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Auteur : Claude Simon
Préface : Patrick Longuet
Date de saisie : 27/04/2012
Genre : Littérature, essais
Editeur : Minuit, Paris, France
Prix : 13.50 € / 88.55 F
ISBN : 978-2-7073-2221-0
GENCOD : 9782707322210
Sorti le : 02/02/2012
Les quatre conférences réunies dans ce livre, prononcées entre 1980 et 1993, sont ainsi des réécritures ultimes et marquent le point le plus abouti de considérations toujours très réfléchies à partir de quatre objets : La Recherche du temps perdu, la mémoire, la poétique et l'écriture. Entre elles, de nombreux échos ou des références récurrentes font choeur, assez pour faire entendre que leur auteur ne séparait pas des préoccupations que l'exercice de la conférence oblige à dissocier.
P. L.
Les Éditions de Minuit ont eu l'excellente idée de rassembler des « causeries » tenues par Claude Simon en 1980, 1982, 1989 et 1993. Patrick Longuet en a établi l'édition. L'écrivain prix Nobel, décédé en 2005, n'avait jamais cessé de penser son travail d'écriture. Non pas à la façon d'un théoricien, tel Alain Robbe-Grillet assignant à l'oeuvre une fonction démonstrative et illustrative. Mais à la manière plus modeste d'un praticien affronté à des questions narratives concrètes. On se rappelle la réponse qu'il fit à des interlocuteurs déconcertés lorsque, pendant un voyage en URSS, en 1987, il fut interrogé sur les principaux problèmes qui le préoccupaient : « Le premier : commencer une phrase ; le deuxième : la continuer ; le troisième enfin : la terminer. » L'apparente provocation renvoyait à l'essence de l'activité romancière, l'empoignade au quotidien avec la langue. Mais avec la conviction, maintes fois affirmée, que du sens nécessairement en surgissait.
Dans quatre textes demeurés inédits, le grand écrivain scrute les difficultés et les enjeux de la fiction, s'appuyant sur les oeuvres de Marcel Proust et de Gustave Flaubert. Depuis la mort de Claude Simon en 2005, le retentissement de son oeuvre est de plus en plus grand, et les dernières décennies ont mieux dégagé la complexité foisonnante de ses fictions. Réunies ici, les quatre conférences qu'il donna entre 1980 et 1993 permettent de suivre son travail littéraire à travers d'autres univers romanesques.
C'est un livre qui s'adresse à tous les passionnés de l'oeuvre de Claude Simon (1913-2005), mais aussi à ceux qui, aimant la littérature, disent pourtant avoir parfois quelques difficultés à le lire. Les quatre conférences réunies ici - 1980, 1982, 1989, 1993 -, ces "causeries", comme il disait, éclairent sa méthode, son mode de narration, sa volonté d'être, constamment, au plus près de la sensation. Claude Simon, Prix Nobel de littérature 1985, était un grand lecteur, ce que tout écrivain devrait être. Et ses lectures, longuement méditées, nourrissaient son travail. Comme l'explique dans son avant-propos Patrick Longuet, qui a édité ces Quatre conférences, il a exprimé là "ce travail particulier, aussi distinct d'une théorie littéraire que d'une pensée philosophique dont il se défiait sans cesse".
C'est l'un des ouvrages les plus réjouissants et roboratifs de ce début d'année. Quatre conférences sur l'écriture et le roman, prononcées par Claude Simon (1913-2005) entre 1980 et 1993, rassemblées et annotées par Patrick Longuet aux éditions de Minuit - l'éditeur de toujours de l'écrivain. Quelle simplicité, quelle clarté, quelle profondeur !
Longtemps, on a considéré la description comme une composante secondaire de la fiction, tellement secondaire même qu'elle était tenue pour simplement décorative, inutile, importune même puisque elle interrompt le déroulement de l'action porteuse ou chargée de sens et qui, aux yeux du lecteur traditionnel, importe seule.
Par exemple, des écrivains aussi différents et opposés en apparence qu'André Breton et Henri de Montherlant proclamaient, à grand bruit, leur mépris de la description. Moins superficiel, conscient des problèmes que pose la fiction, l'essayiste russe Tynianov, à la fois prophétique et timoré, lançait en 1927 l'idée d'un système romanesque neuf où «la fable pourrait ne plus être que le prétexte à une accumulation de descriptions statiques.».
Soit donc la description suivante qui se place au cours de la relation d'un repas que le jeune Proust prend avec sa grand-mère dans la salle à manger du Grand-Hôtel de la Plage, à Balbec :
«Pour ma part, afin de garder, pour pouvoir aimer Balbec, l'idée que j'étais sur la pointe extrême de la terre, je m'efforçais de regarder plus loin, de ne voir que la mer, d'y chercher des effets décrits par Baudelaire et de ne laisser tomber mes regards sur notre table que les jours où y était servi quelque vaste poisson, monstre marin qui, au contraire des couteaux et des fourchettes, était contemporain des époques primitives où la vie commençait à affluer dans l'Océan, au temps des Cimmériens, et duquel le corps aux innombrables vertèbres, aux nerfs bleus et roses, avait été construit par la nature, mais selon un plan architectural, comme une polychrome cathédrale de la mer.»
Eh bien, tout de suite, une première constatation s'impose : c'est que loin d'être «statique» (comme l'écrit Tynianov qui est lui aussi victime du mythe expression/ représentation), cette description travaille, agit et elle illustre de façon frappante la définition qu'un autre Russe, Chklovski, donne du «fait littéraire», c'est-à-dire : «le transfert d'un objet de sa perception habituelle dans la sphère d'une nouvelle perception».
En effet, par le seul pouvoir de la langue, ce poisson bouilli posé sur un plat se trouve soudain arraché à son contexte spatial et temporel dans le monde quotidien (les couteaux, les fourchettes, que Proust désigne expressément, un déjeuner vers 1900 dans un hôtel) pour être transporté dans un cadre aux tout autres dimensions (profondeurs marines, époques primitives, commencement de la vie, concepts de construction, de nature, de plan, d'architecture, de cathédrale).
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