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.. De la beauté

Couverture du livre De la beauté

Auteur : Georges Molinié

Date de saisie : 07/02/2012

Genre : Philosophie

Editeur : Hermann, Paris, France

Collection : Le Bel aujourd'hui

Prix : 34.02 € / 223.16 F

ISBN : 9782705682378

GENCOD : 9782705682378

Sorti le : 17/02/2012

  • Les présentations des éditeurs : 07/02/2012

Cet essai tente de nouer plusieurs facettes de ce que pourrait être une herméneutique matérialiste, en prenant de la distance à la fois avec les divers effondrements du XXe siècle et avec les apories du début du XXIe.

Il s'agit donc d'une réflexion sur la signification, en sémiotique générale de la culture et des arts, sur le langage - réel - manifestation sensible. C'est aussi une approche rhétorique et dynamique de l'humain, et plus particulièrement, du résiduel humain.

Les thèmes abordés sont les figures du désir, avec l'hypothèse centrale de la sexualisation du langage, du significatif et de l'éthique ; sexualisation emblématisée dans l'ensemble des empiries que les occidentaux catégorisent, de manière bien trop essentialiste, comme le ressentiment de l'art.

Peut-on alors taire émerger la notion de style et de beauté de la langue :

Georges Molinié est professeur de rhétorique, stylistique et sémiotique à l'université Paris-Sorbonne. Il a été in vite à des interventions scientifiques dans de nombreuses universités d'Europe, d'Amérique du Nord, d'Afrique du Nord, du Proche et du Moyen Orient. Il est l'auteur d'une dizaine de livres, certains traduits en plusieurs langues.


  • Les courts extraits de livres : 07/02/2012

Le sexuel

La thèse que je soutiens est à la fois simple et complexe, paradoxale et nécessaire. Elle s'oppose à une pensée dominante, explicite ou implicite, de la doxa occidentale, tout en s'insérant dans un réseau anti-doxique parfaitement et brillamment repérable : ce n'est pas l'un des moindres paradoxes de la situation.
Première proposition, concernant le régime d'art. Le test empirique phénoménal le plus dirimant de l'artistisation, de toute artistisation, y compris donc la littérarisation, y compris donc de textualités comme celles de Bossuet ou de Pascal, voire comme celles d'Antelme ou de Charlotte Delbo, c'est la sensation de jouissance. Sensation comme sensation, emportant en une fusion inextricable ressentiment intellectuel et réaction morale ; ou plutôt dépassant ressentiment intellectuel et balayant toute réaction morale ; ou plutôt intégrant ressentiment intellectuel et réaction morale à l'intérieur d'une sensation qui à la fois exalte tous les paramètres de la saisie laborieuse et commune de l'univers socio-mondain et en fait sentir existentiellement le vécu.
Bien sûr, c'est graduel, c'est fragile, c'est instable, c'est intermittent, ce n'est que discontinument partageable. Mais cela arrive; il se produit des effets de seuil. Et justement, quand on sort de cette extase, par un retournement du mouvement, on ressent l'impression de revenir à la vie ordinaire, le charme rompu, les sens ré-enregistrant des motions séparées ; on sort d'un univers mondain qui était à côté du commun, qui lui ressemble, mais en décalé, comme en une corporéité glorieuse, inexistante en tant que sur-existante.
Bien sûr, c'est un mouvement, un dynamisme, un devenir, une aspiration, une force d'attraction, plus ou moins frémissante ou déchaînée, dormante ou active. J'ai forgé le concept de stylicité pour en délimiter l'aire d'envisagement épistémologique.
Cette sensation de jouissance s'appréhende comme mesurable à celle de la jouissance sexuelle. Je dis que c'en est le simulacre, en tant que réalité sensible. Dans la jouissance sexuelle, il n'y a pas séparabilité des sensations : on ne distingue pas le visuel, l'olfactif, l'auditif, le toucher, le goût : il y a panesthésie. Dans l'empirie esthétique vécue (le poème lu, la symphonie interprétée et entendue, la danseuse regardée, le tableau contemplé : au point d'en jouir), les sens manifestement non convoqués sont en vacance, et ne manquent point, ou sont substitués par celui qui y est emphatisé.


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