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Dans une ville nord-américaine d'un avenir pas si lointain se prépare un grand sommet économique que le journaliste-militant Nuovo Kahid est chargé de couvrir. Quand l'économie va, tout va, dit-on. Mais les pornoputes disparaissent, les autorités se durcissent, les clochards claquent des dents et la ville tombe en ruine. Par-dessus le marché, une comète fonce sur la terre. Avait-on vraiment besoin de ce caillou sidéral pour annoncer sans crainte de se tromper que la première heure de la fin du monde avait déjà sonné ?
Polar noir d'une écriture sèche comme des rafales d'automatiques, ZIPPO est le roman de la nouvelle gauche québécoise, une gauche ouverte sur le monde, informée, informatisée et peu encline au romantique. Mais... La désillusion parcourt les pages de ce livre comme un indicateur de civilisation alarmant.
Car les protestataires prennent de l'âge et redoutent ce moment où, vaincus, ils devront rentrer dans le rang pour rejoindre leurs aînés, ces vautours qui se sont engraissés sur le cadavre du monde.
«Tous gestes, toutes paroles, toutes libres pensées doivent être portées et saluées. Toujours. En tout temps.»
Mathieu Blais et Joël Casseus
Les courts extraits de livres : 30/01/2012
UN MILLIARD DE COUPS DE MATRAQUES AVANT L'IMPACT
L'incision était parfaite, vive malgré les années. Coulée dans un asphalte vieilli et mal entretenu, Villanueva la portait comme on arbore une vieille cicatrice. Elle imprimait à la ville une symétrie de borgne. D'est en ouest, de haut en bas, elle traversait tous les quartiers, s'étendait jusqu'au Canal. L'ancien boulevard industriel McCarthy était comme l'empreinte à la division de la meute. D'un côté comme de l'autre, on retrouvait pourtant les mêmes afflictions. Succession de bâtisses en ruine, sans nom, et d'usines désaffectées. Cris sans engagement et pauvreté invisible. Malédiction.
La petite s'y était accoutumée. Habituée au Quartier du Port avec sa faune et sa flore. Elle appréciait le silence qui y bourdonnait. Elle aimait les bâtiments vides et creux qu'elle revoyait tous les jours comme les ossements d'autant de monstres anciens. Elle respectait les herbes folles qui se frayaient un chemin entre les dalles de béton du viaduc. Matin et soir, elle préférait marcher dans son ombre plutôt que de somnoler dans le 55. Elle longeait le boulevard pour se rendre à son travail. Mis à part le (...)