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Auteur : Laurent Brassart | Jean-Pierre Jessenne | Nadine Vivier
Préface : Jean-Claude Leroy | M. Vasseur
Date de saisie : 08/02/2012
Genre : Histoire
Editeur : Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d'Ascq, France
Prix : 27.00 € / 177.11 F
ISBN : 9782757403464
GENCOD : 9782757403464
Sorti le : 09/02/2012
L'heure est au transfert de responsabilités vers des collectivités territoriales plus vastes et beaucoup s'interrogent sur le bon échelon où régler les questions du vivre ensemble ; en donnant une perspective historique et européenne, cet ouvrage collectif concerne tous ceux qu'intéressent l'évolution de l'Europe, le devenir des communes et la place occupée par des villageois longtemps majoritaires.
La réputation des communes rurales et de leurs administrations est paradoxale : elles sont volontiers considérées comme les lieux où s'exerce le plus directement la responsabilité citoyenne et pourtant souvent accusées d'incompétence ou ramenées à de dérisoires «clochemerles». Par ailleurs, il est banal d'opposer schématiquement l'émiettement communal français aux autres situations européennes. De rares travaux ont entrepris de réévaluer l'importance de cet échelon villageois de l'État-Nation ; l'ouvrage propose une vraie et nouvelle exploration européenne du sujet.
Il conjugue trois modes d'approche complémentaires : des éléments de comparaison des institutions villageoises et locales en Europe et de leurs évolutions à la fois étonnamment diverses et convergentes ; des outils et méthodes pour développer les recherches nouvelles sur le sujet ; des exemples d'enjeux, en matière de développement économique, de régulation sociale ou de finances par exemple, où le rôle effectif des communes et municipalités rurales mérite d'être sérieusement reconsidéré.
Laurent Brassart, maître de conférences d'histoire moderne à l'Université de Lille 3/IRHIS, recherches sur les luttes de pouvoirs à l'époque de la Révolution française et l'histoire comparée des sociétés rurales européennes, membre du GDR 2912.
Jean-Pierre Jessenne, professeur émérite d'histoire moderne, Université de Lille 3/IRHIS, travaux sur la Révolution française et l'Empire, auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire des campagnes françaises et européennes, membre du GDR 2912.
Nadine Vivier, professeure d'histoire contemporaine, Université du Maine/CERHIO, responsable du groupe «État» du GDR 2912, a dirigé et publié de nombreuses recherches d'histoire rurale de l'Europe aux XIXe et XXe siècles.
Extrait de l'introduction générale de Laurent BRASSART, Jean-Pierre JESSENNE (Université de Lille 3, IRHiS - UMR CNRS 8529) et Nadine VIVIER (Université du Maine, CERHIO - UMR 6258). Membres du GDR 2912 (Campagnes européennes)
En ce début du XXIe siècle, il est courant d'entendre parler du «village mondial». En revanche, le village ordinaire, celui qui ponctue les campagnes européennes, semble être devenu bien étriqué. Quant à la commune rurale, elle paraît bien désuète, depuis qu'elle est un peu partout vouée à une intégration-dilution dans des entités plus grandes. Il est vrai que la dérision à son égard n'est pas nouvelle : depuis la fin du XIXe et plus encore l'oeuvre de Gabriel Chevallier, on évoque communément «Clochemerle» pour s'amuser des petites affaires villageoises, volontiers ramenées à des enjeux anecdotiques et à des règlements de compte enfantins. A l'inverse, une importante littérature présente les communes villageoises comme autant de «petites républiques» exemplaires - au sens de cités capables de s'auto-gouverner. Prêter attention à l'échelon communal de l'organisation des collectivités territoriales a-t-il un sens à l'heure où il est plutôt question soit d'approfondir l'histoire des États-Nations, soit de tendre à des macroterritoires jugés plus adaptés à la prise en charge des affaires collectives ? A fortiori, dans cette démarche n'est-il pas illusoire, voire biaisé, de singulariser le monde rural, comme si l'intégration des milieux ruraux à l'évolution sociale, politique ou culturelle générale n'était pas une donnée fondamentale et de plus en plus généralisée des trois derniers siècles ?
Tocqueville, pourfendeur jusqu'à la caricature de la centralisation française, dans sa quête du régime politique idéal pour garantir les libertés, nous apporte une première réponse : «C'est dans la commune que réside la force des peuples libres. Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science ; elles la mettent à la portée du peuple, elles lui en font goûter l'usage paisible et l'habituent à s'en servir. Sans institutions communales, une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n'a pas l'esprit de liberté». La commune creuset de l'apprentissage citoyen, le thème relève peut-être en partie du cliché, mais mérite certainement d'être historiquement abordé. Pour cela, il ne suffit pas d'étudier les seules élections et les détenteurs de fonctions locales comme ce fut longtemps le cas, c'est bien davantage dans l'examen du rôle effectif qu'ont joué les municipalités - ou équivalents en certains pays - dans la conduite des affaires collectives que réside certainement la clef d'une meilleure compréhension de la place occupée par cette collectivité territoriale élémentaire, non seulement dans l'histoire des États-Nations, mais aussi dans la régulation des relations sociales et dans le développement économique des campagnes européennes.
En effet, cette réévaluation nous l'envisageons à la fois circonscrite à la ruralité et étendue à une comparaison européenne. Pourquoi singulariser les collectivités et les communes rurales ? Les raisons ne tiennent pas seulement au fait que la population rurale fut longtemps majoritaire et que les territoires ruraux, bien que notoirement moins différenciés qu'autrefois, constituent encore l'essentiel de l'espace européen. Le village, comme communauté de vie, lieu de pouvoir, avec ses solidarités et ses conflits, constitue toujours un laboratoire particulièrement fructueux pour étudier des questions aussi cruciales que les rapports entre lien social, citoyenneté et appartenance à des communautés d'échelles différentes, tant locales que nationales. Cette remarque renvoie justement à l'échelle européenne qui nous préoccupe, dans la mesure où nous sommes convaincus qu'aborder la commune comme premier échelon de l'organisation territoriale de l'Europe, c'est aussi poser la question essentielle de la recomposition des communautés politiques à l'heure du dépassement des États-Nations et des interrogations sur l'agencement politique de la communauté européenne.
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