Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Frédéric Boyer
Date de saisie : 27/04/2012
Genre : Littérature, essais
Editeur : POL, Paris, France
Collection : Essais
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 9782818015001
GENCOD : 9782818015001
Sorti le : 02/02/2012
Il est possible que la naissance de ce qu'on appellera le christianisme soit comparable à l'apparition du rock'n'roll. J'imagine que le langage chrétien naissant fut de cet ordre. Il a en partie fabriqué et inventé une nouvelle culture à partir de vieux accords. Il mimait, il empruntait, il détournait. Il revendiquait les figures prophétiques, messianiques de la tradition, il reprenait les écritures de la vieille religion, mais avec des raccords vertigineux, et dans des histoires de zombies, de traîtres, d'apostats, de femmes réprouvées et de prophètes itinérants, aux marges du Temple et de Jérusalem.
Il vient de faire paraître Sexy Lamb (sous-titre : De la séduction, de la révolution et des transformations chrétiennes), recueil de textes écrits au cours des dix dernières années où cet homme à la douceur inquiète questionne son rapport au christianisme : "J'ai toujours eu, dit-il, du mal à m'expliquer là-dessus." Aussi allergique au discours doctrinaire en ce domaine qu'en matière de langue et de traduction, il imagine dans Sexy Lamb des manières différentes, décalées, d'évoquer le religieux, comme lorsqu'il compare le surgissement du christianisme à celui du rock'n'roll. Surtout, il y développe sa vision de la chrétienté comme "immense texte", "investissement narratif permanent".
Dans cet essai engagé et flamboyant, l'auteur travaille à briser l'écorce d'une foi trop - autant que mal - connue, pour lui redonner son caractère vif et inquiétant. La tâche est titanesque, mais elle n'a paradoxalement besoin que de la fièvre d'un seul homme pour commencer à s'accomplir...
Le pari de Frédéric Boyer sera de raconter le christianisme «autrement», «à partir de l'énergie de ses images, de son langage et de ses contradictions qui lui ont servi à transgresser, à passer outre, à se métamorphoser». Pour envisager le présent et l'avenir, il faudra revenir aux origines. Non pour reconquérir une essence chrétienne inaltérée, mais pour retrouver le «muscle» chrétien tel qu'il a fonctionné au commencement et lui rendre sa tonicité...
S'attardant sur l'histoire des textes, Frédéric Boyer, qui a dirigé la traduction de la Bible Bayard, s'intéresse de près à l'aventure littéraire qui s'ouvre avec le christianisme, «machine narrative sans précédent», qui recompose des formes et des écritures anciennes ou propres à la culture littéraire gréco-romaine environnante.
Être chrétien, en ces temps, ne devrait être possible qu'en revisitant tout de fond en comble. En contestant l'héritage. En s'opposant à ce qui nous est donné de croire. Se souvenir que nous sommes comme des agneaux envoyés au milieu des loups. Mais reconnaître que nous sommes aussi devenus des loups en hurlant avec eux. Croire ne devrait jamais signifier que je me mette dans l'état d'esprit où je suppose qu'une chose que je tiens pour impossible peut arriver. Mais plutôt exiger d'opposer à l'impossible tout le réel comme contradiction. De toute évidence, croire ne peut être possible qu'en acceptant les coups, les épreuves qui nous conduisent au bord le plus vacillant de l'existence. On ne peut croire qu'en deux idées contraires, ou en de multiples oppositions, à moins de figer la vie. Je me suis souvent interrogé sur ma fascination pour le christianisme et ma proximité tourmentée faite autant d'admiration que d'interrogation et parfois de dégoût. Je ne m'en suis encore jamais séparé même si je suis incapable d'affirmer comme identité ma chrétienté, ou une affiliation quelconque que je ferais mienne. Que posséderait-on se disant chrétien ? D'une certaine façon, la situation est en moi inextricable. Et pourquoi vouloir la changer ? Choses aimées. Poésie rapide oubliée qui remonte soudain à la surface et me prend à la gorge. Je ne sais pas. Me sens comme un mur pas droit. Une haie défaite. Je veille sans comprendre. Ai lu Hopkins récemment. Ai pensé à ses années de noviciat quand ses frères jésuites pour tuer le temps lui racontaient des histoires d'apparitions et de fantômes dans la lande victorienne. Lui qui disait préférer Duns Scot à douze Hegel. Rêver aux fées malicieuses et morbides abandonnées sur les noirs chemins boueux de la campagne anglaise, et que lui confessaient avoir vues certaines femmes seules ou certains hommes désoeuvrés. Il y en a toujours tant. Est-ce que la vie pèse exactement le poids de nos existences ? Non. Souvent infiniment moins. Est-ce que chaque chose a un sens ? Non. Codes foireux. Le sens caché de l'existence (s'il y en a forcément un) m'échappe toujours. Avec nécessité immédiate de trouver des ailes sous l'ombre desquelles j'attends que la catastrophe passe.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia