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Auteur : Jean Siccardi
Date de saisie : 08/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Calmann-Lévy, Paris, France
Collection : France de toujours et d'aujourd'hui
Prix : 19.50 € / 127.91 F
ISBN : 9782702142844
GENCOD : 9782702142844
Sorti le : 08/02/2012
Au coeur du secret le mieux gardé de nos terroirs
En Provence, Albert, un vieux paysan né de la garrigue, initie Casimir, fils de berger, à tous les secrets de la truffe. Le diamant noir aux arômes enivrants est source de toutes les passions, de toutes les jalousies, de toutes les folies au point de susciter des actes de sang.
De la symbiose de la truffe avec l'arbre à sa maturation, de sa cueillette à sa vente sur les marchés, le savoir que lui transmet le vieil homme est inestimable au point que Casimir s'interroge : Quelle faute cherche-t-il à racheter au soir de sa vie ? Que sait-il sur la mort tragique et mystérieuse de son père, lui-même chercheur de truffes ? Pourquoi le met-il en garde contre la vengeance de Gambino, un redoutable propriétaire terrien dont la fille s'est éprise de lui ?
Homme de la terre et de la montagne, auteur d'une soixantaine d'ouvrages, Jean Siccardi est considéré comme un des écrivains majeurs de la Provence. Il nous entraîne dans le monde intime des cueilleurs de truffes, les rabassiers, dont la patience à toute épreuve le dispute aux passions les plus ardentes. Un roman aux parfums capiteux, empli de toutes les saveurs de la Provence.
Un craquement, la dalle s'effrita. Les griffes de la falaise surplombaient la tête de Casimir. Il agrippa une corniche, resta collé la poitrine contre la roche puis se glissa sur une étroite saillie et s'arrêta à quelques pans d'un nid. Un tas de plumes blanches et crème, des yeux ronds terrorisés, des ailes duvetées d'or qui battaient sans s'envoler, de minuscules gypaètes barbus donnaient des coups de bec à droite, à gauche, poussaient des soupirs rauques, alertaient la mère qui déjà planait autour de la cime. Casimir sourit. Une joie furtive plissa son visage d'adolescent, tanné par le soleil et le vent. Il se recula et laissa en paix la nichée.
Un coup de reins, il se rétablit sur l'arête. Les coudes et les genoux écorchés, il exulta. Le seigneur de la Roche taillée avait encore vaincu. La vallée s'ouvrait pleinement sous ses yeux. Le pont des Tuves lançait son arche sur la Siagne gonflée par la fonte des neiges. Cette passerelle fragile reliait deux communautés bien différentes. Entre Provençaux et gens du comté, les relations n'étaient que méfiance et hostilité.
Son regard fouilla la route qui se devinait à peine. Sur la colline en face, collé à une croupe dénudée, Saint-Cabraire émergeait d'une brume de chaleur. Le clocher pointu dominait les toits de tuiles rousses et tendait sa croix vers les rayons de soleil. Les remparts surmontant des brisants de pierre se paraient d'ocre. Les maisons, accrochées les unes aux autres, glissaient vers la rivière. Casimir retint son souffle. Chaque fois qu'il posait son regard sur la majesté des cluses et la prestance des défilés, il se sentait puissant. Il passa ses doigts dans sa tignasse bouclée, écarta ses bras, avala à grandes goulées le vent. Il restait ainsi des heures entières calé sur un piédestal, prêt à combattre les nuages et l'univers.
Casimir s'octroyait un droit illimité de vagabondage et détenait un besoin inné de mouvement. En toute saison, il disparaissait des jours et des nuits durant, défiant les intempéries. Il se reposait et dormait dans les bories, se lançait des défis, forgeait sa vie d'homme. La forêt l'appelait. Le maquis déroulait son tapis de broussailles odorantes, de ronces, de noisetiers, d'amandiers. Il suivait l'ascension des étoiles, lisait les courbes de la lune, s'éveillait à la grâce des chevreuils et des biches, fredonnait avec le chant de la bartavelle et le bourdonnement des abeilles gavées de lavandin. Il bravait le silence et soulignait l'empreinte mauve de la fleur. Tout n'était qu'extase. Il s'emportait dans des courses vertigineuses, dévalait à toute vitesse les vallons. Les cailloux roulaient de plus en plus vite, bondissaient, claquaient, entraînaient d'autres pierres dans un ruissellement interminable. Il sautait par-dessus les souches et les tapis de fougères. Il éprouvait un sentiment de victoire. Papillon ou Don Quichotte, il s'enivrait de liberté.
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