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Auteur : Marie-Pierre Rey
Date de saisie : 26/03/2012
Genre : Histoire
Editeur : Flammarion, Paris, France
Collection : Au fil de l'histoire
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-08-122832-0
GENCOD : 9782081228320
Sorti le : 25/01/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Marie-Pierre Rey, ancienne élève de l'ENS, historienne, professeur en Sorbonne, spécialiste de la Russie et de l'Union soviétique.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La campagne de Russie, revisitée en privilégiant sa dimension humaine, à partir de sources françaises et russes, émanant de combattants et de civils.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
La citation d'un survivant : "Nous connûmes par expérience, les dernières extrémités que l'espèce humaine peut endurer."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Forcément L'ouverture 1812 de Tchaïkovski !
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Mon approche : sans négliger les grandes figures (Napoléon, Koutouzov, Ney, Murat...), j'ai voulu donner la parole aux combattants anonymes, aux sans grade et aux civils qui, confrontés à cet épisode hors norme de l'histoire du XIXème siècle, ont laissé des témoignages (lettres, journaux intimes, mémoires) aussi précieux que bouleversants.
«Notre division était anéantie ; ne pouvant avancer par la route, je passais par les champs où s'entassaient derrière moi des hommes et des chevaux blessés et mutilés, dans un état des plus horribles. Décrire ces horreurs est au-dessus de mes forces.» Sous la plume du lieutenant Andreev, qui en 1812 combattait, tout jeune homme, dans les rangs de l'armée russe, l'atroce bataille de la Moskova se dérobe. Comment saisir ce que fut la campagne de Russie pour ceux qui la vécurent ?
Proposer pour la première fois une histoire humaine, totale, de la guerre qui opposa l'Empire français à l'Empire russe, en s'appuyant sur des sources jusque-là négligées et des matériaux d'archives inexplorés : tel est l'objet de ce livre. Les sans-grade, civils ou simples soldats, y tiennent le même rang que les héros de guerre ; la voix du peuple russe s'y mêle à celle des grognards de la Grande Armée, pour éclairer d'un jour nouveau l'affrontement des deux géants qui déchira l'Europe.
Marie-Pierre Rey, professeur d'histoire russe et soviétique à l'université Paris I-Sorbonne, est l'auteur d'une biographie d'Alexandre Ier (Flammarion, 2009) traduite en plusieurs longues.
C'est tout l'intérêt du grand livre de Marie-Pierre Rey que de faire tenir ensemble la description des horreurs inouïes de cette guerre - les milliers de morts, les cruels traitements infligés aux prisonniers des deux camps, les scènes atroces de cannibalisme - et l'incertitude de son issue. Du côté de Napoléon, l'espoir toujours entretenu de provoquer, enfin, l'affrontement décisif empêche de voir le caractère critique de la situation. Les faux-semblants de victoire - Smolensk, Borodino -, la superbe assurance du chef de guerre continuant souverainement d'administrer son Empire - comme ce décret portant organisation de la Comédie-Française, arrêté à Moscou et, en fait, signé, antidaté, à Paris - ne font que donner le change.
Au final moins de 20% des combattants reverront leurs familles. Si l'on ajoute les prisonniers, les pertes civiles et les morts ennemies, c'est près d'un million de personnes au total qui seront englouties dans l'hiver russe. Sans s'attarder sur ces macabres décombres, c'est cette histoire «humaine» qu'a choisi de privilégier l'historienne Marie-Pierre Rey ; en redonnant la parole aux simples soldats des deux armées. On suit donc les combattants dans leurs doutes, leurs souffrances, leur abnégation.
Pourquoi est-il allé dans cette galère ? Lorsque Napoléon s'engage en Russie à la tête de la Grande Armée, quelques-uns veulent croire à ce projet téméraire et aléatoire. On n'y voit pas encore la tragédie se dessiner. Pour cela il faut replonger dans l'histoire, les témoignages, les textes, dans cette année 1812 pleine de fracas et de tourments. C'est l'entreprise de Marie-Pierre Rey. Dans ce récit précis, efficace, elle relate l'aventure qui tourne au désastre.
Cette histoire se veut nouvelle parce que l'historienne, spécialiste bien connue de la Russie, cherche à rendre compte de tous les points de vue, non seulement français et russe, mais aussi des civils comme des combattants et, parmi ces derniers, des participants de tous grades aux diverses séquences de la confrontation. Nourri de nombreuses sources - mémoires, témoignages, affiches, dessins... - le récit, très informé, devient, par la force des choses, de plus en plus poignant.
VEILLÉE D'ARMES
En juin 1807, dix-huit mois après la cinglante défaite d'Austerlitz et quelques jours seulement après l'humiliant désastre de Friedland, Alexandre Ier est convaincu qu'il lui faut désormais négocier avec l'empereur des Français une paix honorable. Le conflit qui depuis 1805 oppose la Russie, membre de la troisième puis de la quatrième coalition, à la France napoléonienne, s'est révélé coûteux sur le plan humain comme sur le plan économique et financier. Rien d'avantageux n'en est sorti. À l'heure où l'armée russe, exsangue, panse ses plaies, le tsar tente de trouver une issue à la crise.
Scellée dans la seconde moitié du mois de juin, lors des entretiens qui ont réuni Napoléon et Alexandre Ier, puis signée début juillet, la paix de Tilsit paraît entériner un accord solide, fondé sur des intérêts communs. En réalité, la réconciliation entre le vainqueur et le vaincu n'est qu'apparente : entre 1807 et 1812, on assiste à une lente et continue dégradation des relations franco-russes, prélude à l'affrontement militaire, géopolitique et messianique à venir entre deux hommes d'État aux personnalités et aux valeurs en tous points opposés.
Le lent divorce franco-russe
Venu en vaincu à Tilsit, Alexandre Ier s'est vu offrir par Napoléon, soucieux d'associer le tsar à sa lutte contre la perfide Albion, une paix généreuse. Pour l'empereur des Français, l'ennemi, c'est l'Angleterre ; le conflit armé qui a opposé la France à la Russie aurait pu être évité car il n'était en rien fondé. A la veille de la bataille d'Austerlitz, le 30 novembre 1805, Napoléon écrivait ainsi à Talleyrand, alors son ministre des Relations extérieures : «Il y aura probablement demain une bataille fort sérieuse avec les Russes ; j'ai beaucoup fait pour l'éviter, car c'est du sang répandu inutilement. J'ai eu une correspondance avec l'empereur de Russie : tout ce qui m'en est resté, c'est que c'est un brave et digne homme mené par ses entours, qui sont vendus aux Anglais.»
Alexandre Ier, lui, porte un regard beaucoup plus critique sur Napoléon. Certes, à son accession au trône en mars 1801, le jeune tsar élevé dans le culte des Lumières par son précepteur Frédéric-César de La Harpe, un Suisse républicain, s'est montré attentiste vis-à-vis de la France napoléonienne. Mais la proclamation du consulat à vie puis de l'Empire et l'intérêt croissant de Napoléon pour un Empire ottoman que la Russie considère comme une de ses zones naturelles d'influence l'irritent. Plus encore, en mars 1804, l'enlèvement du duc d'Enghien en pays de Bade, territoire neutre de l'Empire allemand cher à la famille du tsar puisque l'épouse d'Alexandre, Elisabeth, est née Louise de Bade, a achevé de convaincre Alexandre Ier de la dangerosité du pouvoir napoléonien et de la nécessité de lui faire militairement obstacle. Toutefois les succès escomptés n'ont pas été au rendez-vous et les défaites cuisantes qui se sont succédé ont contraint le tsar à prendre le chemin de Tilsit.
À l'issue des négociations, l'Empire russe n'est pas affaibli territorialement. Tout au plus les troupes russes, engagées dans une guerre contre l'Empire ottoman allié de la France, doivent-elles évacuer les provinces de Moldavie et de Valachie qu'elles occupent alors ; en outre, même si la Prusse est sortie amputée du conflit, Alexandre Ier a réussi à sauver l'existence même de l'État prussien, son allié depuis 1802 ; enfin, il a obtenu de l'empereur des Français un blanc-seing concernant une possible annexion de la Finlande, alors rattachée à la Suède.
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