Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Dominique Delahaye
Préface : Jean-Bernard Pouy
Date de saisie : 13/02/2012
Genre : Policiers
Editeur : Rue du départ, Le Havre, Seine-Maritime
Collection : Voyage noir
Prix : 8.00 € / 52.48 F
ISBN : 979-10-90565-00-5
GENCOD : 9791090565005
Sorti le : 16/06/2011
Dans sa préface au roman de Dominique Delahaye, Jean-Bernard Pouy y souligne avec envie et malice les multiples qualités de cet «homme pressé» (membre très actif, entre autres, de l'association des Ancres Noires du Havre). Un de ces individus habiles en tout et capables de se diversifier. Un trait de caractère dont certains personnages de «Pile & Face» sont dotés alors que d'autres ne savent même pas piloter une péniche. C'est ainsi que Samuel prend son mal en patience dans un chantier naval des bords de la Meuse, attendant de récupérer la sienne, en bon état. Batelier autoproclamé, cet homme désormais sans attache ne veut plus entendre parler de son passé. Toujours prêt à pousser le bouchon un peu plus loin, l'admirateur de Jackass, passé du trafic de voitures volées au braquage, a en effet décidé de fuir ses comparses en emportant le butin. Dans cette ambiance de chantier aussi vivante que présente, Nico quant à lui est un ouvrier à part. Arrivé depuis peu, affichant claire ment son attitude «de passage», il se maintient à l'écart des autres tandis que sa rencontre avec une pétillante jeune femme ne semble pas une amarre suffisante pour devoir le retenir dans les parages. Après tout «Les chiens sont beaucoup plus raisonnables que nous. Ils se reniflent le trou du cul sans se sentir forcés de partager leur gamelle. C'est pas parce qu'on baise ensemble qu'il faut se croire tout permis.»
De ces deux personnages en transit, l'auteur nous livre certains éléments de leur parcours à la manière de portraits croisés. Et si leurs dissemblances les opposent telles les faces d'une même pièce, leur présence sur les bords de la Meuse ne doit rien au hasard, ce qui finalement achève de les unir. Fatalement. Savourant un épilogue bien entretenu au fil de métaphores et de réflexions mordantes, nous n'avons plus qu'à nous ranger à l'avis de Jean-Bernard Pouy et s'avouer «admiratif des écrits du bonhomme».
1) Qui êtes-vous ? !
Cela n'a d'importance que pour mes proches.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le hasard et la nécessité
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
La terre du chantier, qui en a vu d'autres, avale le sang épais qui noircit entre les herbes folles et les chutes de métal. La terre finit par tout ingurgiter. À la réflexion je pense qu'il y a sûrement des limites.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Love is a losing game d'Amy Winehouse
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La joie d'être vivant, malgré tout.
Sur les bords de la Meuse, des bateaux, le ventre ouvert, en attente d'une chirurgie réparatrice, la sueur des hommes et la plainte métallique des tôles contraintes à l'obéissance.
Au milieu des coques blessées, deux vies à peine forgées et déjà laminées, des rêves rongés, un rendez-vous manqué.
Un drôle de chantier !
C'est le raclement métallique qui me réveille. Je me dresse sur les coudes avant de réaliser où je suis. La flemme et une vague gueule de bois m'écrasent sur le matelas un peu moite. Je lâche un long soupir en forme de vaine protestation. Les types du chantier embauchent de bonne heure. Dans quelques minutes, l'odeur lourde de la soudure envahira à nouveau le bateau, avec cette fumée grise et acre qui monte des fonds.
A travers le petit hublot rond, du bleu. Un été inespéré sur la Meuse. J'attrape mon paquet de cigarettes sur la table de nuit, remonte mon oreiller contre la cloison pour m'asseoir confortablement dans le lit et je passe vigoureusement ma main dans mes cheveux emmêlés. La première bouffée est toujours la meilleure. Elle fait légèrement tourner la tête et remet les idées en place, l'impression de faire la mise au point sur un appareil reflex.
Je cale ma nuque dans la plume, je regarde les lattes du lambris synthétique blanc qui gondolent un peu et l'abominable lustre en fer forgé qui pendouille au plafond. Louka m'avait expliqué comment il avait refait à neuf le logement, conservant certains vieux aménagements en acajou, en laiton ou en bronze qui dataient de la construction du bateau dans les années cinquante et remplaçant ce qui était abîmé par du plastique et du formica faits pour durer. La cohabitation des deux n'est pas du meilleur goût et rien n'a changé depuis, mais je m'en accommode tant que l'aménagement de la cale n'est pas terminé.
Si on parle chiffres, la partie habitable à l'arrière du bateau est plus petite que le studio que mes parents louaient pour mes études à Paris, mais il faut reconnaître que l'expérience de générations de mariniers et l'ingéniosité du découpage de l'espace rendent le truc presque vivable. Une chambre, un coin toilette avec une douche, une cuisine et la salle à manger en vingt mètres carrés. Le quotidien des bateliers qui vivaient à quatre là-dedans pendant les congés scolaires, avec leurs deux enfants qui rejoignaient le bord.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia