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Et pour ne plus l'aimer cent fois j'ai combattu chacune et chacun d'entre nous.
J'ai cherché des sujets au-delà de la terre et dans des pays inconnus à leurs habitants, des déserts que le ciel refuse d'éclairer.
Ouvre les yeux.
Quelqu'un m'attend dans ces lieux, dans ces temps.
C'est dans ma tête.
Avec les gestes oubliés.
La revue de presse Odile Quirot - Le Nouvel Observateur du 8 mars 2012
Il imagine une Phèdre contemporaine, éprise de son beau-fils, hantée par ses avatars mythiques, sous le soleil implacable de la Grèce, loin des ors du siècle racinien. On pense au «Médée matériau» de Heiner Müller, mais là où le dramaturge allemand inscrivait sa démarche dans le naufrage et l'ironie de l'Histoire, celle de Boyer est post-dramatique et poétique.
Les courts extraits de livres : 11/05/2012
Phèdre, seule.
PHÈDRE
Ma tête, c'est ma tête. C'est bien ma tête. Tu vois.
Autrefois je la drapais d'un châle bleu. Toi aussi tu es dans ma tête. Depuis toujours.
Oui, toi là. Tu es dans les petits rêves sanglants qu'a toujours faits ma tête.
Et mes yeux. Et mes joues. Mes lèvres comme ça. Oui.
Ça ne te rappelle rien ?
Dans ma tête il y a des histoires mortes pleines de vie.
Sur mes lèvres des baisers qui tuent.
Dans mes yeux tout est possible.
Tu vois dans mes yeux, dis ?
Tu es dans mes yeux. Tu es sur mes lèvres.
Et mes seins. Ce sont mes deux seins. Un et deux. Mes seins sont un nuage.
Mes mains. Mes deux mains comme deux diamants. Avec des ongles historiques. Elles peuvent couper le verre, couper un coeur, trancher la gorge.
Mes mains rêvent d'épées et de revolvers.
Mes deux mains frappent à la porte. Tu les entends ?
Elles peuvent briller comme des bijoux qui vous aveuglent.
Tu as peur ?
C'est parce que je suis presque noire.
Noire comme les reines d'autrefois.
Noire comme les reines d Afrique, de Gaza, de Carthage, de Babylone.
Les petites reines de quartiers féroces, de provinces pourries. Les petites reines des ports, des gares, des entrepôts.