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.. Les créoles à base française

Couverture du livre Les créoles à base française

Auteur : Marie-Christine Hazaël-Massieux

Date de saisie : 08/02/2012

Genre : Langues

Editeur : Ophrys, Paris, France

Collection : L'essentiel français

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 9782708013292

GENCOD : 9782708013292

Sorti le : 27/01/2012

  • Les présentations des éditeurs : 08/02/2012

Qu'entend-on par «créoles à base française» ? Il s'agit de langues dont la formation aux XVIIe-XVIIIe siècles s'enracine dans le français mais aussi dans d'autres langues, les langues des esclaves. Nées dans les contacts linguistiques, pendant les colonisations européennes, ces langues résultent donc d'interprétations et de réanalyses effectuées dans le cadre de communications essentiellement orales, en dehors de toute pression normative.

Le but de cet ouvrage est de donner un aperçu du fonctionnement d'ensemble de ces langues. Le lecteur intéressé trouvera ici une présentation synthétique, claire et concise concernant la petite dizaine de créoles à base française connus, illustrée par de nombreux exemples. De courts extraits de textes dans trois des créoles (guadeloupéen, haïtien et réunionnais) sont en outre proposés. Le lecteur découvrira que les créoles répondent à des règles précises quant à leur prononciation et à leur écriture, que leurs grammaires sont décrites et bien connues et qu'il existe des dictionnaires des créoles français. Il verra également que ces langues ont déjà donné lieu à une littérature significative et que, bien qu'ils conservent encore de nombreux traits de langues spécifiquement orales, les créoles sont utilisés dans la presse ou sur Internet. La question de l'avenir des créoles s'avère donc cruciale, aujourd'hui où seules les grandes langues (internationales et officielles) semblent avoir la possibilité de survivre.

Marie-Christine Hazaël-Massieux, professeur émérite de linguistique (Université de Provence/CNRS : Laboratoire «Parole et Langage») et spécialiste des langues créoles, a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur les créoles. On peut mentionner notamment : Écrire en créole (L'Harmattan, 1973), Les créoles : l'indispensable survie (Éditions Entente, 1999), Textes anciens en créole français de la Caraïbe : histoire et analyse (Publibook, 2005).


  • Les courts extraits de livres : 08/02/2012

Extrait de l'introduction

Sous le terme de «créoles», on désigne diverses langues, parlées dans des régions très variées du monde, nées principalement au cours des colonisations européennes qui ont eu lieu entre les XVIe et XVIIIe siècles. Il existe des créoles «à base française» comme on dit parfois, ou plus brièvement des «créoles français» (ceux qui nous intéresseront ici), mais également des créoles anglais, des créoles portugais, des créoles néerlandais, quelques créoles espagnols - bien qu'apparemment moins nombreux, sans doute pour des raisons liées aux modalités particulières de la colonisation espagnole. Ces créoles se sont développés, en raison du contact de langues entre le français des maîtres et les langues (multiples) des esclaves. Les colons arrivés aux Antilles au XVIIe siècle, ne parlaient pas la langue de la Cour, non plus que celle qui était écrite par les grands auteurs du temps. Ce français d'usage strictement oral marqué de formes régionales et populaires, repris par les esclaves qui ne devaient le saisir que de façon approximative, a alors connu une évolution accélérée. Si l'on parle encore longtemps de «français» (français des îles, français corrompu, etc. voir chapitre 1,2), les courts textes dont on dispose dès la fin du XVIIe siècle dans la Caraïbe, un peu plus tard dans l'océan Indien, montrent qu'il s'agit bien des ancêtres des langues créoles actuelles. Il faut rappeler que les échanges communicatifs avaient lieu dans le contexte des mouvements de populations au cours de l'esclavage (sociétés d'habitation puis sociétés de plantation), sous l'influence aussi - que l'on ne peut pas toujours facilement évaluer mais qui est certaine -, des langues des locuteurs non francophones (langues africaines diverses, parfois malgache, sans doute langues de l'Inde, voire un créole déjà constitué...). L'usage strictement oral du médium de communication ouvrait la voie à de multiples approximations en-dehors de toute pression normative.
Le terme de créole, qui vient d'un mot espagnol «criollo» (d'après Woll, D. (1997), voir référence en fin de chapitre), désigne à l'origine tout «produit» né dans ces terres de colonie de parents non originaires du pays, et s'applique aussi bien aux humains qu'aux animaux ou végétaux. Au cours de l'histoire des colonies, on est passé progressivement de cette désignation comme créole d'une certaine partie de la population à la nomination, de la langue qu'elle pratiquait ; comme l'allemand est la langue des Allemands, le français la langue des Français, originellement le créole est la langue des Créoles. Comme le terme de «créole», en référence à la population, était utilisé dans diverses colonies, on ne sera pas surpris qu'il recouvre des réalités différentes : ici il désigne plutôt des Noirs, là plutôt des Blancs, et largement des populations métissées. Les langues créoles quant à elles sont fort diverses : on le comprendra immédiatement si l'on oppose les créoles à base anglaise aux créoles à base française, mais en outre, on soulignera dès maintenant que les créoles français eux-mêmes sont des langues qui, même si pour une part leur origine française est indéniable, comportent des différences importantes interdisant souvent l'intercompréhension pour des locuteurs créolophones issus d'îles éloignées : un Haïtien ne comprend pas un Réunionnais, un Mauricien ne peut se faire entendre d'un Guadeloupéen, etc. Pour prendre une comparaison, on rappellera que le latin a donné naissance à diverses langues romanes, et que l'évolution naturelle de ces langues en a fait des idiomes tout à fait différents ; de la même façon, on peut dire que le français du XVIIe siècle, dans ses variétés régionales et populaires nombreuses, utilisé et interprété dans les îles coloniales concernées, par des locuteurs divers, s'est ainsi trouvé marqué par des structures grammaticales, lexicales, sémantiques, issues de langues autres. Dans ces conditions très spécifiques sont nées les diverses langues qu'aujourd'hui on appelle créoles, sans qu'on puisse exclure que d'autres langues avant (ou après) les créoles historiques ne soient nées également de la sorte en raison de phénomènes d'interprétation et d'ajustements progressifs entre locuteurs de langues diverses pour parvenir à une communication efficace.


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