une société où les chougneurs passent leur temps à expliquer que l'on manque de lien social, je n'ai qu'une chose à dire : «Lâchez-moi la grappe ! Après l'heure du boulot, c'est plus l'heure du boulot !»
Les tarifs, enfin. Si l'on regarde ce qu'une femme de ménage indépendante est censée gagner par heure, on s'aperçoit qu'elle est mieux payée qu'une secrétaire médicale salariée. Presque aussi mieux qu'un coupé sport allemand est mieux qu'une voiture chinoise, par exemple.
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