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.. Chaman

Couverture du livre Chaman

Auteur : Galsan Tschinag

Traducteur : Isabelle Liber

Date de saisie : 08/02/2012

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque allemande

Prix : 20.50 € / 134.47 F

ISBN : 9782864248576

GENCOD : 9782864248576

Sorti le : 08/03/2012

  • Les présentations des éditeurs : 17/02/2012

Après de nombreuses années passées à sillonner le monde, Galsan Tschinag revient vers son peuple, les Touvas, des nomades du Haut-Altaï au nord de la Mongolie, pour y passer le soir de sa vie. Mais la situation est délicate, ses deux disciples chamanes ainsi que son peuple ne sont pas d'accord sur le chemin à prendre pour affronter l'avenir. La vie nomade traditionnelle et le XXIe siècle se dressent face à face, inconciliables.
Pour apaiser les esprits, une caravane est envoyée au Lac Jaune où une colline doit être consacrée.

La narration tisse rêves et souvenirs de l'auteur, qui passe sa vie en revue pour en retenir les moments les plus importants : scolarité pendant les années 50 staliniennes, études supérieures à Leipzig dans les années 60, la première rencontre avec le Dalaï-lama en 1981, et la réalisation de son souhait le plus cher : la grande caravane avec laquelle son peuple retourne en 1985 dans le Haut-Altaï pour reprendre le mode de vie traditionnel nomade.

Galsan Tschinag est né en 1944 dans une famille de nomades touvas en Mongolie occidentale. Il est devenu chef de son clan. Dans les années 60 il a fait des études supérieures à Leipzig et commencé à écrire en allemand des romans, des récits, des poèmes. Depuis 1991, il vit de sa plume. Il partage son temps entre Oulan-Bator et son clan dans le Haut-Altaï. Il est l'auteur, entre autres, de Ciel bleu, Le Monde gris et L'Enfant élu.


  • Les courts extraits de livres : 17/02/2012

EN CHEMIN

Me voilà une fois de plus en chemin. Mais cette fois, à la différence des autres, je voyage avec ma femme, ma yourte et tout ce qui va avec : la cuisinière, la vaisselle, les bols et couverts, les draps, les couvertures, les oreillers et matelas, les enfants, leurs conjoints et leur progéniture, et même le chien, le chat et leurs écuelles. Un doute plane cependant sur la partie humaine de cette énumération : tantôt, je sais mes enfants au grand complet autour de moi, tantôt je souffre de leur absence, seulement atténuée par la présence du plus jeune de mes cinq petits-enfants. Et cette incertitude demeure jusqu'à ce que je constate finalement que l'enfant de sept ans est le seul à avoir fait le choix impératif et définitif de rester avec nous, ses grands-parents, et de nous suivre jusqu'au bout de la route.
Il faut encore faire état d'une autre particularité de ce rêve : aussi proches que les trois mèches d'une natte de cheveux tressés, les trois personnages qui l'habitent portent des noms anciens et oubliés. Mon petit-fils a officiellement reçu le nom mélodieux et éloquent de Düürendshargal - "joie sans partage". Mais avant que cette inscription à l'état civil n'ait pris effet, moi, son grand-père, je l'ai baptisé Dshömbük - "petite tête" - le troisième jour de son existence sur terre, lorsque nous l'avons pris dans nos bras pour lui renifler les tempes et satisfaire ainsi au rituel de bienvenue. Mon épouse, connue depuis un demi-siècle sous le nom de Nordshmaa, nom qu'on retrouve dans tous les documents écrits la concernant, se prénomme désormais Hassaa, car c'est ainsi que son père et sa mère l'appelaient. Quant à moi, comme toujours quand je dépasse l'ovoo, cet empilement de pierres sacrées que nous vénérons et qui tient ici lieu de poteau-frontière, comme toujours quand je foule cette terre touva dont aucune carte géographique ne rend compte, je ne suis plus Galsan, ainsi que le stipulent mes papiers d'identité, mais de nouveau Dshuruk.
Cette fois cependant, j'ai repris ce nom alors qu'il y a encore quantité d'air et de terre entre l'endroit où nous nous trouvons et le tracé de la frontière octroyée. Impossible pour moi de dire le temps qu'il nous faudra pour y parvenir : le fleuve qui tonne, bouillonne, s'agite et palpite devant nous est une barrière infranchissable pour le camion qui nous a amenés jusqu'ici, transportant depuis les abords boisés de la capitale, depuis les steppes de la Mongolie centrale, les montagnes d'affaires toujours empilées à l'arrière du véhicule. Forcés d'attendre, nous avons cependant bon espoir de continuer notre route puisque, trois jours auparavant, nous avons pu persuader un cavalier de passer le fleuve et d'aller prévenir notre clan pour qu'on nous envoie des chevaux et des chameaux.


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