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.. Acouphène

Couverture du livre Acouphène

Auteur : Emmanuel Pinto

Traducteur : Laurent Cohen

Date de saisie : 04/03/2012

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 9782330002237

GENCOD : 9782330002237

Sorti le : 08/02/2012

  • Les présentations des éditeurs : 05/03/2012

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

Ancien soldat de l'armée israélienne, Pini est revenu de la première guerre du Liban avec d'insupportables sifflements dans les oreilles. Et avec un souvenir dont la véracité lui échappe : a-t-il, ou n'a-t-il pas, là-bas, tiré sur un enfant ? A-t-il tué cet enfant, dont l'image de la mort le hante et le poursuit ? Et la rencontre - aux portes du camp de Chatila puis dans la poussière du désert - avec un Jean Genêt qu'il n'identifie pas, dont il ne sait rien, et qui le prend pour un autre... Fa-t-il rêvée ? écrite ? inventée ?
Que deviennent le souvenir, la vérité, le réel dans la guerre ? Sait-on jamais ce qu'on y a vécu ?
Du théâtre des opérations aux bras de la mère, des rues assiégées de Beyrouth au divan de la psy, Emmanuel Pinto cherche, creuse, enquête et interroge la position du témoin - actif ou observateur. En dialogue permanent avec la parole et l'oeuvre de Jean Genet, il nous entraîne dans sa chambre obscure où se mêlent fantasme, réalité et fiction, et compose une symphonie à plusieurs voix pour un enfant défunt, celui qui repose en chacun de nous, mais plus encore chez celles et ceux qui ont à affronter la guerre et ses morts.

Né en 1962, Emmanuel Pinto est metteur en scène de théâtre, scénariste et traducteur littéraire du français vers l'hébreu, notamment des livres d'Irène Némirovsky.

Acouphène est son deuxième roman, le premier traduit en français.



  • La revue de presse Nicolas Weill - Le Monde du 1er mars 2012

Une rencontre entre ennemis capables d'abolir, ne fût-ce qu'une fraction de seconde, l'inimitié, voilà de quoi rêve sans naïveté Emmanuel Pinto, écrivain israélien, metteur en scène et traducteur de l'hébreu au français...
L'acouphène matérialise surtout la mémoire douloureuse et persistante du massacre de Sabra et Chatila, perpétré le 18 septembre 1982 par les phalangistes chrétiens sans que les forces d'invasion israéliennes présentes alors à Beyrouth interviennent...
Pratiquant le brouillage des pistes, avec une once de grandiloquence, ces pages sont faites pour ébranler les certitudes. Ni apologie ni demande de pardon, elles ne plaident pas non plus pour une fraternisation sur le champ de bataille. Elles ne plaident pour rien d'ailleurs, sinon pour une accolade dans ce que tous peuvent partager : la souffrance.


  • Les courts extraits de livres : 07/02/2012

Je suis mort au seuil de Beyrouth. Au seuil de Beyrouth. La chose s'est produite soudainement, et pourtant, j'y étais préparé, depuis quelques jours déjà, je savais que mon âme s'apprêtait à l'effondrement. Mon corps, qui s'était considérablement affaibli durant ces jours-là, se préparait, lui aussi, il se protégeait du dedans, s'affermissait, comme s'il savait que, du faix de l'esprit, quelqu'un devrait se charger. En une subtile combinaison mécanique - l'âme fléchissant, le corps s'appuyant sur ses dernières forces -, j'ai senti comment la maladie prenait place en moi, s'accrochait aux éraflures, aux blessures, sécrétait une bave purulente, et obstruait le moindre passage vers la lumière. Peu à peu, j'ai cessé d'entendre le sifflement des balles et les cris des blessés, je n'ai plus rien vu des grimaces de nos commandants, ni des petites rides de joie qui apparaissent autour des yeux de mes camarades, lorsqu'ils rient d'avoir atteint leur cible, ni de la danse tordue des membres de ceux qui sont fauchés.

Des deux côtés, la même danse, les mêmes mouvements. Les morts, fussent-ils des ennemis, ne peuvent pas s'empêcher d'exécuter les mêmes injonctions chorégraphiques inscrites en nous tous. Parfois, dans un duo qui leur est imposé, deux quasi-trépassés se font face, et ils accomplissent, en un jeu de miroir, des mouvements identiques, précis. Puis les corps s'immobilisent, comme s'ils étaient au pied d'un mur invisible, ils se recroquevillent autour de la plaie béante, et c'est en jets cadencés que leur sang coule (et maintenant, la musique fait son entrée : ta-ta-ta-ti-ra-ta, ta-ta-ta-ti-ra-ta...). L'arme leur échappe des mains - et pendant la même fraction de seconde, dans une coordination digne de frères jumeaux, ils éprouvent une fatigue singulière, une lassitude, leur visage s'adoucit, prend un air ahuri, les os cèdent autour de la plaie, vers laquelle ils portent une main débile, pour toucher, pour savoir, est-ce lui ? est-ce moi ? Leurs jambes lâchent, mais non pas à cause d'une pierre ou d'un repli du terrain. Ils se transforment en obstacle pour eux-mêmes. A présent, comme une naissance, quand un corps se comprime et tente d'échapper à un autre corps parce qu'il s'y trouve à l'étroit - à présent, leur âme aussi va s'en aller, en un fff sibilant, en une ultime expiration. N'y aura-t-il vraiment plus le moindre souffle, après ça ? Cette chose étrange était-elle seulement possible ? Leurs yeux commencent à cligner, comme dans l'écarquillement qui vient au plus haut de l'orgasme, puis ils se ferment tout à fait. C'est alors que s'affranchissent les deux âmes : elles observent les corps qui effectuent un dernier atterrissage, exécutent une sorte de révérence puis s'enchevêtrent et planent au-dessus d'eux. Les voici piégées l'une par l'autre, condamnées à exécuter la même suite de mouvements, encore et encore, sans savoir qui est qui.


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